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29 juillet 2007 7 29 /07 /juillet /2007 15:23

Laisse-moi devenir / L'ombre de ton ombre /
L'ombre de ta main / L'ombre de ton chien

Jacques Brel, Ne me quitte pas



J'ai croisé la route de Saïd Mohamed à Toulouse. J'y étais alors pour préparer un BTS édition, et il y donnait des cours de fabrication. Je venais juste de me tailler loin de chez moi, donc je n'étais qu'un gosse qui ne savait rien de rien, qui avait tout à apprendre, et à comprendre - ok, je ne suis pas sûr d'avoir vraiment progressé et de comprendre quoi que ce soit à ce foutu bazar aujourd'hui. C'est à cette époque que je me suis vraiment mis à lire. De temps en temps, il me demandait : "alors tu lis quoi en ce moment ?" "Voyage au bout de la nuit". A quoi il répondait : " alors tu te prends une claque, hein ? c'est bien. "

D'emblée, il fallait être aveugle et sourd pour ne pas voir que Saïd Mohamed était différent de tous les profs qu'on ait pu avoir. Passionné, il nous a amenés en deux ans au diplôme, à l'énergie. Son expérience dans le monde de l'imprimerie et de l'édition - travail qu'il évoque dans Putain d'étoile, il nous la transmettait avec des étoiles dans les yeux, ce qui était communicatif.

Poète, romancier, il publie ces jours-ci un nouveau roman, qui s'inscrit dans la lignée des précédents : Ciel de lune. Récit d'un mariage qui prend l'eau, qui se consume, qui se désagrège, ce livre décrit sans fausse pudeur ce qu'il a vécu, le désir, les disputes, les sacrifices consentis... jusqu'à l'inéluctable, la séparation, comme si tout était joué d'avance. Il écrit d'ailleurs, vers la fin du roman, que c'est comme si le couple jouait une pièce dont ils connaissaient les dialogues par coeur. Comme dans Putain d'étoile, j'ai retrouvé Saïd Mohamed fidèle à ses colères, insoumis, toujours en quête. Et honnête. Pas de cadeau pour lui, comme pour Dalila, cette femme qui lui demandait d'être ce qu'il ne sera jamais. Pas de cadeau, non plus, pour les diverses administrations, kafkaïennes, qui sont autant de bâtons dans les roues pour des gens qui veulent simplement exister. J'ai retrouvé aussi son humanisme (le portrait du père de Dalila "un saint homme") et son humour. Cette manière de balancer entre renoncement, désespoir, et espérance, foi, envie de cramer la vie par les deux bouts.

A l'heure où les romans tournent de plus en vite sur les tables des libraires, où si l'on n'est pas "pipole" on n'a quasi aucune chance d'être lu, je suis sûr que ce post arrive trop tard. Mais bon, Ciel de lune est disponible chez tout bon libraire qui se respecte (je l'ai trouvé du premier coup dans mon palindrome d'adoption) pour encore un bout de temps j'espère. A bon entendeur...

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Published by Ben - dans freretoc
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