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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 12:04


Je n'ai aucune culture BD. J'en ai lu quand j'étais gosse, sans être fasciné. J'adore Gaston Lagaffe... qui est une bonne BD. A part un livre de Crumb, je n'en possède aucune. Je sais qu'il faut que je m'y mette, aussi sûrement que je connais les raisons qui m'en éloignent systématiquement. La plupart du temps, c'est lié aux dessins, c'est un rejet physique. Parfois, les premières cases me font fuir, la première bulle... Ou alors, c'est la mise en scène, et je me rends compte que lire une image me demande plus d'efforts que lire un livre entier (si en plus le dessin me rebutte...). Paradoxal, non ? On a fait croire à des générations entières que la BD est un sous-genre réservé à des quasi-analphabètes (maintenant, le genre souffre moins de ces critiques) et je me retrouve perdu devant certaines oeuvres que j'ouvre et referme instantanément, en étant limite pris d'angoisse, à me répéter : je vais passer à côté car je ne sais pas lire une BD.

Watchmen, le film, est l'adaptation d'un comic culte outre-Atlantique. La France, peut-être même l'Europe, n'a pas la culture comics, on n'y voit qu'un ensemble de choses un peu débilitantes, de super-héros en costumes ridicules, et notre approche toujours sociologique a contribué à faire en sorte que les comics soient relegués au rayon "niaiseries". Dommage, car de Frank Miller à Alan Moore, le genre a désormais acquis ses lettres de noblesse. En France, seul le cinéma véhicule l'imagerie des super-héros et les bons films hollywoodiens du moment ont fait comprendre que les comics ont beaucoup de choses à nous dire, et même quand ils ne disent pas grand chose, eh ben... ça fait du bien par où ça passe. (cf. Iron man).

Je ne sais pas si Watchmen a eu le succès escompté par chez nous, vu que les personnages ne disent rien à personne. En tout cas, ils ne me disaient rien. En bref, on se retrouve pas dans une salle obscure à trépigner d'impatience en se demandant comment ils ont bien pu faire telle ou telle scène et qui ils ont bien pu choisir pour incarner le Dr Manhattan, vu que... on ne les connaît pas, ils ne font définitivement pas partie de notre culture. Ce qui m'a mené jusqu'au ciné était la réputation de la BD que des crétins jugent bon d'appeler "roman graphique" histoire de dire que "quand même c'est autre chose que de la BD"... Je lis pas de BD, mais si jamais je m'y mets je ne me mettrais pas à les appeler romans graphiques, ça a un côté "je veux pas y toucher" de petits bobos assez pathétique cette appellation. Hey les mecs, c'est de la BD, vous avez honte ou quoi ? Donc, la réputation de cette BD m'a attiré, faut bien l'avouer. Et je dois dire que j'ai été emballé, d'autant plus qu'effectivement j'y allais sans à priori, puisque totalement inculte. Donc les querelles de clochers me passaient au-dessus. Et les questions existentielles avec (ont-ils trahi la BD ? argh).

Watchmen dépeint une Amérique parallèle, alternative, de 1985. Nixon est encore à la barre, donc c'est plutôt le cauchemar. Le prologue du film est somptueux : l'assassinat du Comédien, vieux superhéros, qui tient plus du loser déprimé, à regarder la téloche dans son canap, est superbement mis en scène entre irruption de la violence et ballet chorégraphié, jusqu'à la chute, au ralenti. Belle entrée en matière, un peu clinquante, certes, mais merde, c'est un blockbuster, non ? Que dire alors du générique, absolument parfait lui ? Dylan qui chante "Times they are a changin" (la version intégrale, mais oui !) et un défilé d'images refaisant l'histoire sous forme d'instantanés, style musée Grévin. En un petit quart d'heure, je suis déjà plongé dans l'ambiance du film, j'ai adhéré à l'atmosphère et à la manière de filmer (j'ai payé pour aller voir un film de super-héros donc je me doute bien que ça va en mettre plein les yeux).

Le film est excellent, soit. Bien-sûr, il y a des longueurs, bien-sûr, il y a parfois un côté pompier mais assumé, et après tout, les super-héros... je veux dire des mecs en costume, quoi, évidemment que si on est déjà un vieux con incapable de rentrer dans une histoire, juste pour le plaisir de se la faire conter, eh ben, ça ne passera pas. Watchmen impose une noirceur impressionnante au genre, qui franchement fait passer The Dark knight pour un gentil Disney. Ici, les petites filles se font bouffer par les chiens dans des arrières cours glauquissimes, l'humanité attend dans la terreur un holocauste nucléaire, les super-héros sont au mieux des impuissants, au pire de vrais salauds. Il n'y a guère que Rorschach, dont le masque blanc se couvre du fameux test de Rorschach (vous savez, les taches symétriques censées avoir un sens différent pour chacun, là une chauve-souris, là des fleurs, etc.), pour assumer, certes violemment, son statut de super-héros. Fascinant ce Rorschach, tout comme l'acteur qui l'incarne. Alors que dans The dark knight, Nolan évite de montrer une humanité prête à se foutre en l'air (les otages des bateaux refusent le chantage...), Snyder, lui, fait tout péter, à la fin, de la propre main d'un des super-héros. New York est en ruine, rayé de la carte, mais ce sacrifice met fin à la guerre froide et ramène un semblant d'ordre. Tout ça fait froid dans le dos, et franchement j'ai trouvé ça assez jouissif. Pas de happy end, les super-héros non seulement ne peuvent rien, mais c'est encore de l'un d'eux que viendra l'apocalypse. Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités... cet adage n'est pas valable pour les Watchmen, Peter Parker !

C'est par un autre morceau de Dylan que s'achève ce trip cinématographique aussi fascinant qu'éreintant, et la boucle est bouclée : le début nous disait "les temps doivent changer", à la fin on est sur la Desolation row. Alors, comme on est chez les ricains, c'est une reprise et pas l'originale, une reprise beaucoup plus musclée, mais les paroles du Zim sont là et collent parfaitement au film :

Now at midnight all the agents
And the superhuman crew
Come out and round up everyone
That knows more than they do
Then they bring them to the factory
Where the heart-attack machine
Is strapped across their shoulders
And then the kerosene
Is brought down from the castles
By insurance men who go
Check to see that nobody is escaping
To Desolation Row
.

Dès lors on comprend mieux le mysticisme du Dr Manhattan, qui n'a qu'une envie : se barrer sur Mars, pour être enfin loin de cette désolation, en paix, et en silence.
Quant à moi... je crois bien que je vais apprendre à lire des BD.

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Published by Ben - dans freretoc
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commentaires

Ben 10/04/2009 10:30

ce que tu me dis me donne encore plus envie de me procurer la BD d'Alan Moore. Quant aux guerres de clochers, je suis le premier à en faire quand on touche à quelque chose que j'adore, donc je comprends parfaitement, c'est juste que là j'étais de fait hors de ces débats puisque ignorant totalement l'oeuvre de laquelle est tiré le film (bon ma phrase est alambiquée au possible, mais on se comprend et puis il est tôt, non ?). je pensais d'ailleurs aller me l'acheter aujourd'hui, ce qui est sûr maintenant !et si ça se trouve je me dirais "putain, il a complètement trahi la BD le mec !, amenez le moi que je lui fasse la peau !"c'est noté également pour Hate (déjà le titre français me paraît une trahison, c'est dire... ).qui sait un lecteur avide de BD sommeille en moi ? Sors de ce corps fan de comics !!!

Max 10/04/2009 10:13

Tu sais que je suis un bon client des adaptations de comics… Que ce soit les X Men ou Spiderman. Ce sont de très mauvaises adaptations… vraiment mauvaises pour qui connaît les BD (et je les connais)… mais ça me fera toujours délirer de « voir » un type sauté d’un building en tissant des toiles ou un mec qui se fighte avec des griffes en adamantium avec une classe que je n’aurai jamais… j’aime ça… je pose mon cerveau et je profite du spectacle. Après il y aura toujours une partie de moi qui regrettera qu’avec le matériaux à disposition, les studios d’hollywood ne nous pondent pas des scénars meilleurs (je parle pour Spiderman et les Xmen).
Bien sûr, je m’incline devant monsieur Nolan qui respecte à la fois sont sujet, et ses spectateurs. Pas de bol, je suis pas tant fan que ça de la BD Batman… mais c’est pas grave. Idem pour Iron Man… pas plus fan que ça des aventures de Tony Stark sur papier… mais quelle rigolade sur grand écran. Merci Robert Downey Jr…
Alors bien sûr j’ai lu les Watchmen…  j’ai dévoré les Watchmen… et j’ai su tout de suite que c’était bien plus qu’un comics de super héros… c’est tellement génial que toutes les BD que j’avais lu avant me paraissaient fades et idiote (c’est pas vrai, évidemment).
Je n’ai donc pas pu voir le film comme toi tu l’as vu… et désolé pour les guerres de clochers mais le film est quand même tiré d’une BD non ?… il est bien normal d’attendre qu’une telle œuvre soit respectée… Et j’ai été profondément déçu par cette réalisation bling bling gore… C’est faussement subversif et ça a édulcoré tout ce qu’il y avait de vraiment tendancieux dans la BD.
Il y a des bonnes choses… je ne le nie pas, et j’ai pas envie de polémiquer ou de gâcher ton plaisir… mais j’ai trop aimé cette BD là pour pouvoir me contenter de cette adaptation. J’espère toutefois changer d’avis après avoir vu la version longue.
 
Pour finir, j’ai toujours été surpris (on en a souvent parlé) de ton Non-intérêt pour la BD. Tu as expliqué tes raisons et je les comprends, sans les partager. Cela dit, c’est de bonne guerre, ça va bien avec mon Non-intérêt pour le cinéma.
J’ai envie de te conseiller de lire ça : http://livres.fluctuat.net/blog/9440-en-route-pour-seattle.html
 
Le dessin est un peu bizarre et j’ai peur que ça te rebute… pourtant crois moi : c’est magnifique. J’ai découvert ça, il y a une dizaine d’année lors de la première édition du début de HATE (titre original de cette BD)… ensuite je l’ai lu en Anglais jusqu’à cette superbe réédition qui comprend presque l’intégralité de l’œuvre (il y a une suite : En route pour le New Jersey).
C’est la version BD du Seattle Sound des 90’s, à lire donc en écoutant Mudhoney.