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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 15:27

big-star-keep-eye-sky.jpg

 

Il ne faut pas trop se fier à l'image choisie pour la pochette de ce coffret (4 cd, les trois albums studio du groupe, complétés par des démos et des raretés, et un live). L'histoire de Big Star ne ressemble pas vraiment à ça, à ces quatre types souriant devant la maison familiale gorgée de soleil, dans un coin de Memphis. Alex Chilton (le premier en partant de la droite) et Chris Bell (à sa droite) furent les têtes pensantes de ce groupe, au moin sur "#1 record" le bien nommé. Le premier s'enfonça dans la dépendance, écrivant des chansons toujours plus sombres et intenses, le second se tuera rapidement au volant de sa voiture, alors qu'il avait déjà quitté le navire Big Star après l'échec (commercial et non artistique) du premier album. Sur cette photographie, quatre jeunes musiciens fascinés par les Beatles, Led Zep, les Kinks, posent, persuadés que l'avenir leur réserve le meilleur. Mais à l'époque et malgré un premier album en tous points impeccable (production, harmonie vocale, inspiration, mélodies), le public ne répondra pas présent. Un condensé de malchance, de poisse, suivra le groupe. Des histoires de distribution, de label... Big Star n'aura pas le succès que ses membres escomptaient. Un, plus que les autres en souffrira : le fragile Chris Bell, qui y croyait dur comme fer, à son groupe, à son talent, à sa musique.

 

Alex Chilton, désormais seul maître à bord, enregistrera Radio city, deuxième album du groupe, qui sera lui aussi un échec. Puis Third/sister lovers, qui ne sera distribué que quatre ans après son enregistrement, personne ne voulant d'une musique aussi forte émotionellement. Et ce fut la fin de Big Star. Enfin, c'était sans compter sur la ténacité et la patience de fans inconditionnels, à jamais marqués par les chansons du groupe. Un culte naquit, grandit et finit par exploser. Le groupe devint culte (le mot ici n'est pas galvaudé) et on se retrouve avec un coffret en bonne et due forme, couvrant toute la carrière du groupe à l'exception d'un album de reformation) en 2009, soit presque 40 ans après les faits, et un superbe livret.

 

A l'écoute de leur musique, on comprend aisément comment un culte aussi long a pu naître. Les chansons sont des bijoux.  Elles sont la quintessence de tous les styles qu'elles revisitent (le glam, parfois, le hard-rock façon Led Zep et surtout la pop façon Beatles) mais elles dépassent la simple citation ou l'allégeance et s'ancrent dans le Memphis, Tennessee, les faisant scintiller d'un éclat qu'aucunes de leurs influences plutôt anglaises n'avaient. Big Star est un groupe américain, et plus encore un groupe du sud. Cela s'entend immédiatement. Leur musique est irriguée par l'héritage de la musique américaine, et c'est dans les studios du jeune label Ardent, sous la férule de John Fry, que les quatre de Big Star façonneront ce mélange inédit entre la pop, le hard rock et le glam anglais et la moiteur du Mississippi.

 

Mais reprenons du début. Le premier album, c'est l'adolescence, mais pas nécessairement l'insouciance. Les mélodies et harmonies vocales sont magnifiques, dignes des Beatles, qui eux ont déjà tout fait : révolutionner la musique, les mentalités et tchao on se sépare. En 1972, tout ça est bien terminé, et Big Star a du en être victime : "encore un de ces groupes qui sonnent comme les Beatles". Bien sûr, c'était beaucoup plus compliqué. Déjà, derrière le sucre pop s'immiscaient torpeur, peur du vide et de la vacuité de l'existence : "the same old things, we did last week" gueule Chilton sur The streets. Arpenter les rues en bagnole, et refaire sempiternellement les mêmes choses. Le salut passe évidemment par l'amour, romantique à-la-vie-à-la-mort ça va de soi. Alors Chilton dégaine Thirteen et c'est bouleversant : "honey let me walk you home from school..." tout en sachant qu'il y a peu de chance que ça marche "if it's no well let me know, if it's no well i can go". 

 

 


 

 

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 20:34

 

Je lis les Cahiers du cinéma depuis peut-être deux ans maintenant, surtout parce qu'ils me donnent à voir des films que je n'ai plus le temps de voir. Les lire, c'est vraiment comme être au cinéma.

 

Et puis, ils n'ont pas oublié ce qu'éditorial veut dire, ni ce que ligne éditorial veut dire. En témoigne les éditos toujours excellents de Stéphane Delorme, dont je vous livre un large extrait du dernier en date :

 

" Il y a des idées qui pèsent comme par exemple celle de la « diversité ». Leurre grâce auquel on se rassure à bon compte, à coup de pourcentages : les « petits » films ont aussi leur part, une « petite » part, comme il se doit. Le cinéma d’auteur est toujours dans la « clause de diversité », dans l’exception, dans l’annexe, dans la marge, dans la catégorie, insultante, des films « difficiles ». Comme si un film réalisé par un cinéaste qui a quelque chose à dire ne pouvait pas toucher le plus grand nombre. En quoi un film d’auteur est-il difficile ? En quoi des films généreux, enthousiastes, sensibles, parlant de notre vie, même si ce sont des premiers films, même si ce sont de petits films, ne pourraient-ils pas intéresser tout le monde ? Pourquoi ces films ne sont-ils pas en prime time à la télévision, et pourquoi ne sont-ils pas en compétition à Cannes ?


Car finalement la même chose est en jeu : la question des cases. Chacun sa place. Petit bassin pour les jeunes et les fauchés, grand bassin pour les confirmés et les bien lotis. Seconde classe et classe premium. Mais comment ne pas voir que cela dénote surtout un manque d’imagination ? Que c’est J’ai tué ma mère de Xavier Dolan qui doit être en classe premium avec une Palme d’or à la clé (pourquoi pas ?) et le dimanche soir à 20 h 30, parce que le lendemain tout le monde en parle. Si les gens dorment devant leur télé, c’est parce qu’on ne leur donne rien à voir. Le public veut des films qui marquent, qui divisent, qui existent. Le cinéma est fait pour faire parler. On nous répond qu’il faut un film « familial » à 20 h 30, mais les films dont on parlera en famille, ce sont précisément J’ai tué ma mère ou My Little Princess, parce que, là, il y a des choses à dire. "

 

Et je leur sais gré d'avoir défendu mordicus le plus beau film de 2012, Holy Motors de Léos Carax.

 

 


 
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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 20:30

http://www.projectbluefoot.com/wp-content/uploads/2009/06/erinpatton-mosdef.jpg

Black on both sides brille d'un éclat rare, et est guidé par une intelligence toujours en éveil, prête à accueillir des sonorités au spectre incroyablement large (soul, hip hop, jazz, rock). Cet éclat qui frappe l'oreille et la rétine (nombreuses images apparaissent à l'écoute - Brooklyn écrasé de chaleur, un métro urbain déserté...) provient d'un agencement millimétré de samples précis, terriblement évocateurs (la guitare solitaire et mélancolique de Speed law doublée par un clavier fantômatique), et du sens inné de Mos Def de capturer sa vie, de l'encapsuler en musique.

 

Plein comme un oeuf, cet album ne souffre pourtant d'aucune longueur, d'aucune faiblesse. Chaque morceau fourmille de détails qui ne demandent qu'à être découverts à chaque nouvelle écoute, formant ainsi une mosaïque incroyablement fine et qui, une fois le disque connu intimement, forme un tout absolument fascinant et cohérent.

 

Le début du disque est placé sous le signe du tribal, de la recherche rythmique et, bien sûr, puisqu'on est dans un disque hip hop, du "crew" et de Brooklyn, le quartier de Mos Def. Puis très vite intervient un clavier vintage du plus bel effet, et le mélange prend : synthèse parfaite entre le flot de Mos Def, le groove tribal, la soul et le jazz.

 

Mos Def invente le hip hop onirique, ses samples agissent comme de l'impressionnisme, par petites touches (la basse soyeuse, ronde, les claviers jazzy qui s'enroulent sur la merveille qu'est Umi says).Mos Def cherche et invente en permanence sur ce disque.

 

 


 

Autre sommet : Rock n' roll. Morceau ahurissant qui commence par un Mos Def au ton posé, murmurant l'histoire de ses parents (I am, yes i am the descendant of the builders of your streets), l'atmosphère est sombre, tendue, et Mos Def de balancer ses paroles incroyables :

 

I said, Elvis Presley ain't got no soul (huh)
Chuck Berry is rock and roll (damn right)
You may dig on the Rolling Stones
But they ain't come up with that style on they own (uh-uh)

 

et puis la tension éclate en punk abrasif, littéralement hurlé jusqu'à extinction des cordes vocales. Uppercut dont je ne me suis pas encore remis.

 

Black on both sides, en effet, mais il y a quand même de la lumière, et la puissance du disque est de la faire jaillir, Mos Def nous fait voir ce que c'est que la lumière qui traverse Brooklyn, l'après-midi.

 

Cet album est hallucinant de maîtrise et d'intelligence. Il contient des morceaux tubesques (New world water, par exemple, qui est en plus un brulôt politique sur l'eau et sa privatisation), et des chansons magnifiques (Umi says, mais pas seulement), il contient de la soul, un flot hip hop fabuleux, du jazz.... Un disque-somme, un chef-d'oeuvre, assurément. Thanks, Mos.

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 21:08

 

"Une nation s'éteint quand elle ne réagit plus aux fanfares ;

la décadence est la mort de la trompette."

Cioran

 

Fin de la première saison de Treme pour moi. Et des confirmations en pagaille : Treme n'est pas la meilleure série du monde (elle ne cherche pas à l'être, c'est pas Madmen), mais Treme est bien plus que ça : la plus belle, la plus touchante, la plus intelligente et sensible des séries.

 

Chaque épisode m'a bouleversé, à un moment ou un autre. N'importe quel acteur qui apparaît à l'écran ne serait-ce que 20 secondes semble touché par la grâce. Comme au début de l'épisode 8 où l'on voit des musiciens de rue, et la ferveur, la joie simple des gens qui écoutent et sont gagnés par la musique, un type s'approche à la fin du morceau, remercie les musiciens et commence à dire qu'il est revenu pour Mardi gras, puis fond en larmes en racontant ce qu'il a vécu pendant l'ouragan... Scène absolument bouleversante, qui laisse la gorge nouée. Je n'ai pas retrouvé cette scène sur youtube, dommage.

 

Les acteurs et actrices de la série jouent tous avec une subtilité démente leur personnage, et même les personnages très secondaires comme le doux Jacques, l'aide cuistot de Janette Desautel, ne rate jamais une scène, un geste, un regard.

 

Finalement, cette série ne parle que de transmission : le père et le fils qui se chicanent sur le jazz mais qui jouent ensemble l'un à la contrebasse, l'autre à la trompette, le prof qui aime plus que tout sa ville, sa Nouvelle Orléans, et qui essaie de transmettre cet amour, le fan japonais, complètement dingue du jazz new orleans et qui va acheter un trombone à Antoine Batiste, afin que tout cela perdure... Encore une fois, c'est la musique et son pouvoir absolu qui relie toutes choses à la Nouvelle Orléans, les vivants et les morts (il n'est pas rare qu'un mort ait demandé une fanfare pour son enterrement) les indiens et les noirs, les cubains et les blancs... Et c'est pour cet héritage musical que les gens se battent. Chaque épisode sait prendre le temps qu'il faut pour suivre et faire comprendre cette ville, ses habitants, cet amour profond de la musique, et la putain de condition humaine.

 

Chaque épisode est une merveille, cette série est une bénédiction.

 

 


 

 

 

Allez, buena sera senorita, kiss me goodnight. 

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 21:53
Bon, pour mon anniversaire j'ai eu pas mal de trucs vraiment cool. Et cerise sur le gâteau, j'ai eu, pile poil le jour, la visite de deux témoins de Jéhovah. Classe : deux vraies bigotes visiblement très limitées intellectuellement. Bref, elles m'ont refilé un magnifique flyer sur Jésus, dessiné genre gendre idéal, même la barbe était chiadée. Et ça m'a rappelé l'importance du prosélytisme.

Donc : frame est une émission de radio concoctée par deux jeunes mariés, et qui, tout comme Jésus, font partie de mes amis. C'est excellent, c'est rythmé, drôle, le générique est addictif, bref, c'est cool.

Un exemple :

http://soundcloud.com/frame01/frame-16-leave-the-gun-take

Et un autre :

http://soundcloud.com/frame01/frame-14-shoot-the-hostage

Amen
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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 14:43

Treme est une série HBO ce qui est un gage de qualité. Elle a été pensée et réalisée par les créateurs de The wire, série dont je n'ai entendu que des propos dithyrambiques. Je suis tombé dessus par hasard, à Noël, sur France O à une heure pas possible... et je suis resté scotché. Après vérification, je venais de voir les deux derniers épisodes de la première saison et j'étais bouleversé. Enfin je voyais une série qui sait parler de musique, qui sait filmer les musiciens et rendre compte de leur art et de leur passion. A l'heure des séries hospitalières épuisantes, des séries policières totalement sans intérêt, enfin, enfin ! des types s'intéressent à autre chose que des médecins, des flics ou des tarés qui découpent leurs prochains avant de se faire serrer par un flic usé-mais-qui-croit-encore-à-son-job.

 

Treme, c'est d'abord une ville : la Nouvelle-Orléans. Définitivement à part dans le paysage américain, elle se remet difficilement mais courageusement de Katrina, en défendant mordicus ce qui fait sa particularité : la musique, la gastronomie, un art de vivre et de laisser se côtoyer et s'accoupler avec bienveillance une multitude de courants musicaux. On est loin de la verticalité new yorkaise dont les réalisateurs de série adorent nous balancer toutes les 3 minutes des vues imprenables en plongée histoire de bien signifier à tout le monde l'écrasante puissance architecturale des states. La Nouvelle-Orléans est horizontale et cela se ressent dans toute la série. A la verticalité des rapports qui domine les séries US (les supérieurs des hôpitaux, la hiérarchie des flics) se substitue une horizontalité qui parcourt toute la série : aucun destin ne semble plus important qu'un autre , on suit donc un tromboniste, une chef cuistot, un trompettiste, une violoniste, un dj (de radio - hein, pas David Guetta !), une avocate, une barmaid sans qu'aucun des ces personnages ne prennent le pas sur les autres. Et puis, il y a la musique, et là, on atteint très souvent le sublime, l'exaltant, l'essentiel, et toujours avec cette horizontalité qui fait que cette musique traverse la ville comme un courant qui touche tout le monde. Jamais elle ne vient d'en haut (à part quand le dj met un titre à la radio). Non, la musique est présente chez tout le monde, elle se joue dans la rue, voire même devant votre porte (magnifique scène où le dj, pour que sa copine ne parte pas, lui ramène un fantastique chanteur qui lui sussurre un morceau magnifique sur le pas de sa porte).

 

Le rythme de la série est hallucinant de maîtrise, et n'utilise aucune ficelle éculée. Tout est dans la suggestion, rien n'est appuyé, tout est fin et nous laisse le temps d'apprécier la complexité des personnages, et de l'univers musical extrêmement riche et complexe de la Nouvelle-Orléans, entre soul, jazz, folk, musique traditionnelle, syncrétisme religieux et musical (les incroyables carnaval dans lesquels des noirs reprennent des traditions indiennes). Katrina est simplement un catalyseur, un déclencheur, une loupe grossissante qui insuffle à chaque scène son poids, sa tragédie, sans pour autant que cela plombe ou n'alourdisse quoi que ce soit d'ailleurs. Katrina est passée, il faut faire avec, se battre pour maintenir sa culture, son héritage, pour chercher les responsables, pour avancer, won't bow, don't know how...

 

Magnifique série donc, qui arrive à embrasser à chaque épisode des destins, des vies que l'on voit trop peu ailleurs, (l'occasion de rappeler qu'il n'y a pas que des flics, des médecins et des profilers dans ce bas-monde, il y a aussi des musiciens des cuistots, des barmaids...), dans une mise en scène d'une fluidité rare. Magnifique série musicale, qui a su, sans être didactique, donner les clés d'un univers fascinant, profondément ancré dans l'histoire de la musique américaine. Ne vous privez pas de ce bijou télévisuel, rarissime par les temps qui courent.

 

Les premières images de la série, un tromboniste qui court, une parade de rue, une musique géniale, tout y est, dès les cinq premières minutes :

 

 

 

La musique dans Treme, est à hauteur d'homme et de femme.

 

 

  Un peu de soul 

 

 


 
et de jazz

 

 

 

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 21:03

Public Enemy ou comment résumer tout Howard Zinn en un titre d'album. Eh oui, les héros n'apparaissent pas sur les timbres, l'histoire est écrite par les vainqueurs.

 

En tout cas, quel retour !

 

 


 
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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 21:35

De Scott Walker je ne connaissais que ses reprises habitées de Brel. Fin 2012, il a sorti Bish Bosch que je n'ai découvert qu'au début de l'année. Album fascinant, jusqu'au-boutiste, parfois éprouvant, dérangeant mais traversé d'éclats magnifiques.

 

Une oeuvre forte et cohérente, vers laquelle je reviens souvent, pour le vertige.

 

 


 
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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 22:36

gatechien.jpg

 

 

La ligne de conduite de Gâtechien aura été aussi droite que les lignes de basse du groupe sont sinueuses. Cinq albums parfaits, tous sobrement intitulés par leur numéro, et puis adios amigos. Une batterie, une basse, et une morgue énorme. Une honnêteté, une âpreté et une farouche indépendance, une réelle indépendance.

 

L'histoire s'achève donc pour eux avec ce 5 magnifique, qui m'a instantanément bousculé, fait chavirer et qui s'est glissé dans ma caboche à vitesse grand v. Il me renvoie à tellement de musiques adulées, que je croyais mortes, tout un son, une esthétique qui dans ces années 2010 n'étaient qu'un lointain souvenir. Gâtechien, c'est les Queens of the stone age à deux, c'est le fantôme des Jane's addiction, c'est l'énergie dingue qu'il faut pour créer une telle puissance sonore à deux.

 

Comme c'est encore Noël : un live avec des titres de cet album génial :

 

 


 

L'album s'écoute et s'achète par ici.

 

Merci pour tout les gars.

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 23:20

Lu dans Les cahiers du cinéma, un texte magnifique et qui a le mérite de dire avec justesse ce qu'est La nuit du chasseur, et ce que ça fait lorsqu'on voit ce merveilleux film. Voici le texte :

 

Sous la véranda, une femme veille dans la nuit, le fusil sur les genoux et la Bible à portée de main. Dehors, le diable veille aussi, il berce la vieille femme en fredonnant un cantique, il attend qu'elle s'épuise, et elle, elle est prête à céder, à se fondre avec lui dans le chant sous la lune, "leaning, leaning on the everlasting arms...", elle est prête à ouvrir sa porte au démon, ce chasseur nocturne qui veut attraper ses gosses et les emmener avec lui - "il ne dort donc jamais ?" demandait l'un des gosses. Jamais. La lueur d'une bougie efface l'empreinte de la silhouette du chasseur dans la nuit d'encre. Il a échappé à la surveillance de la vieille femme ; cette fois, c'est sûr, il va entrer dans la maison pour dévorer les enfants. Ca y est, il est là, mais la vieille tire un coup de fusil et le démon galope vers la grange en hurlant comme un dément.

 

La dernière fois qu'on avait entendu son cri de bête en rage, il avait de l'eau boueuse jusqu'aux cuisses, les cheveux fous, les dents serrées, le couteau à la main : devant lui, les enfants glissaient sur la rivière, dans une nuit encore plus noire, encore plus étoilée. Sur le cours de la rivière veillent deux lapins gigantesques et d'autres bestioles placides. Même si l'Amérique traverse sa Grande Dépression, pouilleuse et délabrée, il y a toujours quelqu'un pour veiller sur deux enfants abandonnés. Il faut descendre la rivière pour trouver ce veilleur. Si ce n'est pas le vieux dans sa cabane sur le fleuve qui regarde passer les bateaux à aube et se saoule d'alcool et de chagrin, ce seront les gentilles bêtes nyctalopes et la grand-mère au fusil. Veiller et protéger contre ce démon déguisé en pasteur dingue, qui se traîne dans son délire. Pour remercier la veilleuse de l'avoir sauvé du couteau du chasseur, John, le garçon, lui offre une petite pomme sertie dans un napperon. Jamais personne n'avait offert un si beau cadeau. C'est La nuit du chasseur, c'est le plus beau film du monde.

 

Jean-Philippe Tessé

 

 


 
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