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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 19:42

Il y a quelques mois sortait le huitième volume des Bootleg series, désormais tellement fameuses qu'on peut légitimement les considérer comme une discographie bis du Zim. Ainsi, chaque volume est maintenant attendu avec autant d'impatience et de fébrilité qu'un nouvel album. On y guette les inédits, les versions live, les prises alternatives, en sachant qu'on aura droit en prime à un très bon livret et des notes de pochette intéressantes voire passionnantes. Pour moi, le Dylan de Time out of mind est au moins aussi fascinant que celui de Highway 66 revisited si ce n'est plus. L'annonce de la sortie d'un bootleg consacré à cette période m'a donc rapidement fait spéculer sur son contenu : y aura-t-il des versions alternatives de Ain't talkin' ? Combien d'inédits ? Seront-ils à la hauteur ? Et les live ?

Questions. Excitation. L'événement était de taille, tout de même : un double-album de Dylan, merde.
Et, autant le dire tout de suite, ce Tell tale signs offre de nombreux sommets dylaniens, prouvant du même coup que le bougre n'a pas laissé passer une décennie sans sortir de chefs-d'oeuvre, et que la dernière est presque aussi riche que celle qui lui colle à la peau et demeure la référence : les années 60.

Après plusieurs mois, temps nécessaire pour faire le tour des 27 titres de cette cuvée, plusieurs constats s'imposent. Dylan est un des seuls artistes qui peut se permettre de laisser de côté des morceaux absolument fabuleux lors de la sortie d'un album. Time out of mind aurait pu contenir la bouleversante Red river shore, ballade somptueuse qui chaloupe au son d'un vieil accordéon, et Marchin' to the city, non moins excellente... Il est aussi un des seuls qui peut se vanter de ne jamais sortir des morceaux faiblards lorsqu'on lui en demande un pour une bande originale de film... Il suffit de se rappeler de la géniale Things have changed du film Wonder boys. Si la plupart des films pour lesquels il signe un morceau sont loin d'être mémorables, les chansons, elles, le sont. Un exemple : écoutez Cross the green mountain, morceau écrit pour Gods and generals, et ses huit minutes de pure grâce pour vous en convaincre. (ajouté à la playlist). Le Zim est aussi un interprète incroyable, une bête de scène, capable de faire d'un morceau comme High water (for Charley Patton) un rouleau compresseur en live, alors que la version studio est pastorale, avec un banjo à tomber par terre. Il est enfin un artiste qui ne fige jamais un morceau définitivement, mais tente, cherche, travaille inlassablement les arrangements et les paroles. Ce qui rend fascinante l'écoute des prises alternatives présentes sur ce double-album. Mississippi, un des sommets de Love and theft a droit à deux versions, dont une qui me paraît supérieure à celle retenue sur l'album. Ain't talkin', si elle n'a pas tout à fait la grâce de la version de Time out of mind reste à tomber par terre, tant on y perçoit déjà, en filigrane, son aboutissement futur. Bien-sûr, je n'ai pas attendu la sortie de ce Tell tale signs pour faire ces constats. Et cela ne vous apprend pas grand chose, j'en suis bien conscient. On peut détester Dylan, pour tout un paquet de bonnes raisons (ou en tout cas de raisons recevables), mais il faudrait être foutrement de mauvaise foi pour venir dire qu'il ne sait pas écrire, chanter ou qu'il fait sempiternellement la même chose...

Soit : Dylan est un artiste complet. Heureusement, il n'est pas le seul. Pourtant, il a quelque chose que d'autres n'ont pas. Quelque chose qui fait que des mots absurdes, vidés de leur sens tellement ils sont employés, ressortent à chaque fois quand on parle de ce genre d'artiste. Vous les connaissez, non ? Monstre sacré, légende, génie, poète, révolutionnaire, visionnaire... Tous ces mots qui érigent un homme en autre chose, en surhomme, n'ayant plus grand chose à voir avec le commun des mortels. Tous ces mots qui effacent l'humanité qui se dégage d'une oeuvre pour la hisser tout là-haut, où elle ne souffrira plus aucune discussion. C'est, encore une fois, absurde. Dylan n'est pas un monstre sacré, il est simplement terriblement humain. Il se situe là, ce quelque chose en plus. Dans cette profonde humanité, de celle qui embrasse toutes les psychés imaginables : Dylan n'est personne et tout le monde à la fois. Il est l'enfoiré qui peut massacrer un de ses morceaux voire tout un concert, le salaud qui balance des horreurs à sa compagne, le vieux sage, héritier d'une mémoire ancestrale, la rock star hautaine, le folkeux timide. Cette faculté à endosser de multiples identités, à jouer d'une multitude de registres, permet également à Dylan d'abolir du même coup toute temporalité. Comme sur l'incroyable The Girl on the greenbriar shore qui vaut à elle seule l'achat du disque. On l'entend, en concert en 1992, à Dunkerque, chantant comme en 1964 une splendeur folk, un traditionnel dont les origines se perdent jusqu'au XVII e siècle, mais qui sonne presque moyen âgeux dans la mélodie. Le temps s'arrête, pendant ces deux minutes, et on ne sait plus trop où on est. Quel âge a ce chanteur ? Qui a écrit ce morceau, le sait-on ? Pourtant l'évidence nous frappe. La mélodie semble antédiluvienne, d'une évidence totale. Elle se tient là, a traversé les siècles, le temps n'a eu aucune prise sur elle.

Le temps n'a aucune prise sur Dylan.

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Published by Ben - dans freretoc
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commentaires

Ben 17/02/2009 15:11

héhé ! bien joué Tomtomhey cinoche ce soir ? il passe yes man à 19h30

Thomas 17/02/2009 15:04

De toute façon il sait pas écrire, il sait pas chanter et c'est toujours la même chose.

Ben 17/02/2009 14:21

mais encore ???

Thomas 17/02/2009 12:55

pffffffffffffff