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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 10:03

Twin Peaks,
la série de David Lynch, a presque vingt ans, mais je ne l'ai découverte que ces derniers temps. Quand elle a déboulé à la télé, j'avais 9 ans, je n'aurais rien compris et puis je suppose que seule Canal + la diffusait... Vingt ans après, la série n'a pas pris une ride, et pour cause : il est difficile en la regardant de saisir à quelle époque on se situe, tant Lynch brouille les repères temporels : il pioche ça et là dans diverses décennies - les années 50 pour les jeunes (les jupes des lycéennes, le côté James Dean de... James), les années 80 pour les soap opéras qui passent en boucle chez certains habitants de Twin Peaks... L'identité visuelle de la série passera donc sans encombre les années, la petite ville de Twin Peaks se situant dans une capsule temporelle vaporeuse, qui la place hors du temps, et donc des modes qui passent et trépassent et rendent ringard n'importe quel costume des séries dépassant dix ans d'âge.

Bienvenue à Twin Peaks, donc. 51 200 habitants, indique le panneau à l'entrée. Et c'est vrai que cette bourgade a tout pour plaire, chez nous 50 000 habitants c'est déjà une bonne ville, mais chez Lynch, on a l'impression d'être dans un village indolent, où tout le monde connaît tout le monde, et où le poste de police est à taille humaine. Twin Peaks est entouré de forêts touffues et hautes, visiblement profondes et séculaires. Une bruine semble tomber continuellement, le brouillard est un familier des lieux... Bonne ambiance, qui sera reprise avec brio et succès par Chris Carter pour ses X Files... Mais quand le corps de Laura Palmer - emmailloté dans du plastique - est découvert, l'assistant du shérif se met à pleurer et les choses déraillent sévèrement.

Dire que la série est barrée, que les personnages sont au mieux des doux rêveurs, au pire des frappés, disjonctés, cinglés, est un peu court et un peu caricatural. Twin peaks, une galerie de freaks ? A y regarder de plus près, pas vraiment. L'aspect parodique de la série, très présent dans les premiers épisodes ne doit pas masquer le réel attachement de Lynch à ses personnages et à leurs étrangetés. A Twin Peaks, on fait comme tout le monde, on regarde des soap à la télé, on boit des cafés et on mange des tartes au dinner, on aime les donuts... bref, le quotidien américain banal. Alors quand la "femme à la bûche" vient prendre son café, avec, comme son nom l'indique, sa bûche portée comme un bébé, et à qui elle parle, ça ne choque pas grand monde. A Twin Peaks, chacun ses excentricités. Chaque personnage a donc un côté déglingué, branque, appelez ça comme vous voulez, le mieux c'est que non seulement ces excentricités paraissent acceptées, mais elles sont aussi prises en considération par beaucoup. Bref, si d'aventures vous croisiez la femme à la bûche, écoutez ce qu'elle a à vous dire... (la bûche, ça va de soi), sinon ça risquerait d'être mal pris. Lynch a donc un réel amour pour ses personnages, ça se sent, pas un hasard d'ailleurs s'il apparaît dans la série, pour y jouer un agent du FBI proche de Dale Cooper, sourd comme un pot, absolument hilarant et d'une gentillesse confondante. Le décalage des personnages, très rapidement, devient tout ce qu'il y a de plus naturel, ce qui n'est pas le moindre des tours de force de la série. S'arrêter à Twin Peaks, ce n'est pas simplement se retrouver hors du temps, c'est aussi abandonner la raison, mais d'une manière si imperceptible qu'on ne s'en rend pas vraiment compte.

En fait, on ne se rend compte de pas grand chose. La série vous embarque, c'est tout. Les niveaux de lecture s'enchassent brillam
ment, l'atmosphère oscille entre parodie de soap, série d'ados, série policière, le tout enveloppé d'une musique omniprésente. La musique, justement, développe deux ou trois thèmes, qui vous rentrent dans la caboche pour ne plus en sortir (l'orgue flippant annonce toujours un moment clé, une apparition d'un personnage trouble, la fin d'un épisode...), le thème sirupeux du générique (qui parodie les horreurs pianistiques style Feu de l'amour), est utilisé lors des bluettes, et enfin le thème un peu jazzy avec la basse qui se balade sur le manche, utilisé dans les moments les plus drôles, absurdes ou sexy de la série. Simple comme bonjour. Et jamais agaçant, alors que ça revient tout le temps, pourtant. La musique finit même par être un des clés de la réussite de la série, tant elle en est indissociable. Souvent, très souvent même, c'est à mourir de rire. Oui, vous avez bien lu : à mourir de rire ! Les frangins Horne, l'adjoint du shériff, Dale Cooper... Autant de personnages hallucinants servis par des acteurs déments et des dialogues terriblement bien écrits. C'est simple, à chaque fois que l'agent Cooper parle, on a envie d'apprendre par coeur ses répliques, mélange de remarques béates (sur, au hasard, la qualité des tartes du dinner), de jovialité, de courtoisie et d'élégance surannée, le tout ancré dans un hédonisme à toute épreuve. Depuis que j'ai regardé cette série, j'ai d'ailleurs suivi quelques uns des conseils de Cooper, notamment celui qui préconise de se faire un plaisir par jour, quelque chose qu'on s'offre, tranquillement, ça peut être un moment dans un café, un livre acheté dans une librairie, peu importe, c'est juste un cadeau que l'on se fait.

Bon, à ce moment là, vous vous dites quid de Laura Palmer dans tout ça ? Lynch nous embarque dans son monde, peuplé de personnages pour le moins étranges, et on se retrouve à plus avoir envie d'une scène au dinner entre le shériff et Cooper que de savoir réellement ce qui a pu arriver à la donzelle... Mea culpa, j'avoue : pendant la quasi totalité des épisodes je me foutais comme de ma première chemise de savoir qui avait bien pu assassiner Laura Palmer. Ce n'est pas que l'intrigue soit mauvaise, au contraire même, on a droit à une histoire à tiroirs, avec rebondissements mystérieux à chaque fin d'épisode... Juste que l'atmosphère, les dialogues et les personnages sont fascinants au-delà de tout. Et donc de l'intrigue. Bon, quand même, au milieu de la saison 2, on sait qui a tué Laura Palmer, qui aura fasciné un bon paquet de gens. Laura Palmer, sexe and drugs and rock n'roll la demoiselle. Paumée, archi paumée, nihiliste et sado masochiste... voilà ce qui ressort des dires de celles et ceux qui l'ont connue. Son pouvoir de fascination était tel que beaucoup, à commencer par ses camarades de classe, cherchèrent à savoir ce qui lui est arrivé et explorer les zones d'ombre attirantes du personnage. Laura Palmer, qui n'apparaît jamais dans la série (à l'exception d'un petit film de vacances) révèle les peurs et les fantasmes de chacun, une fois morte. Ainsi, une de ses amies, plutôt sage, se transforme en brune fatale, chaude comme la braise, au grand effarement de son copain... le psy du coin, tranquille baba cool chiale comme un môme... et ainsi de suite. Laura Palmer semblait incarner la partie obscure de chacun dans le bled. Sa mort entraîne des révélations, des découvertes (une boîte à partouze, le one eyed jack, connue comme le loup blanc par tous les gars légèrement esseulés du coin ; un trafic de drogue), elle
entraîne aussi des manifestations pour le moins étranges (le père de Laura devient barge, et se met à danser en pleurant, l'agent Dale Cooper a des visions d'un géant, d'un nain qui danse, de Laura elle-même), bref, l'assassinat de Laura Palmer est l'élément déclencheur par excellence, l'acte de naissance de la série (c'est d'ailleurs par la découverte du corps que le pilote débute), celui qui fait tout basculer et permet à Lynch d'explorer - comme un gosse qui découvre un jouet depuis longtemps convoité - énormément de genres, de narrations, et de les mêler avec une science rare.

Alors, évidemment, les épisodes (jusqu'à la révélation de l'assassin de Palmer) sont fabuleux. Et puis, parce qu'il fallait bien continuer, alors que ça aurait pu s'arrêter là, les aventures à Twin Peaks ont continué, l'agent Cooper est resté et se retrouve confronté à un autre problème en la personne de son ancien collègue devenu psychopathe... ce qui donnera lieu à la deuxième partie de la saison 2. Tout étant en place depuis le début (les références, le ton, et les personnages, qu'on retrouve pour la plupart dans cette partie) il n'y plus guère de surprises, on se dit simplement que Lynch aurait pu en faire 10 saisons haut la main sans que ça lasse... certes, mais sans l'immense sentiment de surprise mêlé d'excitation lié à la découverte de cet univers à la fois complexe et terriblement accessible.

Avec cette série, Lynch réussissait le tour de force de faire entrer l'absurde, le conceptuel, l'art contemporain dans une série à l'ambition populaire très nette. Je ne sais pas si elle a eu du succès. Peu importe, d'ailleurs, mais ça serait marrant de se dire que des gens habitués à regarder des soaps se soient immergés dans Twin Peaks. J'ai souvent entendu dire que la série avait été la matrice de toutes les autres grandes séries qui ont suivi, d'X files (Duchovny a joué dans Twin Peaks) aux Sopranos et à tout l'âge d'or des années 2000. Mouais, pas vraiment, en fait. Là où les nouvelles séries comme Six feet under ont fait exploser les cadres strictes de la narration classique des séries, ainsi que les thèmes abordés, Twin Peaks a juste accentué légèrement des gimmicks archiconnus, faisant de la parodie un art subtil, et pervertissant les séries à l'ancienne. Et s'il y a bien une époque qui a besoin de perversion et de subtilité, c'est bien la nôtre, non ?

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Published by Ben - dans freretoc
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commentaires

le tom dutronc 02/08/2009 15:06

yep l'ami, juste pour te dire que si tu veux la pochette de mon cd en image, c'est tout simple, tu vas sur mon myspace, tu vas dans l'onglet photo ( qui se situe à coté de la photo principale ) et tu cherches dans pochette cd et tu trouveras ce que tu voulais.Bon à bientôt alors pour de nouvelles aventures (cf le coup du tambourin sous les pieds mdr,j'avoue te l'avoir fait spécialement pour toi )  

batinste 19/07/2009 14:52

Fort peu de chances que je sois à Bar, malheureusement, on part à la fin de la semaine en Roumanie !Dernier instant agent spécial Dale Cooper : quand je suis allé signer des contrats d'artinste dans les bureaux de la ville. Une entrée minuscule gardée par un type énorme, et un trajet de plus de 300m dans des couloirs étroits, des demi-étages et des mini-salles d'attente qui se ressemblent tous/tes. Flippant ("flipper" ça veut dire "angoisser").

Ben 18/07/2009 08:48

hey l'artinste ! on sera à bar la semaine prochaine si t'y es faudrait qu'on se voit !et toi, c'est quoi ton dernier "instant dale cooper " ?

batinste 18/07/2009 01:28

Ah, j'ai oublié d'ajouter une chose : je kiffe le générique.

batinste 18/07/2009 01:11

Chouette article ! Faudrait que je m'y replonge, mais selon mon souvenir, la deuxième saison est menée tambour battant jusqu'à sa moitié, ce qui m'a perturbé : je préfère largement la permière saison (son calme, les intuitions mystiques de l'agent spécial Dale Cooper ! ) et la deuxième moitié de la seconde saison (avec le pétage de plombs "rencontre du troisième type" à la mode cow-boys et indiens ... ). Et la musique, nom de dieu ! Ces mélodies aux arrangements ringards, qui piquent au début, mais dans lesquelles on finit par se glisser... Cette ligne diabolique de contrebasse qui sent le l'alcool frelaté... C'est la B.O. obligatoire de n'importe quel private eye qui se respecte. Par respect pour les tromboniers et trompetteurs, j'omets volontairement de développer le sujet des cuivres joués au synthé.Bon, ben c'est malin, j'ai envie de tout re-regarder...Andouille !