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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 23:20
Blade Runner

Attention : spoilers.

Chaque fois qu'une lumière brûle deux fois plus, elle brille deux fois moins longtemps. Et vous avez brûlé on ne peut plus brillamment, Roy.

La première fois que j'ai vu Blade Runner de Ridley Scott, je suis totalement passé à côté. Je l'ai vu dans des conditions désastreuses, ce qui m'a rendu le film pénible, alors que ses qualités plastiques en font certainement un des plus grands films-visuels qui soient. l'aura de ce film a joué à plein et m'a fait y revenir, malgré moi, malgré cette première expérience foireuse. Le film grandissait en moi. Alors je l'ai revu, re-revu, et re-revu dans de bien meilleures conditions et en final cut. Depuis il n'a cessé de me fasciner. Chaque visionnage - dernier en date, hier - le rend plus grand, plus brillant.

Scott situe le film en 2019 à Los Angeles, et bien sûr il a eu tout faux dans sa vision du futur. Tout faux mais son film, tourné en 1982 n'a aucun équivalent visuel, et écrase encore maintenant, presque 40 ans après, n'importe quel film sur fond vert. Blade Runner est organique, c'est de la putain de pluie qui coule sur Harrison Ford tout du long, pas des pixels. Et puis, qu'est-ce que ça peut faire ? Scott avait sa vision du futur, elle est aussi terrifiante que visuellement magnifique et cohérente. Un cinéaste n'a pas à être nostradamus.

L'atmosphère du film est donc totalement unique, d'une densité hallucinante, d'une cohérence fascinante, ce qui en fait une œuvre d'art absolue, en quête d'absolu. Mais ce ne serait qu'une coquille vide sans les thèmes explorés.

Les Réplicants sont des sortes de robots, d’androïdes à l'apparence humaine qui servent d'esclaves ou de soldats ou de putes. Après une rébellion sur une colonie, ils sont pourchassés et tués par des Blade Runners. L'humanité, elle, est engluée : il semble qu'il ne fait jamais jour, et qu'il pleut tout le temps, les espèces animales ont disparu, ou presque, remplacées par des ersatz. Voilà pour l'histoire. De quoi les Réplicants sont-ils le nom ? "Plus humain que l'humain" dit Tyrell, concepteur-accoucheur des Réplicants. C'est peut-être ce savant fou à lunettes massives, isolé dans sa pyramide qui dit vrai. Quand on voit le vrai héros du film, Roy - et non Deckard-Ford - ça tombe sous le sens.Tyrell a une sorte de double dans le film, J F Sebastian avec qui il joue à distance aux échecs, et qui vit lui aussi retiré, mais dans un immeuble-taudis, immense, entouré d'automates, à l'allure humaine. Il s'est brûlé à la flamme du démiurge, et confesse à Pris une Réplicant, que ses automates sont juste son "violon d'Ingres". Il demande d'ailleurs à Roy et Pris "que savez-vous faire ?" comme s'ils n'étaient que deux vulgaires automates de plus. J F Sebastian n'a pas voulu passer de l'autre côté, n'a pas voulu devenir ce que Tyrell est devenu. Il n'a pas voulu endosser la responsabilité, la paternité des Réplicants. Il n'a pas voulu insuffler la vie et les promesses qu'elle contient pour les retirer si vite ou simplement s'en servir.

Chef des quelques Réplicants qui ont pu revenir sur Terre, Roy est accompagné de Leon, Zhora et Pris. Deckard se demande au début du film, quand il se voit assigner la mission de tuer les Réplicants, "pourquoi reviennent-ils ?" Roy revient sur Terre pour chercher son père (Tyrell, donc, de la Tyrell corp), revient sur Terre autant pour prouver son humanité que pour la chercher, la tester, revient sur Terre pour nous tendre un miroir et nous demander des comptes. Qui es-tu Toi qui m'a fait et me laisse mourir si vite (les Réplicants ont une durée de vie de 4 ans) ? Qui es-tu, toi qui me poursuis et veut m'éliminer ? Suis-je moins humain que toi ? L'acteur Rutger Hauer qui lui prête ses traits, lui donne une épaisseur fantastique. Roy est à mi-chemin entre le sur-homme et l'homme-enfant en quête de père, le froid calculateur et l'amoureux transi. Il semble vivre, ressentir, penser plus fort. Plus intensément, plus réellement. Son passé d'esclave, ce qu'il a vu "J'ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion. J'ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l'ombre de la porte de Tannhäuser." la peur de sa fin qui approche, son instinct de survie, sa culpabilité, en font un personnage bouleversant, la clé de voûte du film. Celui par lequel on entre en empathie avec les autres Réplicants comme Rachel qui découvre sa vraie origine et doit y faire face. Les actes de Roy sont amplifiés, "plus humain que l'humain". Lorsqu'il aime, lorsqu'il tue, lorsqu'il se laisse envahir par l'empathie et laisse vivre Deckard. Il touche parce qu'il fait le chemin d'une vie en si peu de temps, avec un regard neuf et une insoumission merveilleuse et qu'il en sort vainqueur, débarassé même de sa peur. C'est peut-être ça le message du film, ne soyez pas esclave, ne vivez pas dans la peur.

Blade Runner
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Published by Ben
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