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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 21:05

La musique de 2015 aura été aussi belle, intense, vivifiante, régénérante, pertinente et bouleversante que l'année tout court aura été mortifère, indigente intellectuellement et aura marqué un pas de plus vers la défaite totale de la pensée. Un président de gauche (sic) qui part en guerre et exhorte ses compatriotes à mettre le drapeau tricolore aux fenêtres, un Macron qui devient personnalité préférée des Français (mais lesquels ?), alors qu'il n'est qu'un petit con, inculte qui se tripatouille la nouille devant la photo de Thatcher... Ce salopard d'Estrosi qui fait son discours de président fraîchement élu en PACA derrière un pupitre estampillé "résistance" (sic)... La classe journalistique entière (ou presque) horrifiée devant une chemise arrachée... ils ont peur que la leur soit la prochaine... Et le FN à 6 millions... qui défend "les enfants de France morts au Bataclan"... Une journaliste (sic) Léa Salamé, incapable de répliquer devant un énième roquet de Les Républicains qui lui assène "trouvez-vous normal qu'il n'y ait pas de portique à l'entrée des salles de concert ? Moi, non." Bah si c'est normal ducon. Notez que quand on n'a pas de vrai journaliste en face de soi, on fait les questions et les réponses. Plus pratique. Des journalistes qui vont fouiller et te dire que le mec des Eagle of death metal était vilain quand même, républicain (Américain) et amateur d'armes à feu... On doit en conclure quoi ? que c'est bien fait pour lui ? On a entendu ça le 7 janvier... Mais par la voix d'autres... Pas de place pour l'humain chez les journaleux, tout doit être étiquettable, pas de place pour les paradoxes, les contradictions, pour les failles.

Heureusement les musiciens auront sauvé cette année. Leur art m'a rempli l'âme et le coeur. Alors un top 10, les amis. Et oui j'ai triché, y'a des disques de 2014 dans le lot.

1. Sufjan Stevens - Carrie and Lowell

Cet album m'a suivi quasiment toute l'année. Sufjan Stevens y chante avec la plus grande impudeur sa vie, la perte de sa mère et de son beau-père. Le résultat est bouleversant, et d'une pudeur incroyable (là, les journaleux sont perdus, y'a du paradoxe). La musique est faussement douce, elle vous saisit de la première à la dernière seconde. Touchée par la grâce. J'ai eu très vite l'assurance que ce disque était important, d'une importance capitale même, qu'il tiendrait une place centrale dans mon année et bien au-delà. Il m'a parlé comme seuls quelques disques peuvent le faire. Il m'a ramené à des endroits où seul Elliott Smith peut me ramener. Sa musique est hantée, Stevens est constamment en train de chercher ses fantômes du passé, souvent il abandonne la fin des morceaux aux limbes et c'est à la fois ce que j'ai entendu de plus beau depuis 10 ans mais aussi de plus terrifiant. Il y a évidemment de l'onirisme, et du mystique dans sa musique, I should have known better est quasi religieuse, avec ses choeurs magnifiques, et son architecture par strates. Sufjan a écrit un requiem pour nous, les paumés du XXI e siècle, pour magnifier ce qui doit l'être : les destins banals, les vies cabossées (sa mère était bipolaire). Sa musique aura été un refuge.

2 Kamasi Wshington - The Epic

Kamasi Washington a 35 ans. Il est saxophoniste et a enregistré cette année le bien nommé The Epic, un triple album de jazz. Ou plutôt une potion magique : une synthèse démente de soul, jazz, groove, bo de sf, free jazz... Une somme incroyable. Et totalement abordable, jamais hautain. Accessible sans être putassier. Ambitieux sans être vaniteux. Kamasi semble savoir tout faire mais surtout il a décidé de s'affranchir des limites. D'où les choeurs qui sonnent comme une bo de sf, d'où les groove urbains, d'où les pianos free jazz... Sa relecture du Clair de lune de Debussy est géniale : il emmène Debussy à la Nouvelle Orléans et comme c'est pas assez, il le propulse dans l'espace. Epique.

3. The Twilight Sad - Nobody wants to be here and nobody wants to leave

4. Susheela Raman - Queen Between

5. Mercury Rev - The light in you

6. Sleater Kinney - No cities to love

7. Woozy - Blistered

8. Ghostface Killah w Badbadnotgood - Sour soul

9. BBNG - III

10. Thousand - st

En vrac :

JSBX - Freedom tower, no wave dance party 2015,

Ghostface Killah - twelve reasons to die 2,

Hinds - Very best of so far,

Metz - II,

Mourn- st,

Beach house - Depression cherry,

Built to spill - Untethered moon,

The dead weather - Dodge and burn

Clean girls - despite you

All people - Learn forget repeat

Trust fund - no one is coming for us

Film de l'année

Star Wars VII The Force awakens.

Clip-hymne de l'année

Inheaven - Regeneration

Sing-along de l'année : No cities to love

Séries

Battlestar Galactica (oui j'ai 10 ans de retard)

The Wire

In treatment

Mention spéciale du jury

Gabriel Byrne dans In treatment.

Obsessions récurrentes :

Joy Division, Lou Reed, Blade Runner Original motion picture Soundtrack de Vangelis, The Beach Boys, Nick Drake, Elliott Smith, Miles Davis

2015, sens dessus-dessous
2015, sens dessus-dessous
2015, sens dessus-dessous
2015, sens dessus-dessous
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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 23:20
Blade Runner

Attention : spoilers.

Chaque fois qu'une lumière brûle deux fois plus, elle brille deux fois moins longtemps. Et vous avez brûlé on ne peut plus brillamment, Roy.

La première fois que j'ai vu Blade Runner de Ridley Scott, je suis totalement passé à côté. Je l'ai vu dans des conditions désastreuses, ce qui m'a rendu le film pénible, alors que ses qualités plastiques en font certainement un des plus grands films-visuels qui soient. l'aura de ce film a joué à plein et m'a fait y revenir, malgré moi, malgré cette première expérience foireuse. Le film grandissait en moi. Alors je l'ai revu, re-revu, et re-revu dans de bien meilleures conditions et en final cut. Depuis il n'a cessé de me fasciner. Chaque visionnage - dernier en date, hier - le rend plus grand, plus brillant.

Scott situe le film en 2019 à Los Angeles, et bien sûr il a eu tout faux dans sa vision du futur. Tout faux mais son film, tourné en 1982 n'a aucun équivalent visuel, et écrase encore maintenant, presque 40 ans après, n'importe quel film sur fond vert. Blade Runner est organique, c'est de la putain de pluie qui coule sur Harrison Ford tout du long, pas des pixels. Et puis, qu'est-ce que ça peut faire ? Scott avait sa vision du futur, elle est aussi terrifiante que visuellement magnifique et cohérente. Un cinéaste n'a pas à être nostradamus.

L'atmosphère du film est donc totalement unique, d'une densité hallucinante, d'une cohérence fascinante, ce qui en fait une œuvre d'art absolue, en quête d'absolu. Mais ce ne serait qu'une coquille vide sans les thèmes explorés.

Les Réplicants sont des sortes de robots, d’androïdes à l'apparence humaine qui servent d'esclaves ou de soldats ou de putes. Après une rébellion sur une colonie, ils sont pourchassés et tués par des Blade Runners. L'humanité, elle, est engluée : il semble qu'il ne fait jamais jour, et qu'il pleut tout le temps, les espèces animales ont disparu, ou presque, remplacées par des ersatz. Voilà pour l'histoire. De quoi les Réplicants sont-ils le nom ? "Plus humain que l'humain" dit Tyrell, concepteur-accoucheur des Réplicants. C'est peut-être ce savant fou à lunettes massives, isolé dans sa pyramide qui dit vrai. Quand on voit le vrai héros du film, Roy - et non Deckard-Ford - ça tombe sous le sens.Tyrell a une sorte de double dans le film, J F Sebastian avec qui il joue à distance aux échecs, et qui vit lui aussi retiré, mais dans un immeuble-taudis, immense, entouré d'automates, à l'allure humaine. Il s'est brûlé à la flamme du démiurge, et confesse à Pris une Réplicant, que ses automates sont juste son "violon d'Ingres". Il demande d'ailleurs à Roy et Pris "que savez-vous faire ?" comme s'ils n'étaient que deux vulgaires automates de plus. J F Sebastian n'a pas voulu passer de l'autre côté, n'a pas voulu devenir ce que Tyrell est devenu. Il n'a pas voulu endosser la responsabilité, la paternité des Réplicants. Il n'a pas voulu insuffler la vie et les promesses qu'elle contient pour les retirer si vite ou simplement s'en servir.

Chef des quelques Réplicants qui ont pu revenir sur Terre, Roy est accompagné de Leon, Zhora et Pris. Deckard se demande au début du film, quand il se voit assigner la mission de tuer les Réplicants, "pourquoi reviennent-ils ?" Roy revient sur Terre pour chercher son père (Tyrell, donc, de la Tyrell corp), revient sur Terre autant pour prouver son humanité que pour la chercher, la tester, revient sur Terre pour nous tendre un miroir et nous demander des comptes. Qui es-tu Toi qui m'a fait et me laisse mourir si vite (les Réplicants ont une durée de vie de 4 ans) ? Qui es-tu, toi qui me poursuis et veut m'éliminer ? Suis-je moins humain que toi ? L'acteur Rutger Hauer qui lui prête ses traits, lui donne une épaisseur fantastique. Roy est à mi-chemin entre le sur-homme et l'homme-enfant en quête de père, le froid calculateur et l'amoureux transi. Il semble vivre, ressentir, penser plus fort. Plus intensément, plus réellement. Son passé d'esclave, ce qu'il a vu "J'ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion. J'ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l'ombre de la porte de Tannhäuser." la peur de sa fin qui approche, son instinct de survie, sa culpabilité, en font un personnage bouleversant, la clé de voûte du film. Celui par lequel on entre en empathie avec les autres Réplicants comme Rachel qui découvre sa vraie origine et doit y faire face. Les actes de Roy sont amplifiés, "plus humain que l'humain". Lorsqu'il aime, lorsqu'il tue, lorsqu'il se laisse envahir par l'empathie et laisse vivre Deckard. Il touche parce qu'il fait le chemin d'une vie en si peu de temps, avec un regard neuf et une insoumission merveilleuse et qu'il en sort vainqueur, débarassé même de sa peur. C'est peut-être ça le message du film, ne soyez pas esclave, ne vivez pas dans la peur.

Blade Runner
Blade Runner
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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 17:54

Très belle année musicale pour le moment. A mi-parcours, déjà beaucoup de gros coups de coeur et deux immenses disques, celui de Kamasi washington, The Epic, un projet dingue, magnifique et Carrie and Lowell de Sufjan Stevens, un disque absolument somptueux, essentiel, un de ces disques que je garderai en moi quand tant d'autres se seront effacés.

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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 14:46

Bon, faut continuer. 

Alors, ouais, du putain de rock bouclé en 30 minutes et quelques. A ma gauche Sleater Kinney, qui signe un retour fracassant avec No cities to love. A ma droite Antemasque, nouvelle incarnation des mecs d'At the drive in et Mars Volta. Deux disques uppercuts qui assènent des vérités qui sont bonnes à entendre : le rock c'est bon quand c'est court, sans prétention, braillard. Quand ça gueule ce que ça doit gueuler, les yeux dans les yeux. 

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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 21:46

Top 5

 

1. Warpaint. s/t (et de loin)

 

 

 

 

 

2. La dispuste. Rooms of the house. (et d'assez loin, aussi, quand même)

 

 

 

 

3. The Antlers. Palace (de loin)

 

4. Morrissey "World peace is none of your business". (de très loin)

 

5. Natalia M. King. Soulblazz (de loin)


Film de l'année : Under the skin : alors là de très très loin.

 

 

 

 

Morceau de l'année : Parade, the Antlers. 

 

 

Paroles :

"There are moments here only yours and mine

Tiny dots on an endless timeline" beau, non ?

Obsessions récurrentes :

 

Monk, Coltrane, The Velvet Underground, Joy Division.

 

Mention spéciale du jury à The grand budapest hotel. 

 

That's all, Folks.


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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 14:43

A ma soeur.

If you don't trust yourself

for at least one minute each day...   

Parfois, la vie ne tient qu'à un fil. Au coeur des réjouissances hivernales, de cette partie de l'année où la maison et la famille sont toujours un refuge chaleureux, où les illuminations me font un bien fou, un puits sans fond, un abîme peut s'ouvrir et sembler pouvoir tout engloutir. Noël dernier, tout a failli être englouti. Ma soeur. Un hôpital. Qu'est-ce qui maintient en vie, qu'est-ce qui fait tenir ?

Interpol avait sorti Turn on the bright lights dix ans avant, j'avais écouté, aimé. Et pourtant au coeur de la noël, j'ai remis la main dessus. Et ce disque a été ma bouée. Je ne pouvais plus m'en passer. J'en avais besoin, un besoin impérieux, un besoin qui n'autorise pas le manque. Il me sauvait, me maintenait en équilibre, au bord de l'abîme. Les quelques semaines suspendues, Turn on the bright lights me remplissait. Ce n'est qu'après, en y retournant, que j'ai compris pourquoi, pourquoi cette musique, ce disque. 

Turn on... est probablement un des premiers disques les plus aboutis jamais sorti. Homogène et d'une maturité incroyable. La musique qu'on y entend est profonde, puissante, lyrique, les morceaux sont excellents. Mais ça n'est pas suffisant. Il y en a beaucoup des disques comme ça. Celui-ci a quelque chose de plus. C'est dans la structure même des morceaux. Au coeur de la nuit urbaine, la guitare est la raie de lumière rouge, mince, ténue, qui fait que le morceau peut continuer, après la rage, et se relancer jusqu'à l'épuisement, comme dans Stella was a driver. Beaucoup de morceau dans l'album obéissent à ce schéma, des lignes qui semblent s'arrêter brusquement, le morceau qui paraît s'éteindre et la guitare qui continue, seule, avant d'être rejointe par les autres. J'avais besoin du disque, parce qu'il me criait que la fin n'était pas pour tout de suite, qu'au plus profond de la nuit, il y a toujours une rumeur, un mince rayon de lumière qui ne demande qu'à percer. 

Dans le dernier morceau Leif Erikson, alors que Paul Banks semble à nouveau au bout de tout, et qu'il descend dans les graves : "supposin' you don't sleep tonight", c'est encore la guitare qui déchire la nuit et Banks de retrouver l'énergie du désespoir et de chanter "my love's subliminal". Quand t'as une soeur jumelle, ça te retourne ce genre de phrase. Aujourd'hui encore, je ne peux pas écouter le morceau sans que ma gorge se serre et que les larmes montent.

 

Les choses auraient mal tourné, je ne pourrais plus écouter ce disque. Je l'ai encore écouté aujourd'hui. My love's subliminal...

13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 14:00

But you're in the wrong skin

and the skin that you're in

says "urgh let it begin"

Les Smiths et moi, c'est à la vie à la mort. J'ai dragué la mère de mes enfants en lui faisant écouter les Smiths. Et Johnny Marr est un guitariste fabuleux, d'une intelligence et d'une élégance... il aura défini le son des Smiths, et aura servi de la plus belle des manières les paroles de Morrissey en créant une musique riche, subtile, jamais anecdotique, toujours brillante, le tout sans solos qui tachent, avec discrétion et humilité alors même que c'est un immense musicien. Voilà, donc les Smiths c'est à la vie à la mort. Et la guitare de Marr aussi. 

Pour Morrissey, c'est plus compliqué, c'est pas à la vie à la mort. Morrissey me fascine bien-sûr, là où Marr me touche. Je préfère quand même être touché que fasciné, disons que je me vois plus boire une bière avec Johnny guitare qu'avec Morrissey. Mais tout de même : Vauxhall and I ça te pose un homme. Et puis You are the quarry... pas mal non plus. Et Ringleader of the tormentors... Morrissey aura réussi une belle carrière solo, alors qu'il aurait dû sombrer sans Johnny Marr, lui qui ne sait pas jouer d'un seul instrument de musique, qui se méfie de tout le monde, n'est pas capable de garder une maison de disque, un manager plus de deux secondes et est plus misanthrope que le dernier des misanthropes. Et pourtant, non. Tout a roulé pour Morrissey, aidé en cela par des milliers de dévots, assez inquiétants d'ailleurs, comme tous les dévots. Je ne suis évidemment pas de ces dévots. Je n'ai même pas tous les albums solos de Morrissey. J'avais zappé le dernier Years of refusal. Je ne sais même plus pourquoi. Et puis voilà que, cinq ans après, il est de retour avec World peace is none of your business, à ranger aux côtés de ses plus grandes réussites. 

Une réussite qui tient sans doute à la fidélité d'un groupe (Boz Boorer, avec qui il aura joué plus qu'avec Johnny Marr ; Jesse Tobias présent sur les 3 derniers albums) à l'endroit choisi pour enregistrer, le studio du sud de la France où Nick Cave avait enregistré son dernier et magnifique disque et à l'inspiration retrouvée pour ses musiciens. Chaque morceau de l'album est traversé d'instants de rupture somptueux, comme des éclats lumineux qui viennent distordre, reprogrammer les morceaux, ou en tout cas les déstabiliser. C'est la guitare flamenco de Neal Cassady drops dead, c'est la harpe de Kick the bride down the aisle , c'est l'accordéon de Earth is loneliest planet (quel titre !) ce sont les silences à chaque fin de couplet d'un de ses plus beaux morceaux Smiler with knife, c'est cet invraisemblable clavier à la fin de I'm not a man zébré par des cris hallucinants... Musicalement, c'est bien son album le plus abouti, le plus aventureux depuis... Vauxhall and i. Jesse Tobias est merveilleux, et fait littéralement pleurer sa guitare sur Smiler with knife. 

Question paroles, Morrissey est désormais capable d'investir une multitude de registres, du gribouillage enfantin "gaga in Malaga" aux allitérations plus fines dans la même chanson "ill in Seville, lonely in Barcelona", de la violence sèche, mordante, sans appel et très explicite rappelant les meilleures heures des Smiths "hoorray the bullfighter dies" "kick the bride down the aisle and treasure the day" à la misanthropie totale "there is no one upon this earth that i feel sad to leave", de la langueur métaphysique "you're that stretch of the beach, that the tide doesn't reach" au brûlot politique "each time you vote, you support the process". Bref, Morrissey a su enrichier sa palette et écrit toujours aussi bien. Ses thèmes de prédilection sont en revanche inchangés : le you sépare encore et toujours les bons, des mauvais : c'est au "you" en chacun de nous qu'il s'adresse, c'est souvent un peu facile et adolescent mais ça fonctionne toujours : "and there is always a reason why you are refused, they always blame you you YOU". Et puis bien sûr : la scolarité qui asservit alors qu'elle devrait libérer "Staircase at the university", les salopards qui ne sont pas végétariens (dont je suis...), les toréros (là d'accord, bien-sûr, d'autant qu'il le fait en 2 minutes et que c'est simple, direct, droit, et qu'il se salit les mains avec le sang de ce crétin de toréro, et qu'il pervertit le truc en l'humiliant en clamant que tout le monde veut que le taureau survive). Le pouvoir et son incurie. La solitude. 

Tout ça est franchement au-dessus du lot et son disque se hissera sans problème pour moi parmi les grandes réussites de cette année. Au détour de quelques phrases, Morrissey tutoie même le génie : "joy brings many things, it cannot bring you joy" habile ruban de möbius d'un parolier définitivement ailleurs. La joie ? On ne sent même plus son sourir cynique, dédaigneux, simplement un constat sans appel. Et que dire de "see in me, the side of you", ou Morrissey semble abandonner son légendaire narcissisme et accepter quelqu'un d'autre ? Fascinant, Morrissey, comme d'habitude... Sinon, Johnny, on se tape une bière ?

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 13:46

Belle année musicale pour le moment. A la mi-temps, d'excellents albums, qui m'ont tous impressionnés.

 

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 12:33

 

Pas mieux, alors pour une fois, je copie/colle une critique d'un certain Toitouvrant (m'est avis que c'est un pseudo...) :

 

"Dream Baby Dream" : un xylophone étincelle une même ritournelle et rejoint l'orgue qui sonne le ciel, tout deux en communion, dans un chant d'amour qu'Alan Vega reprend, dans l'apesanteur magique de mots doux et plein d'espoir ("Dream Baby Dream"). Cette musique chasse toute peur à jamais, pour toujours. Elle devrait être passée en boucle dans les HP. 

Martin Rev ne lave plus les os de Frankie Teardrop. Le rythme robotique n'est plus autiste mais s'amuse maintenant avec des lignes, des lignes mélodiques qui se croisent et forment ensemble un dessin. S'en dégage un exotisme urbain, parfois même montrant du doigt une plage de sable cheyenne depuis son trottoir. Le régime punk pain-bière-foutre accorde des interludes de coloriage. 

Vega, sur le sable, poursuit ses complaintes, prie le fantôme de Morrison, joue à chat avec le jeune Iggy dans un délire rockabilly intemporel sous Lexomil (il est fascinant d'entendre l'inertie qui prend possession de ce chanteur génial. Il témoigne d'un feedback qui le tord tout entier, répond à ses propres chant, dans un dialogue infini, avec ses ruptures, ses temps morts : étrange respiration qui ne respire qu'elle même).

Suicide a mis du lait dans son acide, vous l'aurez goûté. Le sang reste en fond mais un effet lacté donne un rendu plus léché. On évite les éclaboussures passées, on croiserait presque les bras autour d'un bol sans se soucier d'un éventuel court-jus. 

Ca n'est pas pour autant un retournement de veste. L'heure n'est pas aux Weetabix. C'est juste que la langue s'affine, goûte à d'autres éclairages, gagne en corps. L'apport de chair exotique, plus proche maintenant de la mangue que de la plaie, même s'il trahit un kitsch naissant (qui gonflera), ne dénature pas pour autant l'énergie du groupe. C'est une énergie moins anarchique, plus feutrée, et du coup plus enveloppante, comme de la fourrure et du champagne.

 

18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 11:52

 

We grew up listening to the music of the best decade ever

 

L'hiver mayennais s'annonce d'une insondable banalité, soit venteux, humide, froid. Mais Stephen Malkmus et ses Jicks vont me faire oublier tout ça. Wig out at jagbags est une énième pépite de rock indolent, joué sans avoir l'air d'y toucher et pourtant... Malkmus a ce don incroyable pour te filer un sourire béat aux lèvres, à te faire sentir éternel ado, à chanter des tudu tudu tudu qui sonneraient totalement cons chez n'importe qui d'autre. J'avais vu le bonhomme à St Malo et il était génial, drôle et le groupe sonnait vraiment bien. Son nouvel album contient de pures merveilles, mine de rien : J Smoov est une superbe ballade réchauffée par des cuivres tranquilles, ronds, en équilibre entre le franchement touchant et le cool absolu. Independance street est un blues qui s'avance avec nonchalance, la guitare tricote tranquillement. Mais, même si les mots "cool", "indolent", "tranquille", "nonchalant" viennent à l'esprit, on ne peut jamais coller l'étiquette qui semble découler de tous ces qualificatifs : non, ce n'est jamais anecdotique. Malkmus, c'est le cool élevé au rang d'art. C'est ce petit miracle renouvelé à chaque morceau : l'innocence, la fraîcheur, comme si le rock n'avait pas été happé par l'industrie musicale, et javelisé, qu'il se jouait encore entre potes... L'hiver aura un goût de fraise.

 

 

 

 

 

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