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12 août 2008 2 12 /08 /août /2008 17:22


Je devais avoir 16 ans. J'étais à Dijon, il faisait beau, j'étais dans un bus avec sous le bras un disque qui me faisait saliver depuis un moment, le premier album des Stone Roses. Il avait déjà un goût d'été ce disque, il sentait la pop, la légèreté, une certaine forme d'arrogance juvénile aussi (ah ces britons). Je m'étais empressé de déchirer le plastique (si quelqu'un arrive à faire ça rapidement et sans perdre son sang-froid, qu'il me fasse signe...) et je scrutais la pochette. Je savais déjà que les citrons étaient un clin d'oeil à mai 68, et d'une manière générale à toutes les émeutes urbaines (le citron étant utilisé pour freiner les effets des gaz lacrymongènes), je savais aussi que c'était John Squire le guitariste qui avait peint la pochette (le garçon a été marqué par Pollock à vie visiblement...). Je savais surtout que ce premier album avait été leur seul coup d'éclat, et que le second (The second coming) n'était pas du même niveau et que le groupe avait explosé ensuite.

J'ai donc acheté l'album 8 ans après sa sortie en 1989. A l'époque il venait réveiller une Angleterre engluée dans les synthés, la sinistrose new wave, et la médiocrité des années 80. Quatre jeunes branleurs de Manchester débarquaient avec la ferme intention de redonner ses lettres de noblesse à la pop, avec une envie et un talent ahurrissants. Et des fringues bagguy. Et des litres de peinture. Et un guitariste génial, et un batteur extra-terrestre. 1989, il était temps. Commencées avec Joy Division, les années 80 pouvaient enfin laisser place à la lumière, à des mélodies pop. On pouvait de nouveau renvoyer les punks dans les cordes et hurler son amour des Beatles, des Stones et des Beach Boys. Soit. Au moins on se ferait moins chier que devant la coupe improbable de Robert Smith ou des trucs du style Depeche mode. Mais là où les Stone Roses ont été forts, c'est qu'ils n'ont pas fait un revival de plus. Leurs mélodies et harmonies vocales ont été boostées par un groove hallucinant, servi par une ossature basse-batterie énorme. Du caviar pour John Squire, guitariste élégant et inspiré qui envoie chaque morceau un peu plus loin vers la perfection pop.

Alors, voilà. J'ai 16 ans, et j'entends ces guitares cristallines, ces mélodies tombées d'un paradis pop inaccessible, le tout sur un rythme d'enfer. L'âge idéal. Et en plus, c'est l'été. Qu'on se rassure, The Stone Roses se déguste à n'importe quel âge et à n'importe quelle saison. Il vous transportera simplement illico sous un ciel bleu, et vous donnera l'impression béate d'avoir à nouveau 16 ans.

I wanna be adored ouvre l'album et le titre résume tout. Ces gosses veulent être adorés. Tout simplement. Mais sans faire la pute. Ils veulent être adorés pour ce qu'ils sont. Ils veulent une reconnaissance de leur talent, de leur univers, mélange de pop, de groove, de psyché, de Pollock et de fumette. Ils veulent mettre l'Angleterre à genoux, et savent qu'ils y parviendront. L'album ne contient que des grands morceaux, qui ont l'évidence de ce qui a été créé dans l'urgence, dans une sorte de bouillonnement adolescent que rien ne peut endiguer. Ces mecs là étaient tout bonnement sur un nuage. Et ils ont fait grimper dessus tous ceux qui ont écouté les fantastiques Waterfall, Bye bye Badman, This is the one.

Personnellement, je n'en suis pas encore redescendu.

Waterfall en vidéo :


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