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20 avril 2008 7 20 /04 /avril /2008 15:55


Highway warm sing silent poetry.

Après avoir sorti Mellon Collie, avoir connu le succès, Corgan prend toute la mesure de l'expression "revers de la médaille". Il perd sa mère, Chamberlin est limite junkie, ce qui le pousse à l'écarter du groupe... Le roi est nu, tout s'effondre, c'est la fin d'une époque, le passage à l'âge adulte... On est tous, ou on va tous, passer par ces étapes. Mais combien de types sont capables d'en faire un disque, ou un livre, peu importe, une oeuvre à part entière ? Déjà beaucoup moins. Combien peuvent en sortir un chef-d'oeuvre, une oeuvre qui touchera au plus profond ceux qui l'approcheront ? Quelques élus. Billy Corgan est de ceux là et Adore est probablement un des plus grands disques jamais sortis. Pas moins.

D'une noirceur absolue, Adore est une oeuvre homogène, austère, d'une tristesse sans fond, d'une beauté flippante (il suffit d'écouter Shame pour s'en rendre compte). Tout comme pour Mellon Collie, Corgan a écrit des paroles magnifiques, très travaillées et poétiques, qui font surgir des images fortes. La musique, elle, a pris un virage à 180 degrés, le grunge des débuts semble loin. Passionné par la new wave, par les Cure et Joy Division, autant que par Led Zep et Black Sabbath, Corgan, dans cet album,
paie allégeance à ces groupes des années 80, plus qu'au hard-rock des 70'.  Et surtout invente un son, à mi-chemin entre l'acoustique (guitare-piano) et des sons plus travaillés, sans tomber dans des tics d'époque qui auraient sonné faux cinq ans après. Rien de tape à l'oeil donc, chaque son enregistré (qu'il soit acoustique ou électronique) l'a été parce qu'il servait les morceaux, et pas pour épater la galerie. Résultat, dix ans après, l'album n'a pas pris une ride, et il n'en prendra jamais, j'en suis convaincu.

Adore a été mal compris à sa sortie, les fans s'attendant à un nouveau déluge de guitares saturées, d'hymnes grunge sous hautes influences. Perplexes, ils ont préféré bouder le disque. Corgan ne s'en est pas remis et on peut le comprendre. Mettre tant de choses dans un disque, prendre autant de risques et être ainsi remercié... Je me souviens m'être pris la tête avec des types sur ce disque : "comment tu peux dire que c'est chiant ? qu'il se passe rien ?" Réponse des intéressés :  "c'est naze, ça bouge pas..." La pauvreté des arguments avaient toutefois quelque chose de rassurant : j'ai jamais entendu dire que les morceaux étaient mauvais ou indigents, juste qu'ils n'étaient pas assez violents, tout juste si j'ai pas entendu des mecs dire que "ça fait tapette comme musique". On tombe de haut et on se rend compte que la plupart des gosses n'avaient rien compris au grunge, à Nirvana et aux Pumpkins (ils n'allaient pas plus loin)  et qu'ils étaient aussi beaufs que leurs bouseux de parents.

Premier album sans Chamberlin, Adore ne pouvait pas prolonger l'oeuvre des citrouilles, il se devait de marquer une rupture. Aucun batteur ne pouvait décemment remplacer Chamberlin, son jeu est unique, tout comme sont uniques les liens qui l'unissent à Corgan... Remise en question totale, donc. Comment faire sans lui ? Pourquoi continuer ? La réponse se trouve peut-être dans certains titres de l'album : continuer pour Martha (la mère - For Martha), pour Sheila (To Sheila), pour éloigner les cauchemars (Behold ! The nightmare) ; voire dans les paroles : continuer pour cesser de hanter des cimetières (I can't go on, diggin roses from your grave), pour trouver quelqu'un à ses côtés (mother i'm tired, come surrender my son)...

To sheila ouvre l'album et impose un rythme, une couleur qui seront suivis tout du long. Contemplatif et noir, ainsi soit-il. Ava adore et Pug sont un peu plus violentes, mais l'ensemble reste drappé dans une atmosphère calme, laissant la part belle aux arrangements fins et aux mélodies magnifiques de Corgan. Il faut écouter Adore de bout en bout, prendre le temps, laisser les morceaux vous imprégner et faire naître des images dans votre tête afin de prendre la mesure d'un tel chef-d'oeuvre. Bien-sûr, ce disque est sombre et froid, mais sa beauté n'a pas d'équivalent. Et puis, soyez-en sûr, Blank page, qui clôt l'album, apaisera votre âme par ses paroles et son changement de ton au milieu du morceau, oui tout est noir, mais après tout : take a day, plant some tree murmure dans les aigus Billy Corgan.

A l'heure du crépuscule, quand les chaleurs du goudron des autoroutes chantent une poésie silencieuse, ou quand on prend soudain conscience d'être seul, ou que le besoin de prendre une journée et de planter un arbre se fait sentir, Adore sera toujours le disque idéal.

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commentaires

Thom 23/04/2008 22:40

Arf. Je l'ai chroniqué je ne sais combien de fois celui-là...mais je suis battu à plate couture. Bien joué. Et je découvre que le groupe vient de publier un nouvel EP...que je suis en lien ici...putain, j'ai pas perdu ma soirée (merci la rubrique "provenance des visites" sur OB !).Je repasserai lire les autres posts plus tard. A bientôt, donc.