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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 13:39



Le premier plan de Match Point, le chef-d'oeuvre de Woody Allen, est une merveille qui en dit long sur la vision de la vie qu'a l'Américain et sur le tennis. Pessimiste jusqu'au bout des ongles, le cinéaste fait dire à son acteur, en voix-off, que la vie n'est finalement qu'une question de chance (on naît du bon côté du ruisseau - ou du mauvais) et que le pire est que les gens sont terrorisés à l'idée de l'admettre. Le déterminisme social, le poids du fatum, l'impossibilté d'avoir, d'une quelconque manière, une prise sur le cours des événements : voilà le message. Dès lors : soit la balle tombe du bon côté après avoir frappé le filet, soit elle retombe du mauvais. Tout le génie de Woody Allen réside dans ce plan : il a l'intelligence de ne pas filmer les joueurs. Peu importe qui vous êtes, ça ne changera rien au final. Dur. On peut se révolter contre ça, lui dire d'aller se faire foutre, lui dire qu'après tout, on se construit individuellement, qu'on est autre chose qu'un sac d'os balancé à toute allure dans un monde qui nous dépasse complètement. Bien-sûr... Et puis, quand on y réfléchit, qu'est-ce qui, à part un concours de circonstances qu'on ne peut qu'appeler chance, m'a fait naître dans une super-puissance économique, de parents cultivés de la classe-moyenne et pas au fin fond de la Russie ou au Mexique ? C'est vrai que ça fait froid dans le dos, de se rendre compte que son sacro-saint libre-arbitre n'est finalement lié qu'à une addition de facteurs (économiques, sociaux, culturels) et de valeurs qu'on n'a pas choisies mais qui nous ont construits. Pas étonnant que notre société sacralise "celui qui est parti de rien pour arriver au sommet" (les Etats-Unis, plus encore que le vieux continent, sont friands de ça). "Eh oui, vous voyez bien que c'est pas une question de chance ! Lui il a réussi en partant de nulle part." La belle affaire, et l'arbre qui cache la forêt. On se rassure, on se ment.

Tout ça n'est pas amusant et m'éloigne du sujet. Le tennis, donc. Même si j'ai loupé la grande période, ou le supposé âge d'or (avec Mc Enroe, Connors et consorts) je me sens quand même chanceux de pouvoir suivre un type comme Federer, qui, quoi qu'on en dise, est le plus grand joueur de tous les temps (attendez qu'il gagne enfin Roland Garros !). Un modèle d'intelligence, de classe, la grâce à l'état pur, qui sort des coups de génie absolument incroyables. Alors, bien sûr, certains matches sont ennuyeux, et les gros serveurs qui balancent 25 aces en 3 manches, c'est pénible à regarder. C'est vrai aussi que les joueurs du circuit semblent moins s'amuser. Et qu'il y a moins de folie sur les courts. Mais tout de même, Tsonga contre Nadal, ça avait de l'allure, non ?

Le tennis, à mon petit niveau, se résume à 2 heures hebdomadaires... Je stagne, et j'ai compris depuis longtemps que je n'aurais jamais le niveau d'un 15/3, même en m'y mettant à fond. Pas grave. Mon revers est déprimant. Je sais bien que je devrais le faire à deux mains, mais j'ai des principes, merde. C'est moins esthétique qu'à une seule main, point barre. Je supporte mal les "crocos", ces types qui me battront tout le temps en se contentant de renvoyer la balle, tout le temps dans le court, en attendant la faute de l'adversaire. Sans grandeur, sans risque, sans mouiller la chemise. Mais, il y a pire : le type qui se croit à Roland Garros, alors qu'il est un joueur du dimanche (au sens propre comme au sens figuré). J'en ai croisés trop, déjà... Le genre "Georges Costanza", le type qui se prend 6/2 6/3 et qui sort sa batterie d'excuses bidons à peine le dernier point joué. Ou qui veut mesurer le filet avant de commencer ! Ou qui se plaint de la surface, comme si, à notre niveau, ça changeait quoi que ce soit... Bref, dis-moi comment tu joues, je te dirai qui tu es. Le "George Costanza" du dimanche est généralement sans envergure, probablement impuissant depuis longtemps, et aussi ennuyeux que n'importe quelle émission de télé qu'il regarde, avachi, avec bobonne, pendant des plombes...

Le tennis vaut mieux que ça. J'ai de grands souvenirs de jeunes types incroyables, avec un niveau très correct (facile 15/2) qui jouaient en s'éclatant, faisaient des doubles dantesques, montaient au filet, lobaient, faisaient des amorties venues de nulle part, des coups entre les jambes, tout en se marrant comme des baleines. Du tennis esthétique, récréatif, magnifique à regarder. Loin des crocos ennuyeux à mourir ou des imbéciles cités plus haut. Je garde toujours en tête ces joueurs et cette façon de jouer, ça me rassure sur l'état de ce sport.

Ce qui me fera jouer toute ma vie au tennis se résume à une question d'angles : comment trouver l'angle qui déséquilibrera l'adversaire, comment placer la balle juste là, derrière le filet, dans le coin du carré de service ? Quels effets donner à la balle pour obtenir cet angle ? Ces questions reviennent à chaque frappe de balle et rendent passionnante chaque partie.

Et puis, c'est un des seuls sports qui permet à un type de 50 kilos de battre un joueur bâti comme une armoire à glaces, ce qui n'est pas pour me déplaire...

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Published by Ben - dans freretoc
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commentaires

Ben 18/04/2008 16:49

Tu l'as dit vieux ! je suis à bar ce week end, peut être y es-tu aussi ! bien sûr que je mens, il est loin le temps où je faisais 50 kg !!!

batinste 18/04/2008 16:31

Mon petit Toc, faut vraiment qu'on se voie un de ces quatre : j'arrive même plus à dire si tu mens quand tu dis que tu pèses 50kg.