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14 septembre 2006 4 14 /09 /septembre /2006 17:31

Il se passe rarement plus de quelques mois sans que ça me reprenne. Je le sens venir petit à petit. Le manque. Je ne résiste généralement pas longtemps avant de me ruer sur un des dvds de la saga Star Wars. Et voilà, pas plus tard qu'hier, ça m'a repris. J'ai eu besoin de ma dose de Jedi, d'étoile de la mort, de Han Solo, de princesse Leia, de Yoda, d'obi Wan Kenobi et de Jabba le Hutt.

L'univers de ces films est tellement riche que ce n'est jamais pour les mêmes raisons que je regarde un des six épisodes. Là, c'est surtout la tension dans le dernier duel entre Luke et Dark Vador qui m'a poussé à revoir l'ultime épisode de La Guerre des étoiles. Tout le passage dans la sombre salle de l'étoile de la mort, avec l'Empereur plus terrifiant et haïssable que jamais et Luke qui se débat pour ne pas se laisser envahir par la colère, brrr ça me colle immanquablement des frissons. De toute façon, il suffit d'entendre la musique de John Williams et de voir le texte défiler pour décoller immédiatement.

Avec La revanche des Sith, la saga s'est enrichie d'un sixième épisode et un des mythes les plus prégnants du 20è siècle - avec l'oeuvre de Tolkien - s'est achevé. Ce qui fait que mon choix lorsque le manque se fait sentir est plus large. Parfois je me lance dans l'épisode 1 pour la course de pods et pour le duel Dark Maul/Qui Gon-Obi Wan, ou alors j'ai envie de m'en mettre plein les yeux sur Coruscant, cette planète-mégapole qui rappelle New York, ou je regarde religieusement Luke recevoir l'enseignement de Maître Yoda sur Dagobah. Ou simplement je lance l'épisode 4, pour voir Obi Wan lancer son "Hello there" à R2D2.

Avec ces films, je suis comme un gosse. Je me souviens d'avoir été heureux comme quand, gamin, j'ouvrais les paquets à Noël, lorsque j'ai reçu le coffret dvd de la première trilogie - commandé en pré-vente sur internet. La puissance de l'histoire, la profondeur de l'univers créé par Lucas font qu'il est absolument impossible que je m'en lasse un jour. Un peu comme les tout petits qui demandent inlassablement qu'on leur raconte la même histoire, à la virgule près. D'ailleurs, dans l'épisode 6, je ne peux pas m'empêcher de penser que Lucas n'aurait pas dû faire sortir une espèce de tête du gouffre dans lequel Jabba fait précipiter Luke et Han Solo (dans la dernière version), c'était plus terrifiant de voir simplement ce trou béant. Mais je lui pardonne.

Je me souviens aussi de la première fois où la respiration de Dark Vador s'est faite entendre au cinéma. L'ambiance dans la salle - archi-comble ça va sans dire - était incroyable. Lucas faisait naître un mythe, juste devant nos yeux, alors que ça fait 30 ans que Dark Vador est connu. Putain quelle émotion ! Voir naître ce personnage qu'on a tellement adoré détester, et savoir qu'on ne pourra plus jamais regarder les épisodes 4, 5 et 6 comme avant. Bien joué Monsieur Lucas.

" Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine " a donc la même résonnance pour moi que les " Il était une fois " de mon enfance. Et, évidemment, ça n'a pas de prix. Voilà pourquoi j'aurai toujours besoin de ma dose de Star Wars.

Allez, " Que la Force soit avec vous ".
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11 septembre 2006 1 11 /09 /septembre /2006 18:00

1966. Dylan, épuisé par les tournées et par le rôle de prophète dont on veut l'affubler, veut retrouver le chemin de la maison. Alors il enfourche sa Triumph, et se plante. Hosto. Et le monde autour qui s'agite, qui se demande ce qu'il se passe. Deux ans sans nouvelles de ce type qui sortait un disque tous les six mois, ça fait long, et ce n'est pas normal. Mais Dylan veut juste qu'on lui foute la paix, et qu'on ne le prenne pas pour le nouveau Kennedy, ou Luther King, ou le Christ tant qu'on y est. Comme rien ne se calme, il décide de sortir de la country avec Johnny Cash, et c'est génial. D'abord parce qu'il passe pour un ringard et qu'on le laisse un peu souffler, ensuite parce que c'est vraiment bon, et que Girl from north the country, une des plus belles chansons du monde, chantée en duo par Cash et Dylan, c'est juste immense.

Toute sa carrière, Dylan n'aura fait que chanter ses morceaux et ceux des autres (Woody Guthrie, Hank Williams, Cash), en remontant aux sources de la musique traditionnelle américaine : folk, rockab', blues. Mais sa belle gueule, son génie de la phrase et du refrain qui font mouche l'ont imposé dans les années 60 comme une sorte de porte-drapeau de la contre-culture. Tout cela à son corps défendant. Bien-sûr, musicalement, sa production de 62 à 66 est hallucinante et révolutionnaire, mais pourquoi l'ériger en nouveau prophète ? Parce que l'époque s'y prêtait, et parce qu'on a tous besoin d'un type qui pense à notre place, malheureusement. Sauf que le troubadour du Village ne veut pas porter le chapeau. Il décline les propositions, les sittings pour la paix, il raille, il mord, il flingue à coup d'ironie glaçante le moindre scribouillard qui vient l'interroger sur ses textes. Il a toujours une longueur d'avance. Il sait qu'on ne change pas le monde en s'attachant à un arbre comme Joan Baez (elle doit y être encore, d'ailleurs, attachée la pauvre !), il sait qu'on doit vivre simplement dans ce monde en préservant ce à quoi on tient le plus, sans donner de leçons, sans parler de ce qu'on ne connaît pas. Voilà pourquoi il se détache, et se place en marge, ailleurs. Et c'est dans le même état d'esprit qu'il sort ces jours-ci son quarante-quatrième album intitulé Modern times rempli de vieux rock, de ballades poignantes, et de blues ancestraux, avec toujours sa voix nasillarde, qui se fait caressante (qui ne prend qu'un "r" hum), ici.

Dans ce nouvel album, tout coule, tranquillement.
C'est un disque comme si rien n'avait changé, comme si le temps s'était arrêté avant Elvis. On y entend des guitares jazzy, un peu manouches, et surtout une tripotée de morceaux franchement à ranger parmis ses plus grandes réussites. Moins crépusculaire que le somptueux Time out of mind, Modern times voit Dylan apaisé, qui prend son temps - pas un morceau en dessous des 5 minutes. Juste ce qu'il faut pour raconter une histoire. Dylan est un conteur, un story-teller et rien ne vaut une bonne histoire, n'est-ce pas ? On pourra toujours dire que c'est toujours la même chose et bla bla bla, ça n'a aucune importance. Encore une fois ceux qui disent ça sont à côté de la plaque. Ecoutez simplement les perles de ce Dylan nouveau cru comme Spirit on the water qui met le sourire aux lèvres, When the deal goes down, ballade bouleversante, ou le sommet du disque, Ain't talkin', dont le titre résume bien Dylan. Ain't talkin', just walkin' - je ne parle pas, je marche. Dylan n'est pas porte-parole, Dylan n'a rien à dire si ce n'est "tracez votre route du mieux que vous pouvez". Que rajouter à ça ? Sur près de 9 minutes, il redevient fascinant, génial, comme dans ses meilleurs enregistrements, et se paye le luxe en une phrase de synthétiser tout ce qu'il a été et continue d'être : un type comme les autres, plus ou moins paumé, mais qui continue son chemin, humblement.

Ce détachement, cette envie de faire simplement la musique qu'il aime, coûte que coûte, le rendent précieux, parce qu'il en dit plus long sur ce que ça fait une vie d'homme avec ses hauts et ses bas, ses amours (Girl from north country) ses séparations (son chef-d'oeuvre Blood on the tracks), ses rédemptions, que n'importe quel artiste engagé. A 65 ans, Dylan est plus que jamais essentiel.
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8 septembre 2006 5 08 /09 /septembre /2006 22:17

Je n'ai presque pas de souvenirs de ma vie sans guitare. J'ai commencé tôt et puis tout a tendance à s'effacer au fur et à mesure. C'était le seul instrument à la maison, et il me plaisait d'instinct ; j'ai donc décidé d'en faire, bon an mal an. Depuis, rares sont les jours où je ne la touche pas, ne serait-ce que quelques minutes, ou même simplement, par habitude, je passe l'index de ma main droite sur les six cordes, lentement, si je n'ai pas le temps ou le courage d'affronter l'instrument.

Au début, c'était plutôt facile, naturel. Même si la guitare me paraissait démesurée (pourtant j'avais une 3/4, une guitare pour enfant) chaque nouveau cours, chaque nouvel exercice, chaque nouveau petit morceau me permettaient de progresser doucement, et surtout de m'habituer à l'instrument, de le faire mien, de m'en faire un compagnon. Assis bien droit, le pied gauche sur une sorte de trépied et la guitare posée sur ma cuisse gauche, j'ai ainsi joué pendant des heures des morceaux classiques, suis passé du buté au pincé et tout roulait.

Mais rapidement, des défauts sont apparus, le premier d'entre tous étant celui à ma main gauche qui accuse un foutu angle de 45 degrés avec le manche en direction des clés. Au lieu de 90. Bref, mon auriculaire doit faire des kilomètres avant de pouvoir se poser sur une corde. Et puis, j'ai dû louper un palier, manquer une marche. J'ai arrêté de progresser, puis arrêté les cours. Néanmoins je continuais à jouer, dans un groupe (feu The Angels, R.I.P.) puis dans un autre, Beside. Passer du classique au rock n'est pas évident. Tous les repères disparaissent. Au confort de la partition, et du morceau que l'on joue seul, se substituent l'inconfort de devoir jouer sans réellement s'entendre, et l'impression de ne pas être à la hauteur, de ne pas jouer ce qu'attendent les autres. Puis, petit à petit, j'ai perdu la notion de nuance - je crois bien qu'il m'est impossible maintenant de jouer plus fort la basse ou au contraire de faire sonner les aigus.

Inconsciemment ou non, j'ai fini par occulter certains réflexes acquis pendant mes cours pour en adopter d'autres, pas forcément bons mais qui sont miens. Et puis je n'ai jamais ressenti le besoin d'avoir un répertoire de reprises sous la main, ce qui fait que j'ai toujours l'air idiot quand on me demande ce que je sais jouer. Rien, je ne sais rien jouer. L'idée de pouvoir gâcher un morceau me répugne, à quoi bon s'évertuer à jouer une merveille pour finalement ruiner l'original ? Alors j'ai joué mes propres petits bouts, qui dans le meilleur des cas ont donné des morceaux. Evidemment, le fait de ne plus jouer devant des partitions, et d'essayer parfois en vain de trouver des idées a été - et l'est encore - frustrant et décourageant. Savoir qu'on fait du sur-place, l'entendre jour après jour, passer d'une heure et demie à vingt minutes, puis dix, puis cinq, puis l'index de la main droite sur les six cordes, tout ça, mes "bras connaissent", comme dirait Bashung. Il faut s'y faire. C'est le plus dur. Comme quand le guitariste Emmet Ray - pure invention de Woody Allen - se rend compte que Django est bien le meilleur, et qu'il tremble rien qu'à l'idée de le voir, et qu'il pleure dès qu'il l'entend jouer, et s'évanouit à sa rencontre. Ou comme quand Salieri comprend le génie de Mozart et se prend en plein visage sa propre médiocrité.

Désormais, je me contente de peu. Un nouvel accord, un joli riff, simple forcément - ma technique est trop limitée - et puis peut-être les bons jours une mélodie vient se poser dessus. L'énergie d'un groupe de rock fait le reste. Parfois les morceaux décollent, parfois non. Dans ses Chroniques, Bob Dylan explique qu'il faut toujours revenir à la source, aux bases, sans ça on se perd, on se fourvoie. Il a raison. Le plus dur est de faire simple, ou mieux, de faire ce qu'il faut au moment où il le faut.

Je ne sais pas si je comprendrai un jour cet instrument. Il me refuse le droit d'aller vite, de gronder ou d'être carressant, il m'interdit la plupart des styles, il se dérobe sans arrêt et se plaît à me décourager. Et pourtant il fait partie de ma vie, et il m'est impossible de m'en détacher. Alors un jour, peut-être, j'irai à la croisée des chemins, y négocier mon âme en échange de quelques tuyaus, ou bien je me ferai cramer quelques doigts dans une vieille roulotte, on ne sait jamais. Enfin, quoi qu'il arrive, je chercherai toujours.
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6 septembre 2006 3 06 /09 /septembre /2006 17:21

Le bowling, contrairement à ce qu'on peut penser, est bien plus qu'un jeu de quilles amélioré. Enfin pour un dénommé Lebowski, en tous cas, le bowling est un art, mieux : un art de vivre.

Dans mon palindrome d'adoption (Laval pour faire simple), il y a un bowling. Mais attention, pas le genre de bowling qu'on peut voir dans The Big Lebowski, non, un bowling français. On n'imaginerait pas du Base-ball en France, et pour cause : on n'y comprendrait rien et c'est tellement américain (américain c'est un gros mot en France, allez savoir pourquoi) qu'on préfère le leur laisser. Et pourtant les Bowling poussent comme des champignons par chez nous.

Seulement voilà, il y a le bowling tel qu'on le conçoit en France - ou au moins à Laval (mais il n'y a pas de raison que ce soit si différent ailleurs) - et le bowling tel que le conçoivent les Américains.

Chez les frères Coen, on y voit des joueurs ultra concentrés, soigner leurs gestes, noter leurs points, chérissant leur boule comme si elle était la prunelle de leurs yeux. Et on y voit aussi des types comme l'inénarrable Jésus avec sa combinaison violette, sa résille dans les cheveux et sa façon très personnelle de faire corps avec la boule, ou encore Walter capable de brandir son flingue en pleine partie parce qu'un de ses adversaires a mordu la ligne. Bref, des fondus, complètement possédés.


En France, on est loin de cet engouement, mais paradoxalement les Bowling se portent plutôt bien. Essayez de vous pointer après 22h et vous avez le droit à 1h d'attente minimum pour avoir une piste. Seulement, il y a quelque chose qui cloche : je n'y ai encore jamais croisé de Jésus, de Walter ou de Lebowski,  on ne calcule pas ses points, c'est un écran qui vous indique tout : quand jouer et votre score, si on mord la ligne, une cellule l'indique à l'ordinateur et le lancer est annulé et je ne compte plus le nombre de joueurs qui regagnent leur place sans même regarder la fin de la trajectoire de leur boule !  Mais il y a pire : dès 22h - parfois même avant - l'endroit se transforme en boîte de nuit, l'éclairage baisse, on n'y voit plus rien et, avant qu'on ait pu dire quoi que ce soit, une énième daube musicale vient violenter nos oreilles. Je pensais naïvement qu'un bowling restait un bowling. Eh bien non, pas en France. Comme si le bowling ne pouvait pas se suffire à lui-même. J'entends d'ici Walter s'énerver et tâter la poche de son manteau à la recherche de son flingue.

Le voilà le problème : en France le bowling doit être considéré comme une distraction, alors que pour Lebowski, Walter, Jésus et les autres c'est un art et le pratiquer c'est rentrer en profession de foi. Moi qui croyait pouvoir croiser ce genre de personnages au bowling de Laval ! Des types qui ont leur propre boule, des types qui font la sieste avec une cassette de bruits de boules frappant les quilles (un peu comme ces cassettes d'ambiance que les gens achètent parfois pour mieux dormir, genre chants de baleine, ou bruits de la ville pour ceux qui ne peuvent plus dormir s'il n' y a pas de bruits autour d'eux !), des types dont les rêves ne sont que bowling, gestes parfaits, strikes.

Allez, je ne deséspère pas de voir un jour ou l'autre un de ces gars. Et qui sait on fera peut-être une partie ensemble ? Et, promis, je me mettrai un zéro si je mords la ligne.
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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 19:39


Il y a plein de raisons de ne pas regarder Arte. D'abord, c'est jamais que de la télé. Ensuite, ça manque cruellement d'humour. Et puis à chaque fois qu'on met cette chaîne, on a quand même une chance sur deux de tomber sur un documentaire en noir et blanc nous racontant, en approximativement 4h30, la montée d'Hitler au pouvoir. Vous avouerez qu'il y a quand même plus excitant.

Mais il y a aussi quelques raisons de regarder Arte. D'abord, c'est la seule chaîne à passer les films dans leurs versions originales sous-titrées, donc la seule à respecter vraiment les oeuvres cinématographiques. Ensuite, ils ont une programmation ciné pas mauvaise du tout, voire même excellente quand ils veulent. L'année dernière, on a eu droit au génial et joyeusement immoral Arsenic et vieilles dentelles entre autres, et dès cette rentrée on aura droit à un des plus beaux films de l'histoire du cinéma : Les moissons du ciel (Days of heaven en V.O.) de Terrence Malick.

Les films de Terrence Malick sont à part. Définitivement. Premier film en 1974, dernier en date en 2005. Entre temps, seulement deux films.  Malick n'est pas un stakhanoviste, c'est le moins qu'on puisse dire : quatre productions en 32 ans ! Peu importe. Chacun de ses films est désormais attendu comme le messie, un peu comme ceux de Kubrick il n'y a pas si longtemps. La diffusion de son deuxième long-métrage jeudi soir par la chaîne franco-allemande fera donc office de piqûre de rappel pour ceux qui, comme moi, ont encore les images de son Nouveau monde imprimées dans la rétine. Et ça permettra aussi de me faire patienter jusqu'à son prochain film.

Les moissons du ciel est une pure merveille et est très représentatif du travail et de la philosophie de Malick. Chacun de ses plans est aussi travaillé qu'une peinture, sans rien perdre de son immédiateté, de son côté éphémère. Les clins d'oeil à Hopper sont évidents, notamment pour ce qui est de la maison perdue au milieu des champs. L'histoire est vieille comme le monde, ou au moins comme les triangles amoureux, et a pour arrière plan les Etats-Unis du début du siècle. Bill et sa prétendue soeur, Abby, accompagnés d'une jeune fille, parcourent l'Amérique en quête de travail saisonnier. Lorsqu'ils sont embauchés dans une exploitation, Bill persuade Abby de se laisser séduire par le riche fermier, pensant celui-ci atteint d'une maladie et espérant ainsi qu'Abby héritera du domaine.

Bien-sûr, l'histoire n'est pas neuve et avec n'importe qui d'autre ça donnerait tout juste un téléfilm épouvantable pour M6. Sauf qu'ici, c'est Malick qui est aux commandes. Il nous raconte son histoire à travers le regard de la petite fille, et sa voix-off à la fois innocente, détachée et presque désabusée nous accompagne tout le long du film. Avec pudeur, acuité et un vrai talent de réalisateur, il filme ces êtres au sein d'une nature omniprésente, tantôt écrasante et tantôt salvatrice, régénératrice. Nul doute qu'après avoir vu ce film, les vrais citadins, ceux qui ont oublié jusqu'à la couleur de l'herbe ou ce que ça fait de contempler un coucher de soleil, vont avoir une furieuse envie de retourner à la nature.

Voilà, je sais pas ce que vous ferez jeudi soir à 20h40, mais moi, pour une fois, j'allumerai Arte, parce que Les moissons du ciel seront toujours une raison valable de regarder la télé, et qu'il n'y en a pas tant que ça.
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31 août 2006 4 31 /08 /août /2006 10:50








Qui n'a jamais vu un épisode de Seinfeld ne peut pas vraiment savoir comment s'ouvre une porte.

Seinfeld est une sitcom américaine qui compte neuf saisons et qui a pour personnages principaux Jerry Seinfeld, comique de stand-up dans son propre rôle, Georges, chauve rondouillard et binoclard, loser hypocondriaque, Hélène, ex de Jerry plutôt frustrée et enfin Kramer, voisin de Jerry, pique-assiette, sans travail, toujours en train d'inventer des trucs voués à l'échec (au hasard, une entreprise de pousse-pousse à New York, une pizzeria où c'est au client de faire sa pizza, ou encore un parfum qui sent la mer). Pour donner un ordre d'idée du phénomène que cette série représentait outre Atlantique, il suffit de préciser que Seinfeld s'est vu proposer 5 millions de dollars par épisode pour rempiler pour une dixième saison, ce qu'il refusa. Aux Etats-Unis cette série est plus adulée que Friends.

Première série qui ne parle de rien, Seinfeld tourne autour du quotidien de ces quatre anti-héros. Tout repose donc sur des dialogues ciselés et rythmés à se tordre de rire et sur le jeu des acteurs. Un exemple : essayez de faire rire avec un épisode de 20 minutes avec 3 acteurs dans une salle d'attente d'un restaurant chinois... pas facile, non ? Eh bien voilà ce que Jerry Seinfeld et sa bande ont su faire à merveille pendant 9 saisons. L'idée de départ était d'offrir à Seinfeld, comique dont la notoriété allait grandissante, un show télé. La belle affaire. Mais que proposer à la chaîne de télé ? Larry David, ami de Seinfeld eut alors la brillante idée de dire à Jerry : et si on se contentait de pondre des dialogues calqués sur nos conversations, des trucs insignifiants qu'on pourait développer, des choses quotidiennes presque banales ? La série était lancée, le ton trouvé et voilà comment est née ce qui est, à mon avis, une des séries les plus drôles qui soit.

Quelques lieux servent de décor : le café du coin, un restaurant, l'appart de Jerry. Tout ça à New York. Les personnages sont tous plus ou moins lâches, manipulateurs, calculateurs, radins, menteurs (excepté Kramer et Seinfeld, quoique), bref, adorables ! Ils sont juste moyens et ça fait du bien. Les situations sont on ne peut plus banales : problèmes d'appartement, de voisinage, comment sortir avec une collègue de bureau, etc.

Il va de soit que tous les acteurs sont brillants, à commencer par Seinfeld : ironique, mordant il passe son temps à écouter les mésaventures de Georges et à le conseiller plus ou moins judicieusement. Julia Louis-Dreyfus, qui joue Hélène, est excellente : avec un phrasé pas possible (ah oui ne regardez surtout pas la VF qui est désastreuse) elle campe une femme à la fois frustrée et déterminée, qui se plante toujours lors de ses rendez-vous et qui, bien-sûr, est typiquement new yorkaise à savoir qu'elle vendrait père et mère pour avoir un appart plus grand. Jason Alexander interprète parfaitement Georges, le loser par excellence. Doté d'un physique, comment dire... pas facile, il est incapable d'avoir une vie sociale ou sexuelle, et a visiblement eu des soucis avec sa mère. Autant dire que chacune de ses répliques est hilarante.

Mais, il faut bien l'avouer, les personnages de séries c'est comme quand on a des gosses, on devrait pas le dire mais on en préfère toujours un, celui ou celle dont on pense qu'il/elle ira le plus loin, ou plus simplement celui ou celle qui est le/la moins moche du lot. (oh ! comment ose-t-il dire ça ? Hey ! soyez pas hypocrites !) Eh bien pour Seinfeld, c'est pareil. La série ne serait pas ce qu'elle est sans Kramer. Personnage ovni joué par le génial Michael Richards, Kramer est le voisin que je rêve d'avoir, et mon personnage préféré, ça va de soi.

Comment décrire ce type ? Par où commencer ? Peut-être en précisant qu'il existe vraiment, dans la vraie vie, et qu'il porte le même nom (en fait Kramer - le vrai - était le voisin de Larry David), ce qui me remplit de joie. Disons que je suis heureux que ce genre de personnage existe vraiment (j'espère d'ailleurs sincèrement qu'il y a aussi des types comme Lebowski dans ce bas monde). Jerry Seinfeld, dans un des épisodes de la saison 2 lui dit carrément qu'il n'est pas humain, qu'il est une sorte de plante. Maladroit, portant des pantalons bien trop courts, des chaussettes le plus souvent blanches avec des chaussures de ville (et je jure devant Dieu - hum - que ça lui va, ce qui en fait le seul homme au monde à pouvoir faire ça sans avoir l'air idiot), Kramer passe son temps à piller le frigo de Seinfeld, sans sourciller. Michael Richards est certainement le type au monde qui me fait le plus rire. Il a inventé ce personnage hors du commun, profondément attachant, toujours dans son monde. Le genre de type capable de sortir des répliques comme ça : " Mon ami Bob Sacamano a fait fortune avec le jokari. C'est lui qui a eu l'idée de l'élastique. Avant on tapait dans la balle et elle s'envolait ! "

Mais surtout, cet acteur est capable de me faire hurler de rire rien qu'en ouvrant une porte. Chaque ouverture de porte de Kramer est un micro-événement dans les 20 minutes d'épisode ! J'ai lu quelque part qu'il ouvre 252 fois la porte de l'appart de Seinfeld sur la totalité des saisons. 252 fois ! Et je suis sûr qu'il trouve un truc à chaque fois. Ce sont les meilleures entrées possibles. A la fois souples et violentes, jamais maîtrisées, théâtralisées à l'extrême et pourtant cool. Depuis j'essaye en vain d'ouvrir des portes comme lui, mais n'est pas Kramer qui veut. J'essaye pourtant, mais je n'y arrive pas ! Comment faire pour glisser comme il le fait ? Pour avoir l'air toujours survolté et surpris, enfin pour avoir l'air aussi cool ?

Voilà la quintessence même de cette série : arriver à faire rire avec un mec qui ouvre une porte ! Du génie, je vous dis.
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30 août 2006 3 30 /08 /août /2006 14:04



Alors que Thom Yorke s'échappe en solo pour la première fois avec The Eraser, et qu'on est sans nouvelles de Radiohead depuis 2003 et le somptueux Hail to the thief, la grande question semble être : où en est le quintette d'Oxford ? Mais moi je me demande plutôt où j'en suis avec Radiohead.

Ils m'accompagnent depuis 97, année de la sortie d'Ok computer, disque que j'ai écouté en boucle pendant environ un an. Et que j'ai du mal à réécouter en entier aujourd'hui. J'ai ensuite remonté le fil de leur discographie. D'abord The Bends, avec ses chansons crève-coeur comme Fake plastic trees ou Bullet proof, puis Pablo Honey, album dénigré, alors que je trouve les morceaux fabuleux, avec des riffs tranchants, un lyrisme fiévreux, et un Thom yorke déjà sûr de sa voix. Et puis il y a Creep, non ?

Durant cette même période (disons 97-98) je suis devenu obsédé par leur musique. J'ai pu me procurer une VHS (humm qui se souvient ?) d'un de leur concert pour le lancement d'Ok computer. La set-list balançait donc entre des titres de The Bends et d'Ok computer. A l'époque je n'étais allé à aucun concert de rock, alors voir ces cinq types jouer comme si leur vie en dépendait, voir Johnny Greenwood, avec sa mèche cachant son visage, torturer sa guitare, l'attaquer, passer aux claviers, la reprendre pour mieux lui faire sortir des sons incroyables, voir Colin Greenwood, l'aîné, soutenir l'ensemble avec ses parties de basse métronomiques collé à Phil Selway, le batteur, presque les yeux dans les yeux, la charpente de Radiohead, voir Ed O'Brien, trop grand et trop beau, violenter lui aussi sa guitare, assurer quelques choeurs, toiser le public avec un regard de possédé, et enfin voir Thom Yorke, halluciné, chanter comme un illuminé des trucs comme "je préférerai être mort" ou "pas d'alarmes, pas de surprises s'il vous plaît" m'a franchement foutu la tête à l'envers.

Depuis, on a oublié ce qu'était une VHS, et Radiohead a poursuivi un chemin connu des seuls membres du groupe, déstructurant des morceaux toujours aussi fascinants, prenant de court à peu près tout le monde en sortant avec le dyptique Kid A / Amnsesiac, des albums teintés d'électro glaçante, froids et pas très accessibles. Avant de les magnifier sur scène en inventant pour le coup un vrai son, à la fois humain, organique, mais avec une musique de fin du monde, une musique de paranoiaque. Idéal pour un passage dans le 21e siècle. Mais pendant cette nouvelle période, je n'étais pas vraiment là (je n'ai d'ailleurs acheté leurs trois derniers albums que récemment). Pourtant je suivais leurs efforts, et je connaissais par coeur Kid A et Amnesiac. J'ai eu du mal comme tout le monde avec ce nouveau virage, mais les concerts donnés par le groupe à l'époque m'ont permis de mieux comprendre où ils voulaient en venir. Et puis avec des morceaux sublimes comme Pyramid song, Everything in its right place ou You and whose army ? comment résister ?

2003. L'année de Radiohead. Hail to the thief est encensé partout. Numéro 1 en France, aux Etats-Unis, et Dieu sait où. Plus accessible que les précédents, il offre une synthèse parfaite de ce que le groupe sait faire de mieux. Un best-of génial puisque inédit. C'est aussi cette même année que je les verrais enfin sur scène, aux Eurocks. Concert magique, ils jouent Kid A et une reprise de Neil Young, After the gold rush et me mettent à genoux une nouvelle fois.

Alors, quel est le problème ? Pas de disque à l'horizon, si ce n'est l'effort solo de Yorke, et depuis 2003 ça commence à faire long. Pas de contrat avec une maison de disque et des gros doutes chez nos amis d'Oxford. Doutes palpables lors de la tournée 2006, et notamment lors du concert à Pukkelpop (mon deuxième concert de Radiohead). Le groupe y a joué un show millimétré, sans âme, avec une set-list tellement calibrée festival que ça en devenait une caricature. Et puis ce sentiment diffus depuis la sortie d'Hail to the thief : je n'attends plus rien d'eux. Quinze ans de carrière, une intégrité constante, une musique démente, et ce dernier disque, magnifique. Que pourrait-il me donner de plus ? Malgré tout, les inédites qui ont pu prendre l'air en Belgique (2 ou 3 seulement) m'ont paru fantastiques. Je n'attends donc plus avec impatience le prochain Radiohead (ou en tout cas plus avec la même impatience), tout en sachant que je l'écouterai, en prenant le temps nécessaire. Et puis qui sait, avec des types talentueux comme eux ?

Finalement, où j'en suis avec Radiohead ? Je suis dans l'expectative.
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29 août 2006 2 29 /08 /août /2006 19:28

Le festival malouin La route du rock se tenait comme chaque année sur plusieurs sites et notamment au Fort-de-Saint-Père. Rendez-vous était donc pris avec les écossais de belle and Sebastian et avec la belle Chan Marshall (Cat Power) et son groupe de vieux de la vieille.

Belle and sebastian nous a sorti un très bon concert, le groupe était détendu, visiblement heureux d'être là (remarquez il y a pire : le site est vraiment beau) et Stuart Murdoch nous a gratifié de danses comment dire... fort sympathiques ! Un clin d'oeil à Truffaut, quelques morceaux piochés aussi bien dans le dernier album que dans leur chef-d'oeuvre If you are feeling sinister et une heure plus tard, le groupe quitta la scène sous les ovations bien mérités du public malouin.

J'ai toujours adoré Cat Power, celle des débuts, torturée à souhait, sombre et triste à pleurer. Celle de What would the community think ? Mais aussi celle de maintenant. 2006. Celle qui se paye le luxe de prendre le Memphis rythm band comme groupe et qui se met à enregistrer des morceaux de soul et de blues typiquement sud américain. J'ai toujours tenu cette artiste pour une des plus importantes qui soit. Une des plus précieuses. Une fille qui sort un dvd d'elle en plan fixe, où on la voit à peine, en train de chanter au milieu des arbres. A l'heure du zapping et de MTV c'est culotté, non ?

Bref, c'était avec impatience que j'attendais son concert. Je connaissais la réputation désastreuse de la demoiselle. Ingérable, concerts bâclés, alcoolisme. L'arrivée des musiciens sans Chan marshall n'a rien fait pour me rassurer. Ils entament un premier morceau instrumental, excellent. Le groupe joue très détendu, il y a une section de cuivres (sax et trompette), deux choristes et un ensemble de cordes (violon, violoncelle) ce qui laisse augurer le meilleur - si jamais la belle monte sur scène... Un deuxième morceau, toujours sans Cat Power et là franchement je n'y crois plus. D'autant qu'à la fin du morceau un type se pointe pour faire une annonce au micro. Mais, miracle, on entend résonner "ladies and gentlemen please welcome Cat Power !"

Chan Marshall arrive, rayonnante, nous gratifie de quelques pas de danse, et attaque "the greatest" titre éponyme de son dernier album. A partir de ce moment, je ne touche plus terre. Sa voix est magnifique, le son est parfait. Le concert est magique. Défilent les titres de The greatest, dont le phénoménal Lived in bars et le splendide Where is my love ?

Mais comme tous les moments d'exception, tout va trop vite et voilà déjà le groupe qui quitte la scène. Heureusement ils cèdent juste la place à Cat Power pour quelques titres dont une reprise méconnaissable de Ray Charles (Hit the road Jack) dans la veine de son génial album de reprises The covers record. Elle nous offre aussi I don't blame you seule au piano, de là où je suis je vois tous les musiciens en coulisse qui n'en perdent pas une miette.

Puis le Memphis rythm band revient, et le concert s'achève avec Love and communication, dans une version violente, dantesque. C'est l'heure des au-revoirs, et le groupe vient enlacer la belle et chanter un vieux traditionnel en choeur autour du micro. Dire que tout ça m'a bouleversé ne serait qu'un doux euphémisme. J'ai vu, ce soir-là, la plus grande artiste américaine en activité. Pas moins. Depuis, je réécoute inlassablement ces disques, dont le dernier, qui a pris une autre dimension après ce fameux soir.
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29 août 2006 2 29 /08 /août /2006 19:23


Alors voilà hier soir j'ai pris une énorme claque cinématographique. Comme quand j'ai vu Dead man ou La nuit du chasseur (pour situer le niveau). Profitant des tarifs du net sur la collection Mk2 Chaplin, je me suis plongé dans un de ses derniers films : Les feux de la rampe de 1952.


Comme d'habitude Chaplin y fait tout : scénariste, réalisateur, producteur, acteur, il signe même la musique.

L'histoire : Calvero, clown vieillissant n'est plus que l'ombre de lui-même ; alcoolique, sans contrat, ses numéros sont passés de mode. Alors qu'il rentre ivre mort chez lui, il sent une odeur de gaz et sauve sa voisine du suicide. Il la prend sous son aile et tente de lui redonner goût à la vie (ce qui donne lieu à des dialogues magnifiques, empreints d'humanisme). Dans le même temps, un nouveau contrat arrive pour Calvero mais le public le fuit (il jouera d'ailleurs sous un pseudonyme).
Sa protégée reprend peu à peu goût à la vie et finit même par triompher comme danseuse, tout Londres se pressant pour la voir.

Ayant abandonné son personnage mythique de Charlot depuis Monsieur Verdoux (son premier échec critique et public), Chaplin signe là un véritable chef-d'oeuvre, et certainement un de ses films les plus autobiographiques. Calvero, star déchue, se retrouve face à la nouvelle génération en la présence de Thérèze sa voisine. Réflexion sur la valeur de l'art (une des plus belles scène du film et donc du cinéma voit Calvero admirer le travail de la danseuse à une audition, puis se sentir largué par tant de talent) ; réflexion sur l'amour (la jeune danseuse est éprise de Calvero qui sait pertinemment que c'est de la pitié) ; passage de témoin entre une génération déclinante et une autre... le film a de multiples pistes de lecture. La photo est superbe, les plans sont excessivement travaillés, le temps pris par Chaplin (2h10 de film) permet au spectateur de prendre toute la mesure des personnages, et de s'attacher à ce Calvero si proche du vrai Chaplin. Et quel courage de la part de Chaplin de montrer ce clown qui doute de son art face à la danseuse, manière de nous demander "ai-je été si bon que ça ? mon art n'est-il pas mineur après tout ?"

Eh bien non : pas mineur. Grand. Bouleversant.

A noter la présence à la fin du film d'une autre star déchue (ou quelque peu oubliée) Buster Keaton, avec son visage triste comme d'habitude, pour un dernier numéro de clown en duo avec l'immense Chaplin. La fin, justement, que je ne vous révèlerai pas, est magnifique. Mais ça, c'est à vous de la découvrir.
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