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1 février 2008 5 01 /02 /février /2008 14:34

Retour aux affaires pour Tim Burton. Critiques élogieuses un peu partout, voire carrément dithyrambiques. Bon, remettons les choses à leur place, c'est pas Ed Wood, ou Edward aux mains d'argent, autant le dire tout de suite. D'abord parce que Sweeney Todd est une adaptation d'une comédie musicale, ce qui nous donne droit à des morceaux chiantissimes à la limite du ridicule, et des ficelles scénaristiques énormes, ensuite parce que d'un point de vue purement visuel, Burton a déjà fait mille fois mieux (le générique du début est certainement son plus mauvais), et enfin parce que sa critique de la société en générale n'est pas franchement fine (là encore, Edward aux mains d'argent plane largement au-dessus) le méchant juge, le Londres pestilenciel, l'homme qui est un loup pour l'homme, l'innocence mise à mal... mouais, d'accord, mais ça a déjà été bien mieux traité ailleurs.

Mais, heureusement, il y a Johnny Depp, Helena Bonham-Carter et l'humour de Burton et quand ces trois-là s'y mettent, avec ou sans chansons, ça devient un régal qui sauve le film. Les deux meilleures scènes sont, pour moi, celles où le duo Carter-Depp tourne à plein régime dans le délire. Un délire meurtrier dans la première, un fantasme de vie conjugale dans la seconde. La première grande réussite du film est donc la scène dans laquelle Helena Bonham-Carter a une idée diabolique - en gros récupérer les corps des victimes du barbier pour les cuisiner et les mettre dans ses tourtes - idée que Sweeney Todd trouve géniale et "pragmatique". Après tout, qu'ils se bouffent littéralement entre eux, ça nous reposera et ça fera marcher les affaires ! Là, Burton retrouve de sa maestria et de sa haine du genre humain, lui le misanthrope ébouriffé de Hollywood. Il filme son couple infernal en train de regarder la société londoniennne tout en se demandant si un poète est meilleur à manger qu'un avocat et votre serviteur de rire à gorge déployée dans la salle !

La seconde scène est tout simplement géniale : seul moment où les personnages sortent de la noirceur de Londres, et se retrouvent sous un ciel bleu auprès d'un arbre, elle permet à Burton de retrouver un peu d'Edward aux mains d'argent. Vaste digression, elle met en scène le rêve du personnage d'Helena Bonham-Carter, rêve d'une vie rangée avec Sweeney, le tout dans des décors style La croisière s'amuse sous un ciel bleu javelisé. La performance de Depp est démente dans cette scène ! Faut le voir en maillot de bain des annés 20 blême, les cheveux en bataille s'ennuyer comme un rat mort sur une plage à côté de sa folle de cuisinière ! Ou encore être incapble de dire Oui à son mariage et se contenter de faire un bref geste de la tête marquant son agacement. Là on retrouve Burton en totale adéquation avec son personnage, définitivement inadapté.

Finalement Sweeney Todd est à l'image de la carrière de Burton : un compromis permanent entre des contraintes de studio et une envie de dynamiter les règles, de plonger tête la première dans l'horreur, l'immoralité. Le résultat donne un film à la fois frustrant et excitant, barré à bien des égards mais tellement lisse à d'autres. Allez, je m'en vais me refaire un Ed Wood, ou un Edward, pour la peine...

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Published by Ben - dans freretoc
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