Mercredi 9 février 2011
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10:44
Je n'ai pas de compte facebook. Pas par hostilité, mais simplement parce que j'ai peur de devenir beaucoup trop dépendant de ce réseau. Je ne sais pas si facebook a réellement changé le monde,
après tout, les gens continueraient à se prévoir des sorties au ciné, les tunisiens auraient tout de même dégagé leur dictateur (peut-être moins rapidement), la cooptation existait avant... C'est
un outil génial, rapide, qui correspond à un besoin viscéral de sociabilisation. Mais ça reste un outil et ça ne change pas fondamentalement les consciences ou les comportements.
Avec The social network, l'histoire de la fondation de Facebook et des procès qui en découlèrent, David Fincher poursuit à la fois ses obsessions personnelles et son travail de mise en
scène. Comme dans Fight club il choisit pour personnage principal un type assez fade (Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook), étudiant à Harvard, et l'affuble d'un double plus haut en
couleur (Sean Parker, fondateur de Napster). Comme dans Zodiac et plus encore dans Benjamin Button il met en scène d'une manière fluide, discrète, classique à l'extrême. Presque
classieuse. Le film entier se déroule dans des bureaux feutrés d'avocats et à la prestigieuse Harvard. La lumière est parfaite, les dialogues aussi, les acteurs sont excellents. Pourtant je suis
resté un peu à l'extérieur de ce film. Fincher n'y fait pourtant pas étalage de sa virtuosité technique comme il a pu le faire autrefois avec Fight club ou The Game, mais je
n'ai pas pu m'empêcher d'y voir une forme d'ostentation. Comme si chaque plan, chaque ellipse, chaque dialogue non pas vous gueulait "regarde à quel point je suis doué", mais vous le murmurait de
façon pernicieuse. Le film se ballade aisément dans de multiples genres (en évitant soigneusement le biopic - on ne sait rien de l'enfance de Zuckerberg par exemple, on sait seulement qu'il a une
soif irrépressible d'intégrer des cercles censés lui être fermés). Ainsi, on a droit au film d'affaires : avocats, petites phrases, rebondissement juridique, mais là aussi Fincher évite
soigneusement le film de procès, et tout ce qui en découle (vu et revu), on a droit au film de campus, et là je ne sais toujours pas si Fincher est fasciné par ses blancs qui pensent être (ou
devoir être) les maîtres du monde, comme dans Fight club (la compétition, la communauté du club, les codes viriles, les bizutages), ou s'il les dénonce. C'est gênant tout de même.
Que Fincher soit doué ça ne fait aucun doute, qu'il soit capable de grands films, non plus. Benjamin Button avait tout pour séduire : c'est extrêmement bien fichu, c'est épique,
bigger than life comme ils disent, et souvent émouvant. C'est Hollywood dans toute sa splendeur, ça ne nous apprend rien, ça n'a pas de grandes idées (ni sur la vie en général, ni de
mise en scène) mais ça vous embarque parce qu'encore une fois, tout y est impeccable. Mais avec The social network, les ingrédients semblent être les mêmes, mais il ne dégage rien. On
retrouve la patte Fincher (assez paradoxalement d'ailleurs car plus il s'éloigne de l'esbrouffe de ses débuts pour rentrer dans un moule classique, plus on le reconnaît aisément) mais impossible
d'éprouver quoi que ce soit devant ces personnages vides, rivés devant leur écran, ces situations déjà filmés, ces dialogues brillants mais vains, déjà entendus. La scène finale, et c'est le même
cinéma que depuis Les quatre cent coups de Truffaut, ou Raging bull : le personnage que nous avons suivi tout du long lâché au même point de départ, prisonnier de ses
obsessions... Fincher semble capable d'enchaîner à une vitesse affolante des films qui ont tout de classiques, mais qui ne font en rien avancer le langage cinématographique, ce qui n'est pas
grave après tout, mais pire : qui ne touche plus. Le finalement très modeste destin de Button étant quand même bien plus émouvant que celui de Zuckerger.