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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 14:55

 

Dixième album de Tricky. Dixième... C'est pas rien tout de même. Plus de vingt ans après ses débuts au sein de Massive Attack, plus de vingt ans après avoir inventé une des dernières musiques réellement novatrices : le trip hop. Une carrière solo qui a commencé très haut, trop peut-être, avec Maxinquaye et Pre Millenieum Tension, tous deux inégalables. Puis Tricky a poursuivi sa route, tentant, convoquant des stars (à la fin des années 90, qui n'aurait pas aimé être sur un de ses disques ?), pour des résultats disons déroutants. Mais il n'a jamais cessé de chercher, et de faire la musique qu'il désirait.

 

Aujourd'hui, il revient, avec une nouvelle donnée, de taille : Tricky est désormais libre comme l'air, puisqu'il a fondé son propre label, qu'il a nommé comme son album. Car Tricky est non seulement un des artistes les plus fascinants qui soient, mais aussi un incroyable dénicheur de talents, de voix. Ses trouvailles sont sur son disque : c'est le chant enfantin de Fifi Rong, c'est celui, ambivalent, androgyne du chanteur de The Antlers, et c'est toujours Francesca Belmonte, qui est avec lui depuis Dieu sait quand maintenant... Et quand il ne met pas en lumière des inconnus, il convoque Nneka, et le morceau est intense.

 

Francesca Belmonte chante donc avec Tricky, une nouvelle fois. Les grincheux regretteront Martina Topley Bird encore et toujours, sans se demander pourquoi Tricky lui confie le micro depuis si longtemps maintenant. Peut-être parce qu'elle sert sa musique à sa manière : à la fois distante, quasi hautaine et pourtant bienveillante. Belmonte, c'est une somme de paradoxes, ce qui ne peut que séduire un esprit comme celui de Tricky. Elle a une sorte de non-voix, un chant très ligne claire qui ne se soucie guère d'émotions. Pour tout dire elle semble absente émotionnellement. Elle réussit à résoudre une équation à priori insoluble : faire de sa transparence une présence hantée de chaque instant, sembler perpétuellement ailleurs et être pourtant toujours là. Ombre qui semble recouvrir Tricky. 

 

Ce nouvel album est fantastique pour une multitude de raisons, Tricky est un amoureux de musique, un vrai. Il a des héros, et une culture extraordinaire, des sounds systems au ragga, du grunge aux musiques orientales, il aime. Profondément. Alors quand il décide de sampler My funny valentine dans la version intouchable de Chet Baker, je n'ai même pas peur, peur qu'il massacre le morceau, qu'il s'en serve comme d'un marche-pied, qu'il le sabote, le salope, comme un Kanye West peut le faire avec Strange Fruit. Tricky est au-dessus de ça. Il en fait une splendide relecture, ayant parfaitement compris le côté fuyant et onirique du morceau. Et c'est Chet dans toute sa grandeur qu'il nous redonne à entendre, sans le couper, sans l'amputer. Pour ça, sa Valentine est un trésor. En espérant que tout le monde ira écouter la version de Baker. Tricky, vieux sorcier : il arrive à faire un immense morceau, tâche ardue, en empruntant à un graal absolu, sans avoir à en rougir, et réussit du même coup à se faire passeur, humble passeur. Génie retrouvé.

 

Quand il ne cite pas d'autres musiques, il se permet de réutiliser la sienne (il l'a déjà fait par le passé). Et là encore, il brille par son intelligence et ce alors qu'il prend une nouvelle fois des risques énormes. Là il reprend Makes me wanna die soit un de ses plus grands morceaux. Le constat est amer : Nothing 's changed, i still feel the same, it still hurts the same. Comme pour Valentine, je n'ai même pas eu peur, peur qu'il massacre un de ses plus fabuleux morceaux. Sa relecture est sobre, pénétrante et fait résonner son original de 96 comme un écho lointain. Le chemin parcouru est immense, entre ses deux morceaux siamois, et paradoxalement, alors qu'on pourrait dire qu'il fait du surplace, en reprenant un de ses titres, il ne fait qu'avancer, qu'ouvrir d'autres voies, sans renier son passé.

 

False idols sonne défénitivement de son temps, ancré dans son époque, contrairement à ce que les papiers ici ou là laissaient entendre, il ne refait pas Maxinquaye, son nouvel album est d'ailleurs moins créatif rythmiquement, disons qu'il s'autorise des rythmes très triviaux, plus directs. Mais il retrouve de sa magie noire, de sa sorcellerie, en dénichant des sons fabuleux et en les agençant avec grâce. Et le bougre nous fait voyager, du minimalisme brumeux à la chaleur africaine, de la soie de Chine (le somptueux Chinese interlude) aux guitares saturées et qui gueulent l'urgence, tout est parfait, de bout en bout.  L'album se termine par un morceau porté par des cordes graves, aux parfums moyen-orientaux, le silence se fait. Tricky est de retour, pour de bon. 

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Published by Ben - dans freretoc
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