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31 août 2006 4 31 /08 /août /2006 10:50








Qui n'a jamais vu un épisode de Seinfeld ne peut pas vraiment savoir comment s'ouvre une porte.

Seinfeld est une sitcom américaine qui compte neuf saisons et qui a pour personnages principaux Jerry Seinfeld, comique de stand-up dans son propre rôle, Georges, chauve rondouillard et binoclard, loser hypocondriaque, Hélène, ex de Jerry plutôt frustrée et enfin Kramer, voisin de Jerry, pique-assiette, sans travail, toujours en train d'inventer des trucs voués à l'échec (au hasard, une entreprise de pousse-pousse à New York, une pizzeria où c'est au client de faire sa pizza, ou encore un parfum qui sent la mer). Pour donner un ordre d'idée du phénomène que cette série représentait outre Atlantique, il suffit de préciser que Seinfeld s'est vu proposer 5 millions de dollars par épisode pour rempiler pour une dixième saison, ce qu'il refusa. Aux Etats-Unis cette série est plus adulée que Friends.

Première série qui ne parle de rien, Seinfeld tourne autour du quotidien de ces quatre anti-héros. Tout repose donc sur des dialogues ciselés et rythmés à se tordre de rire et sur le jeu des acteurs. Un exemple : essayez de faire rire avec un épisode de 20 minutes avec 3 acteurs dans une salle d'attente d'un restaurant chinois... pas facile, non ? Eh bien voilà ce que Jerry Seinfeld et sa bande ont su faire à merveille pendant 9 saisons. L'idée de départ était d'offrir à Seinfeld, comique dont la notoriété allait grandissante, un show télé. La belle affaire. Mais que proposer à la chaîne de télé ? Larry David, ami de Seinfeld eut alors la brillante idée de dire à Jerry : et si on se contentait de pondre des dialogues calqués sur nos conversations, des trucs insignifiants qu'on pourait développer, des choses quotidiennes presque banales ? La série était lancée, le ton trouvé et voilà comment est née ce qui est, à mon avis, une des séries les plus drôles qui soit.

Quelques lieux servent de décor : le café du coin, un restaurant, l'appart de Jerry. Tout ça à New York. Les personnages sont tous plus ou moins lâches, manipulateurs, calculateurs, radins, menteurs (excepté Kramer et Seinfeld, quoique), bref, adorables ! Ils sont juste moyens et ça fait du bien. Les situations sont on ne peut plus banales : problèmes d'appartement, de voisinage, comment sortir avec une collègue de bureau, etc.

Il va de soit que tous les acteurs sont brillants, à commencer par Seinfeld : ironique, mordant il passe son temps à écouter les mésaventures de Georges et à le conseiller plus ou moins judicieusement. Julia Louis-Dreyfus, qui joue Hélène, est excellente : avec un phrasé pas possible (ah oui ne regardez surtout pas la VF qui est désastreuse) elle campe une femme à la fois frustrée et déterminée, qui se plante toujours lors de ses rendez-vous et qui, bien-sûr, est typiquement new yorkaise à savoir qu'elle vendrait père et mère pour avoir un appart plus grand. Jason Alexander interprète parfaitement Georges, le loser par excellence. Doté d'un physique, comment dire... pas facile, il est incapable d'avoir une vie sociale ou sexuelle, et a visiblement eu des soucis avec sa mère. Autant dire que chacune de ses répliques est hilarante.

Mais, il faut bien l'avouer, les personnages de séries c'est comme quand on a des gosses, on devrait pas le dire mais on en préfère toujours un, celui ou celle dont on pense qu'il/elle ira le plus loin, ou plus simplement celui ou celle qui est le/la moins moche du lot. (oh ! comment ose-t-il dire ça ? Hey ! soyez pas hypocrites !) Eh bien pour Seinfeld, c'est pareil. La série ne serait pas ce qu'elle est sans Kramer. Personnage ovni joué par le génial Michael Richards, Kramer est le voisin que je rêve d'avoir, et mon personnage préféré, ça va de soi.

Comment décrire ce type ? Par où commencer ? Peut-être en précisant qu'il existe vraiment, dans la vraie vie, et qu'il porte le même nom (en fait Kramer - le vrai - était le voisin de Larry David), ce qui me remplit de joie. Disons que je suis heureux que ce genre de personnage existe vraiment (j'espère d'ailleurs sincèrement qu'il y a aussi des types comme Lebowski dans ce bas monde). Jerry Seinfeld, dans un des épisodes de la saison 2 lui dit carrément qu'il n'est pas humain, qu'il est une sorte de plante. Maladroit, portant des pantalons bien trop courts, des chaussettes le plus souvent blanches avec des chaussures de ville (et je jure devant Dieu - hum - que ça lui va, ce qui en fait le seul homme au monde à pouvoir faire ça sans avoir l'air idiot), Kramer passe son temps à piller le frigo de Seinfeld, sans sourciller. Michael Richards est certainement le type au monde qui me fait le plus rire. Il a inventé ce personnage hors du commun, profondément attachant, toujours dans son monde. Le genre de type capable de sortir des répliques comme ça : " Mon ami Bob Sacamano a fait fortune avec le jokari. C'est lui qui a eu l'idée de l'élastique. Avant on tapait dans la balle et elle s'envolait ! "

Mais surtout, cet acteur est capable de me faire hurler de rire rien qu'en ouvrant une porte. Chaque ouverture de porte de Kramer est un micro-événement dans les 20 minutes d'épisode ! J'ai lu quelque part qu'il ouvre 252 fois la porte de l'appart de Seinfeld sur la totalité des saisons. 252 fois ! Et je suis sûr qu'il trouve un truc à chaque fois. Ce sont les meilleures entrées possibles. A la fois souples et violentes, jamais maîtrisées, théâtralisées à l'extrême et pourtant cool. Depuis j'essaye en vain d'ouvrir des portes comme lui, mais n'est pas Kramer qui veut. J'essaye pourtant, mais je n'y arrive pas ! Comment faire pour glisser comme il le fait ? Pour avoir l'air toujours survolté et surpris, enfin pour avoir l'air aussi cool ?

Voilà la quintessence même de cette série : arriver à faire rire avec un mec qui ouvre une porte ! Du génie, je vous dis.
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30 août 2006 3 30 /08 /août /2006 14:04



Alors que Thom Yorke s'échappe en solo pour la première fois avec The Eraser, et qu'on est sans nouvelles de Radiohead depuis 2003 et le somptueux Hail to the thief, la grande question semble être : où en est le quintette d'Oxford ? Mais moi je me demande plutôt où j'en suis avec Radiohead.

Ils m'accompagnent depuis 97, année de la sortie d'Ok computer, disque que j'ai écouté en boucle pendant environ un an. Et que j'ai du mal à réécouter en entier aujourd'hui. J'ai ensuite remonté le fil de leur discographie. D'abord The Bends, avec ses chansons crève-coeur comme Fake plastic trees ou Bullet proof, puis Pablo Honey, album dénigré, alors que je trouve les morceaux fabuleux, avec des riffs tranchants, un lyrisme fiévreux, et un Thom yorke déjà sûr de sa voix. Et puis il y a Creep, non ?

Durant cette même période (disons 97-98) je suis devenu obsédé par leur musique. J'ai pu me procurer une VHS (humm qui se souvient ?) d'un de leur concert pour le lancement d'Ok computer. La set-list balançait donc entre des titres de The Bends et d'Ok computer. A l'époque je n'étais allé à aucun concert de rock, alors voir ces cinq types jouer comme si leur vie en dépendait, voir Johnny Greenwood, avec sa mèche cachant son visage, torturer sa guitare, l'attaquer, passer aux claviers, la reprendre pour mieux lui faire sortir des sons incroyables, voir Colin Greenwood, l'aîné, soutenir l'ensemble avec ses parties de basse métronomiques collé à Phil Selway, le batteur, presque les yeux dans les yeux, la charpente de Radiohead, voir Ed O'Brien, trop grand et trop beau, violenter lui aussi sa guitare, assurer quelques choeurs, toiser le public avec un regard de possédé, et enfin voir Thom Yorke, halluciné, chanter comme un illuminé des trucs comme "je préférerai être mort" ou "pas d'alarmes, pas de surprises s'il vous plaît" m'a franchement foutu la tête à l'envers.

Depuis, on a oublié ce qu'était une VHS, et Radiohead a poursuivi un chemin connu des seuls membres du groupe, déstructurant des morceaux toujours aussi fascinants, prenant de court à peu près tout le monde en sortant avec le dyptique Kid A / Amnsesiac, des albums teintés d'électro glaçante, froids et pas très accessibles. Avant de les magnifier sur scène en inventant pour le coup un vrai son, à la fois humain, organique, mais avec une musique de fin du monde, une musique de paranoiaque. Idéal pour un passage dans le 21e siècle. Mais pendant cette nouvelle période, je n'étais pas vraiment là (je n'ai d'ailleurs acheté leurs trois derniers albums que récemment). Pourtant je suivais leurs efforts, et je connaissais par coeur Kid A et Amnesiac. J'ai eu du mal comme tout le monde avec ce nouveau virage, mais les concerts donnés par le groupe à l'époque m'ont permis de mieux comprendre où ils voulaient en venir. Et puis avec des morceaux sublimes comme Pyramid song, Everything in its right place ou You and whose army ? comment résister ?

2003. L'année de Radiohead. Hail to the thief est encensé partout. Numéro 1 en France, aux Etats-Unis, et Dieu sait où. Plus accessible que les précédents, il offre une synthèse parfaite de ce que le groupe sait faire de mieux. Un best-of génial puisque inédit. C'est aussi cette même année que je les verrais enfin sur scène, aux Eurocks. Concert magique, ils jouent Kid A et une reprise de Neil Young, After the gold rush et me mettent à genoux une nouvelle fois.

Alors, quel est le problème ? Pas de disque à l'horizon, si ce n'est l'effort solo de Yorke, et depuis 2003 ça commence à faire long. Pas de contrat avec une maison de disque et des gros doutes chez nos amis d'Oxford. Doutes palpables lors de la tournée 2006, et notamment lors du concert à Pukkelpop (mon deuxième concert de Radiohead). Le groupe y a joué un show millimétré, sans âme, avec une set-list tellement calibrée festival que ça en devenait une caricature. Et puis ce sentiment diffus depuis la sortie d'Hail to the thief : je n'attends plus rien d'eux. Quinze ans de carrière, une intégrité constante, une musique démente, et ce dernier disque, magnifique. Que pourrait-il me donner de plus ? Malgré tout, les inédites qui ont pu prendre l'air en Belgique (2 ou 3 seulement) m'ont paru fantastiques. Je n'attends donc plus avec impatience le prochain Radiohead (ou en tout cas plus avec la même impatience), tout en sachant que je l'écouterai, en prenant le temps nécessaire. Et puis qui sait, avec des types talentueux comme eux ?

Finalement, où j'en suis avec Radiohead ? Je suis dans l'expectative.
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29 août 2006 2 29 /08 /août /2006 19:28

Le festival malouin La route du rock se tenait comme chaque année sur plusieurs sites et notamment au Fort-de-Saint-Père. Rendez-vous était donc pris avec les écossais de belle and Sebastian et avec la belle Chan Marshall (Cat Power) et son groupe de vieux de la vieille.

Belle and sebastian nous a sorti un très bon concert, le groupe était détendu, visiblement heureux d'être là (remarquez il y a pire : le site est vraiment beau) et Stuart Murdoch nous a gratifié de danses comment dire... fort sympathiques ! Un clin d'oeil à Truffaut, quelques morceaux piochés aussi bien dans le dernier album que dans leur chef-d'oeuvre If you are feeling sinister et une heure plus tard, le groupe quitta la scène sous les ovations bien mérités du public malouin.

J'ai toujours adoré Cat Power, celle des débuts, torturée à souhait, sombre et triste à pleurer. Celle de What would the community think ? Mais aussi celle de maintenant. 2006. Celle qui se paye le luxe de prendre le Memphis rythm band comme groupe et qui se met à enregistrer des morceaux de soul et de blues typiquement sud américain. J'ai toujours tenu cette artiste pour une des plus importantes qui soit. Une des plus précieuses. Une fille qui sort un dvd d'elle en plan fixe, où on la voit à peine, en train de chanter au milieu des arbres. A l'heure du zapping et de MTV c'est culotté, non ?

Bref, c'était avec impatience que j'attendais son concert. Je connaissais la réputation désastreuse de la demoiselle. Ingérable, concerts bâclés, alcoolisme. L'arrivée des musiciens sans Chan marshall n'a rien fait pour me rassurer. Ils entament un premier morceau instrumental, excellent. Le groupe joue très détendu, il y a une section de cuivres (sax et trompette), deux choristes et un ensemble de cordes (violon, violoncelle) ce qui laisse augurer le meilleur - si jamais la belle monte sur scène... Un deuxième morceau, toujours sans Cat Power et là franchement je n'y crois plus. D'autant qu'à la fin du morceau un type se pointe pour faire une annonce au micro. Mais, miracle, on entend résonner "ladies and gentlemen please welcome Cat Power !"

Chan Marshall arrive, rayonnante, nous gratifie de quelques pas de danse, et attaque "the greatest" titre éponyme de son dernier album. A partir de ce moment, je ne touche plus terre. Sa voix est magnifique, le son est parfait. Le concert est magique. Défilent les titres de The greatest, dont le phénoménal Lived in bars et le splendide Where is my love ?

Mais comme tous les moments d'exception, tout va trop vite et voilà déjà le groupe qui quitte la scène. Heureusement ils cèdent juste la place à Cat Power pour quelques titres dont une reprise méconnaissable de Ray Charles (Hit the road Jack) dans la veine de son génial album de reprises The covers record. Elle nous offre aussi I don't blame you seule au piano, de là où je suis je vois tous les musiciens en coulisse qui n'en perdent pas une miette.

Puis le Memphis rythm band revient, et le concert s'achève avec Love and communication, dans une version violente, dantesque. C'est l'heure des au-revoirs, et le groupe vient enlacer la belle et chanter un vieux traditionnel en choeur autour du micro. Dire que tout ça m'a bouleversé ne serait qu'un doux euphémisme. J'ai vu, ce soir-là, la plus grande artiste américaine en activité. Pas moins. Depuis, je réécoute inlassablement ces disques, dont le dernier, qui a pris une autre dimension après ce fameux soir.
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29 août 2006 2 29 /08 /août /2006 19:23


Alors voilà hier soir j'ai pris une énorme claque cinématographique. Comme quand j'ai vu Dead man ou La nuit du chasseur (pour situer le niveau). Profitant des tarifs du net sur la collection Mk2 Chaplin, je me suis plongé dans un de ses derniers films : Les feux de la rampe de 1952.


Comme d'habitude Chaplin y fait tout : scénariste, réalisateur, producteur, acteur, il signe même la musique.

L'histoire : Calvero, clown vieillissant n'est plus que l'ombre de lui-même ; alcoolique, sans contrat, ses numéros sont passés de mode. Alors qu'il rentre ivre mort chez lui, il sent une odeur de gaz et sauve sa voisine du suicide. Il la prend sous son aile et tente de lui redonner goût à la vie (ce qui donne lieu à des dialogues magnifiques, empreints d'humanisme). Dans le même temps, un nouveau contrat arrive pour Calvero mais le public le fuit (il jouera d'ailleurs sous un pseudonyme).
Sa protégée reprend peu à peu goût à la vie et finit même par triompher comme danseuse, tout Londres se pressant pour la voir.

Ayant abandonné son personnage mythique de Charlot depuis Monsieur Verdoux (son premier échec critique et public), Chaplin signe là un véritable chef-d'oeuvre, et certainement un de ses films les plus autobiographiques. Calvero, star déchue, se retrouve face à la nouvelle génération en la présence de Thérèze sa voisine. Réflexion sur la valeur de l'art (une des plus belles scène du film et donc du cinéma voit Calvero admirer le travail de la danseuse à une audition, puis se sentir largué par tant de talent) ; réflexion sur l'amour (la jeune danseuse est éprise de Calvero qui sait pertinemment que c'est de la pitié) ; passage de témoin entre une génération déclinante et une autre... le film a de multiples pistes de lecture. La photo est superbe, les plans sont excessivement travaillés, le temps pris par Chaplin (2h10 de film) permet au spectateur de prendre toute la mesure des personnages, et de s'attacher à ce Calvero si proche du vrai Chaplin. Et quel courage de la part de Chaplin de montrer ce clown qui doute de son art face à la danseuse, manière de nous demander "ai-je été si bon que ça ? mon art n'est-il pas mineur après tout ?"

Eh bien non : pas mineur. Grand. Bouleversant.

A noter la présence à la fin du film d'une autre star déchue (ou quelque peu oubliée) Buster Keaton, avec son visage triste comme d'habitude, pour un dernier numéro de clown en duo avec l'immense Chaplin. La fin, justement, que je ne vous révèlerai pas, est magnifique. Mais ça, c'est à vous de la découvrir.
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