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29 février 2008 5 29 /02 /février /2008 11:51
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J'aimais le  Jazz avant même d'en avoir écouté. Disons que j'aimais l'idée d'aimer le Jazz. Pour un gosse fasciné par l'Amérique, voir des images en noir et blanc de Coltrane, Miles Davis, Chet Baker, tous au summum de la classe, costumes impeccables, chemises blanches, cravates, mais avec un je-ne-sais-quoi de négligé - une clope nonchalamment posée sur les lèvres - dans les studios Columbia... c'était déjà vouloir en être, connaître cet univers. Je sentais que ces gars-là n'avaient pas pu faire de la merde. Il devait être sorti quelque chose de bon dans des studios pareils avec des types comme ça. Il ne pouvait pas en être autrement. 

Après, bien-sûr, j'en ai écouté et j'ai su que j'avais vu juste. Hey, merde quoi ! Vous avez vu comment sont fringués les Gun's n' Roses ? Vous croyez quand même pas que quelque chose de bon peut sortir de types aussi mal sapés ? D'ailleurs il n'y a qu'à voir comment se fringuait Miles Davis quand il a sorti des daubes... Même Dylan, dans les années 80 ! Bon, j'arrête là, je suis pas là pour parler chiffons.

Sketches of Spain, donc. Déjà, il y a la pochette. Après le bleu nuit de Kind of blue, place à l'Espagne et à des couleurs plus vives, qui semblent à l'opposé de ce qu'évoque le Jazz. On y voit un dessin de Miles Davis, de profil, torero à la trompette, et un taureau. L'album, lui, est constitué d'une relecture du Concerto de Aranjuez de Rodrigo et de compositions de Gil Evans, et nous plonge sous un soleil de plomb. Même lorsque je l'écoute en plein hiver, je me sens écrasé de chaleur. Et j'imagine toujours la même chose : Miles Davis, lui aussi écrasé de chaleur, abandonné de son armée, suffocant, poussiéreux, soufflant dans sa trompette une supplique, celle du déserteur, du fou, peu importe, celle du type qui s'est volontairement retiré de l'échiquier. De temps à autre il est rattrapé par une armée, et on entend une sorte de marche militaire, une sorte de fanfare qui s'évanouit aussi vite qu'elle est arrivée, et revoilà Miles seul à seul avec sa folie. Peu de disques ont une telle puissance évocatrice, hallucinatoire. Accompagnée, soutenue par un orchestre magnifique, la trompette de Miles Davis excelle dans un nombre incalculable de registres (la douceur, le grave, l'aigu, la suffocation (encore !), la caresse, la morsure...) et transporte loin, très loin.

Et puis, il y a cette envolée dans le premier morceau (le concerto) qui est certainement un des plus beaux passages que Miles Davis ait enregistré. Un truc qui vous arrive directement dans le ventre tellement c'est beau. La grâce à l'état pure.

Non, vraiment, peu de disques ont un tel pouvoir de fascination.


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