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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 12:36

A ma tante Catherine qui lit depuis peu ce blog,
et à qui j'ai fait écouter du Belle and Sebastian au siècle dernier...

Entre Belle and Sebastian et moi, c'est une longue histoire, une idylle de douze ou treize ans (quand on aime, on ne compte pas).
Tout a commencé avec un album de pop feutré, presque malingre, If you are feeling sinister qui imposa l'imagerie du groupe (photo classieuse passée dans un filtre de couleur, rouge, vert, jaune, directement inspiré des Smiths). Depuis ce disque, les Ecossais ont régulièrement sorti des albums fabuleux, que j'associe toujours à leur couleur (le vert The boy with the arab strap, le jaune Dear catastrophe waitress...). J'ai même eu la chance de les voir trois fois en concert. Je les suis donc depuis le début, et je dois avouer que j'étais loin de m'imaginer qu'ils prendraient une telle ampleur, une telle importance dans ma vie, et qu'ils marqueraient l'histoire de la pop.

Comment j'aurais pu deviner, en écoutant If you are feeling... en 1996 qu'en 2001 ils se retrouveraient sur une scène à Belfast en train de livrer une version rageuse de I'm waiting for the man du Velvet ? J'aurais pu, j'aurais dû. D'abord Stuart Murdoch, le mélodiste surdoué du groupe n'a jamais caché son admiration pour la bande à Lou Reed, ensuite, dès leurs débuts, les Belle and Sebastian semblaient habités d'une foi inébranlable dans les saintes écritures pop et rock n'roll. Et surtout, ils ne pétaient pas plus haut que leurs culs, ce qui rendait immédiatement attachantes leurs chansons, voire plus : essentielles.

La sortie de la compilation Push barman to open old wounds (un double album rassemblant tous les ep du groupe) avait des allures de bilan, comme si les Ecossais nous disaient : "voilà ce que nous avons fait, maintenant commençons un autre chapitre". Cet album (car c'en est un, c'est bien plus qu'une compilation) ne contient que des merveilles d'écriture, des mélodies époustouflantes, absolument brillantes, tantôt gorgées de soleil, tantôt mélancoliques, et venait conclure en beauté une douzaine d'années de carrière, qui ont permis non seulement au groupe de devenir réellement culte (le mot, ici n'est pas galvaudé) mais aussi de devenir une référence incontournable en matière de pop. Désormais, lorsqu'un album pop sort, on peut jouer les snobs et balancer "pfff, c'est pas du Belle and Sebastian..." ou alors (et c'est rare en ce moment) "ouah, c'est presque aussi bien troussé que du B&S". Tout ça est parfait... enfin il manque quelque chose à ce tableau sans tache, non ? Allez cherchez bien... C'est dans le titre du post pour ceux qui ne suivent pas... Eh oui, un live !

Comme d'habitude avec la bande à Murdoch, on en a pour son argent : un double-album, encore. Un cd consacré aux fameuses Peel sessions : le son y est léché, les morceaux sont fabuleux, mais le tout est trop feutré, il manque à ce live le public, finalement. Tout sonne trop studio, trop studieux. Le deuxième cd est constitué d'un concert capté à Belfast en 2001 et là, on tient le grand live que méritait le groupe depuis longtemps et peut-être bien leur meilleur album ! Dans une ambiance survoltée, B&S enchaîne ses classiques avec morgue, fougue, classe. Pour se mettre dans l'ambiance, ils débutent par une reprise des Beatles Here comes the sun, respectueuse, donc magnifique. A chaque fois avec ce morceau, ça me fait le même coup : le soleil débarque, et accroche un sourire béat à mes lèvres. Au rayon des reprises, la version de I'm waiting for the man est proprement hallucinante, elle me met en transe, on y sent le groupe lâcher la bride, se laisser emporter et, mieux encore, dépasser par ce morceau immense, tranche de vie morveuse autrefois balancée à 300 à l'heure par un Lou Reed en manque. Et ils se tiennent là, ces Ecossais chétifs, probablement biberonnés au fish and chips à des lieues de l'univers urbain dépeint par Reed, et ils le prennent à bras le corps ce putain de morceau et ils dévastent tout sur leur passage. Et Belfast de vaciller. Le mieux dans l'histoire, c'est que les dix autres morceaux de ce concert, tous de B&S, tiennent la comparaison sans problème avec la perle Beatles et le sommet du Velvet. Tout au long du concert, on entend un groupe soudé, bourré d'humour (quand le guitariste chante be far away from my wise senorita dans une version mariachi-pop réjouissante), livrant une prestation solide, énergique. Les Ecossais forment une famille, chacun vient faire les choeurs à un moment ou un autre, on entend de la trompette, des claviers, des violons, et la magie opère, à chaque fois. Et la tracklist est hallucinante : Legal man et son côté rétro sixties psyché, le violon émouvant de The model, et l'exaltation de Dirty dream number two... Les morceaux de If you are feeling sinister sont métamorphosés sur scène, il faut entendre Me and the major avec son harmonica epileptique, et Murdoch se lâcher complètement, vociférer "he remembers all the PUNKS and the hippies too" et changer les paroles juste après ! Ouais, on le tient définitivement le grand live de Belle and Sebastian : un concert dans lequel on entend un groupe habité, heureux d'être là, et qui a un paquet de mélodies parfaites en poche. Bref, pour paraphraser l'ami Max sur Mudhoney (sans son autorisation, mais je l'emmerde, héhé) : Belle and Sebastian, je t'aime, putain je t'aime !!!



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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 22:09
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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 12:27

Detroit. La Motor city qui a vu la naissance des Stooges, du rock de petits blancs habités par le diable du blues, et surchauffé au métal. Lourd, des riffs comme des uppercuts. Une urgence qui balaie tout sur son passage. Quarante ans plus tard, Detroit est encore et toujours un vivier d'héritiers de cette tradition de rock puissant, mâtiné de blues, joué pieds au plancher. Pas un hasard, donc, si dans les notes (très succintes) de pochette du génialissime We came in peace de Brimstone Howl on apprend que le tout a été enregistré à Detroit. Ce disque est miraculeux. Que des types s'acharnent encore à jouer ce genre de musique, à une époque où on encense MGMT, c'est rassurant, et ça fait un bien fou, comme lorsque vous lâchez un doigt d'honneur vengeur au connard qui vient vous dire d'arrêter de picoler, de fumer ou que "merde, t'en as rien à secouer de ce qui se passe au Tibet ?!!"

L'intro de l'album est saisissante : une batterie métronomique, énorme, qui pilonne à 200 à l'heure une rythmique binaire et primaire, ahhh, putain, c'est simple le rock, et qu'est-ce que c'est bon ! Ecouter leur disque, c'est comme monter dans des montagnes russes, c'est génial et on n'a qu'une seule envie, y retourner. On navigue tout du long en territoire connu, certes, mais tout est joué avec une honnêteté désarmante : ça sent la bière, la sueur, c'est parfois psyché, parfois sombre, mais le plus souvent franchement réjouissant, avec des riffs tranchants, des guitares qui se répondent comme deux soeurs siamoises et un chanteur excellent, genre Iggy période Stooges. Brimstone Howl est un groupe qui, comme pas mal en ce moment, synthétise un nombre incroyable d'influences (ici ça va du rockab au punk, du psyché au Velvet) et balance ça les yeux révulsés, les veines tendues en un cri primal, question de vie ou de mort. Et fait que malgré tout, malgré le fait qu'on pourrait se dire qu'on a déjà entendu ça, eh ben... on n'y arrive pas.

Et les quatre gaillards sont aussi capables, dans ce maëlstrom jouissif, de glisser une ballade flippante, avec une rythmique rappelant certaines partitions de Morricone, une ambiance de nuit mexicaine sans lune, avec un chanteur qui parle plus qu'il ne chante (The world will never know le tout servi en écoute ici même !). Quoi qu'il en soit, ne vous fiez pas au titre de leur album, les Brimstone Howl ne viennent pas en paix (pour ce qu'ils en ont à secouer, de la paix), non, ils apportent le chaos, la morgue, le vice, et je ne vais pas m'en plaindre.
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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 15:49

Si j'avais suivi l'ordre chronologique, Washing machine aurait été le premier dans la liste des "disques qui ont changé ma vie". Bien-sûr, avant les Sonic Youth, j'ai dû choper un ou deux Beatles, mais ça n'avait rien à voir, les Beatles appartiennent à tout le monde, ce sont des génies universels. Leur imagerie, leur musique sont connues de tous, imprimés, qu'on le veuille ou non, dans toutes nos rétines. Et surtout, ils n'étaient plus là. Enfin, je veux dire, difficile de les voir en concert quand on a 15 piges en 1996... La rubrique "disques qui changent la vie" est, je m'en aperçois, devenue régulièrement le lieu de flashbacks sentant légèrement le renfermé, la nostalgie maladive. Mais qu'on ne me jette pas la pierre, 2008 a eu son lot de disques qui ont changé ma vie, et qui auront leur place, j'en suis sûr, dans quelques années dans cette même rubrique. Le temps fera son affaire et saura choisir les grands et reléguer les moins grands aux oubliettes, au rang des anecdotes...

Mais pour le moment, l'heure est au flashback. Sonic Youth. Washing machine. J'enclenche le mode "Grand-père Simpson" : à l'époque... euh à l'époque, rien. Nada. A la télé, Johnny, jusque là, rien de nouveau. Pour moi, la musique c'est le classique, celui de mes parents. La musique est donc sacrée. Elle est toujours associée dans mon imaginaire de gosse à quelque chose de particulièrement grave, une affaire sérieuse. Chants grégoriens, requiems, messes, j'aimais tout ça. J'aime encore d'ailleurs. Le rock, j'avais vaguement entendu parler, mais encore une fois, les seuls trucs qui me revenaient aux oreilles n'étaient que des daubes fm, et ce connard ultime qu'est Johnny, qui sacralise tout ce que j'ai toujours haï : musique, paroles, voix de merde, personnalité à gerber, à la fois beauf et réac', l'horreur. A 12 ans je le sentais déjà, et pourtant ça fait 40 ans que 60 millions de français se font berner... Passons.

Et puis, il y a eu la médiathèque, la porte de sortie de cet univers étriqué et la porte d'entrée vers de nouveaux univers musicaux... Et ce fameux Washing machine, des non moins fameux Sonic Youth. La pochette ne ressemblait à rien de ce que j'avais vu jusqu'alors. Elle semblait bricolée, le cliché sorti tout droit d'un appareil jetable, pris au début d'une soirée entre potes. L'intérieur est à l'avenant, on peut voir les quatre membres de Sonic Youth (des potes à moi depuis le temps...) : soit, oyez, oyez Mister Lee Ranaldo, Mr Steeve Shelley, Mr Thurston Moore et Miss Kim Gordon.
Les clichés sont naïfs, gorgés de soleil, il s'en dégage une honnêteté à des kilomètres des horreurs pondues à l'époque. Un côté "do it yourself" que j'ai tout de suite adoré.

Même si je commençais à peine à m'intéresser au rock, et que mes connaissances dans ce domaine étaient extrêmement limitées, je savais tout de même l'importance d'un groupe comme Sonic Youth. Leur réputation était déjà énorme. D'après ce que j'avais compris, ce groupe était intouchable. Respecté par tous. Une référence. En écoutant pour la première fois leur musique avec Washing machine j'ai pu réaliser à quel point tout ça n'était pas volé. Quand j'y repense : c'est le premier disque de rock que j'ai écouté, et il y avait tout dedans : de la pop, du punk, de l'expérimentation, des mecs qui jouaient de leurs grattes d'une manière indescriptible. Ils les faisaient sonner comme personne, entre arpèges pop, dissonances, saturation. J'ai pris en pleine tronche leur musique sur ce disque : compromis parfait entre leurs expérimentations bruitistes et hypnotiques et leurs envies de mélodies pop. Là, il y avait quelque chose de terriblement novateur : ces gars faisaient de l'expérimentation un terrain de jeu, débarrassé de prises de tête esthétiques. La pop redevenait sauvage, jouée toutes guitares dehors.

Sur ce disque, il n'y a que des grands morceaux, traversés de grands moments. Sonic Youth, ce sont trois voix, celle de Thurston Moore, celle de Lee Ranaldo et celle de Kim Gordon. Chaque morceau a donc son ambiance, sur laquelle vient se poser une de ces voix. Impossible, dès lors, de s'ennuyer à l'écoute d'un disque du groupe. Ecouter Washing machine c'est s'offrir un kaléidoscope hallucinant des meilleurs musiques de la seconde moitié du XX è siècle, rien de moins. De la pop empoisonnée de la superbe et inquiétante Little trouble girl (laissée aux bons soins de miss Gordon), au punk de Panty lies en passant par le déluge de la fin de Unwind morceau dans lequel on entend un enchevêtrement génial de guitares, qui donnent l'impression d'assister au début d'un orage, avec les premières gouttes qui tombent, puis tout se fait plus violent, puis puissant, un vrai déluge sonique. Mais le morceau de bravoure reste The diamond sea, qui clôt l'album. Vingt minutes touchées par la grâce, entre rêve et cauchemar, qui nous embarque dans une odyssée homérique, dont on ressort désorienté, hébété, sans savoir réellement ce qui nous est arrivé. Un trip intense, qui brouille durablement les repères.

Après Washing machine, la messe était dite : mes classeurs se couvriraient de machines à laver griffonées au stylo bic, je chercherai toujours une Little trouble girl, ma jeunesse serait sonique. Après ça, tout a changé. Tout a pris un sens nouveau. Les Sonic Youth ont déchiré le rideau de fumée qui obscurcissait ma vision des choses
, ils m'ont montré un autre chemin, que je n'ai jamais cessé de suivre.
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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 19:42

Il y a quelques mois sortait le huitième volume des Bootleg series, désormais tellement fameuses qu'on peut légitimement les considérer comme une discographie bis du Zim. Ainsi, chaque volume est maintenant attendu avec autant d'impatience et de fébrilité qu'un nouvel album. On y guette les inédits, les versions live, les prises alternatives, en sachant qu'on aura droit en prime à un très bon livret et des notes de pochette intéressantes voire passionnantes. Pour moi, le Dylan de Time out of mind est au moins aussi fascinant que celui de Highway 66 revisited si ce n'est plus. L'annonce de la sortie d'un bootleg consacré à cette période m'a donc rapidement fait spéculer sur son contenu : y aura-t-il des versions alternatives de Ain't talkin' ? Combien d'inédits ? Seront-ils à la hauteur ? Et les live ?

Questions. Excitation. L'événement était de taille, tout de même : un double-album de Dylan, merde.
Et, autant le dire tout de suite, ce Tell tale signs offre de nombreux sommets dylaniens, prouvant du même coup que le bougre n'a pas laissé passer une décennie sans sortir de chefs-d'oeuvre, et que la dernière est presque aussi riche que celle qui lui colle à la peau et demeure la référence : les années 60.

Après plusieurs mois, temps nécessaire pour faire le tour des 27 titres de cette cuvée, plusieurs constats s'imposent. Dylan est un des seuls artistes qui peut se permettre de laisser de côté des morceaux absolument fabuleux lors de la sortie d'un album. Time out of mind aurait pu contenir la bouleversante Red river shore, ballade somptueuse qui chaloupe au son d'un vieil accordéon, et Marchin' to the city, non moins excellente... Il est aussi un des seuls qui peut se vanter de ne jamais sortir des morceaux faiblards lorsqu'on lui en demande un pour une bande originale de film... Il suffit de se rappeler de la géniale Things have changed du film Wonder boys. Si la plupart des films pour lesquels il signe un morceau sont loin d'être mémorables, les chansons, elles, le sont. Un exemple : écoutez Cross the green mountain, morceau écrit pour Gods and generals, et ses huit minutes de pure grâce pour vous en convaincre. (ajouté à la playlist). Le Zim est aussi un interprète incroyable, une bête de scène, capable de faire d'un morceau comme High water (for Charley Patton) un rouleau compresseur en live, alors que la version studio est pastorale, avec un banjo à tomber par terre. Il est enfin un artiste qui ne fige jamais un morceau définitivement, mais tente, cherche, travaille inlassablement les arrangements et les paroles. Ce qui rend fascinante l'écoute des prises alternatives présentes sur ce double-album. Mississippi, un des sommets de Love and theft a droit à deux versions, dont une qui me paraît supérieure à celle retenue sur l'album. Ain't talkin', si elle n'a pas tout à fait la grâce de la version de Time out of mind reste à tomber par terre, tant on y perçoit déjà, en filigrane, son aboutissement futur. Bien-sûr, je n'ai pas attendu la sortie de ce Tell tale signs pour faire ces constats. Et cela ne vous apprend pas grand chose, j'en suis bien conscient. On peut détester Dylan, pour tout un paquet de bonnes raisons (ou en tout cas de raisons recevables), mais il faudrait être foutrement de mauvaise foi pour venir dire qu'il ne sait pas écrire, chanter ou qu'il fait sempiternellement la même chose...

Soit : Dylan est un artiste complet. Heureusement, il n'est pas le seul. Pourtant, il a quelque chose que d'autres n'ont pas. Quelque chose qui fait que des mots absurdes, vidés de leur sens tellement ils sont employés, ressortent à chaque fois quand on parle de ce genre d'artiste. Vous les connaissez, non ? Monstre sacré, légende, génie, poète, révolutionnaire, visionnaire... Tous ces mots qui érigent un homme en autre chose, en surhomme, n'ayant plus grand chose à voir avec le commun des mortels. Tous ces mots qui effacent l'humanité qui se dégage d'une oeuvre pour la hisser tout là-haut, où elle ne souffrira plus aucune discussion. C'est, encore une fois, absurde. Dylan n'est pas un monstre sacré, il est simplement terriblement humain. Il se situe là, ce quelque chose en plus. Dans cette profonde humanité, de celle qui embrasse toutes les psychés imaginables : Dylan n'est personne et tout le monde à la fois. Il est l'enfoiré qui peut massacrer un de ses morceaux voire tout un concert, le salaud qui balance des horreurs à sa compagne, le vieux sage, héritier d'une mémoire ancestrale, la rock star hautaine, le folkeux timide. Cette faculté à endosser de multiples identités, à jouer d'une multitude de registres, permet également à Dylan d'abolir du même coup toute temporalité. Comme sur l'incroyable The Girl on the greenbriar shore qui vaut à elle seule l'achat du disque. On l'entend, en concert en 1992, à Dunkerque, chantant comme en 1964 une splendeur folk, un traditionnel dont les origines se perdent jusqu'au XVII e siècle, mais qui sonne presque moyen âgeux dans la mélodie. Le temps s'arrête, pendant ces deux minutes, et on ne sait plus trop où on est. Quel âge a ce chanteur ? Qui a écrit ce morceau, le sait-on ? Pourtant l'évidence nous frappe. La mélodie semble antédiluvienne, d'une évidence totale. Elle se tient là, a traversé les siècles, le temps n'a eu aucune prise sur elle.

Le temps n'a aucune prise sur Dylan.
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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 10:35

J'ai rarement vécu une année aussi intense. 2008 a été incroyable en beaucoup de domaines. Evidemment, l'histoire retiendra Obama, et c'est quand même en soi, une bonne nouvelle. Mais que dire de l'année musicale qui vient de s'écouler, sans tomber dans les superlatifs ? J'ai beau essayer de me remettre en mémoire les années précédentes, je ne pense pas avoir écouté et acheté autant de bons disques que cette année. Des oeuvres intenses, noires et profondes, bouleversantes qui ont déversé leurs poisons et sortilèges dans mes veines de janvier à décembre. Ouais, comme dit Jason Pierce de Spiritualized, j'ai eu des tempêtes dans mes veines. Avec tous ces groupes géniaux en "black", Black Mountain, Black Angels, Black Keys... Qui,chacun à leur manière réécrivent des pages neuves du rock, certes avec du vieux, le psyché, le blues mais en renouvelant les genres, en les inscrivant dans l'époque.

Et puis, il y a eu l'album Campbell/Lanegan, drapé d'élégance, l'album des Walkmen, dont j'ai déjà parlé ici, le Of Montreal... Et bien sûr l'immense Songs in A and E, qui, fin d'année et bilan oblige, refait des tours dans ma platine. Inusable. Je l'ai bien écouté des centaines de fois et j'en ai encore la gorge serrée. Mais on ne peut pas oublier le Gutter Twins, non plus, tellement fabuleux. Sombre, flippant, une oeuvre bicéphale, de deux génies. Ces frangins du caniveau, damnés de la terre. Et le 31 Knots, qui propose plus d'idées, d'excitations, de nouveautés, de risques en un refrain que tout le dernier Radiohead (au hasard). Alors oui, année bénie du sillon, 2008. En espérant que 2009 confirmera la tendance : rage, introspection, noirceur, rock des bas fonds, rédemption, damnation, paranoïa ("you're on the run, son !")... Pourvu que 2009 aligne autant de grands disques, de disques majeurs, de types et de filles qui ont vraiment un truc à dire, pas forcément original, juste profondément humain. Des trucs comme "set my soul on fire", mais avec une honnêteté telle que ça vous vrille les tympans et vous brise le coeur. Voilà mes voeux pour 2009. Maintenant, y'a plus qu'à attendre...

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 19:32
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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 15:45



J'ai découvert Of Montreal grâce à leur précédent album, le génial Hissing fauna, un disque mêlant electro, pop, rythmes funk, harmonies vocales à la Beach Boys, le tout servi dans un tempo effréné, carburant à dix idées par morceau. Le challenge pour ces gars là était donc de répondre aux attentes suscitées par Hissing Fauna, mais je voyais mal comment ils pourraient faire mieux. Et débarque Skeletal lamping, un disque monstrueux dans tous les sens du terme. Monstrueux car gavé à ras-bord (15 titres qui contiennent tous plusieurs pistes, plusieurs ambiances, des ruptures, des faux départs). Monstrueux par sa qualité, qui ne faiblit jamais, avec des mélodies pop qui tombent littéralement du ciel (écoutez An eluardian instance sur la playlist, rien que celle-là, et vous comprendrez). Monstrueux aussi à l'image de sa pochette, belle objet qui se déplie dans tous les sens pour montrer un dessin entre paradis et cauchemar, sorte de jardin d'Eden où tout le monde est à poil, mais entouré d'étranges plantes carnassières.


Skeletal lamping est donc monstrueux. Quand on l'écoute les premières fois, la somme d'influences, de sons, d'idées, de mélodies, d'ambiances laissent limite KO, heureux mais légèrement déphasé, avec une seule idée en tête : retrouver tel passage fabuleux, à tel moment. Dès lors, les dizaines d'écoutes suivantes sont soumises à enjeux : "à quel moment y'a ce passage incroyable où j'ai eu l'impression d'entendre les Beach Boys ?" ; "à quel moment j'ai cru entendre Curtis Mayfield ?" Et quand le disque semble avoir révélé tous ses mystères, on découvre toujours un enchaînement étrange, une partie de basse passée inaperçue...


Kevin Barnes, la tête pensante du groupe, est capable en un disque de pondre une ballade à la Lennon-Mac Cartney, un appel au sexe tendance Curtis Mayfield, des morceaux à faire danser les morts, des beats électros à rendre dingues de jalousie Radiohead, des harmonies vocales comme si Brian Wilson revenait au top de sa forme...

Pour info Skeletal lamping est sorti chez Polyvinyl records, le label de 31 Knots. Amen.
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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 16:01

Etrange album que ce You and me de The Walkmen. Etrange et passionnant. Avec les albums qui touchent l'âme, il est toujours difficile d'exprimer par des mots ce qu'on ressent à leur écoute ou les images que fait naître la musique. You and me n'échappe pas à cette règle. Dès les premières écoutes, je me suis dit qu'il tombait bien ce disque, au bon moment. L'automne, l'approche de noël, un temps particulier de l'année où se mêlent la fièvre due aux fêtes qui s'approchent, et la mélancolie de voir les beaux jours s'achever et le froid envahir tout, la nuit qui prend de plus en plus de place. Alors, oui, dans ce contexte il est parfait ce You and me : fiévreux et mélancolique, enregistré dans l'urgence, aux sonorités qui peuvent vous glacer le sang (la guitare nue de Flamingos qui réussit seule et en moins de deux minutes ce que tous les gars de chez Constellation tentent de faire sur des disques d'une plombe aux titres d'une prétention incommensurable - style : I left my town in a dark night so let the angels come back in - soit prendre toute la mesure de la solitude urbaine) et vous le réchauffer aussi sec, comme une bière glacée un soir de décembre.

La musique des Walkmen (dont je ne sais que très peu de choses, mais cela suffit : ils sont new yorkais, et c'est leur quatrième disque) est traversée de part en part de guitares aux sons bruts, pas nécessairement violentes, mais enregistrées sans fioritures, sans effets, comme tous les autres instruments d'ailleurs. On entend donc des morceaux qui semblent avoir été enregistrés à l'ancienne, au fond d'une salle de répétition. Et on se dit que finalement c'est comme ça que sonne une batterie ou une basse, dans la vraie vie. La vie sans pro tools, quoi.

On entre dans l'album par Donde esta la playa, (faudrait qu'ils m'expliquent ce titre tant leur univers est à des kilomètres de l'ambiance farniente). Le morceau a un refrain déglingué et la voix du chanteur s'impose comme une évidence : soit elle vous irritera au plus haut point, soit elle vous touchera en plein coeur. Le bonhomme chante comme un ivrogne qui titube mais auxquel il reste assez de force pour brailler, les yeux fixés droit devant, avec la morgue du type désespéré qui n'a besoin que du regard d'une fille ou la chaleur d'un bar pour à nouveau être plein d'espoir. Puis c'est Flamingos, et cette guitare glaçante, seule, et le chanteur n'a plus la force d'hurler. La nuit est tombée depuis longtemps sur une banlieue quelconque, et franchement, il fait froid partout. Je sais, ça donne pas envie dit comme ça, mais merde si votre truc c'est la compagnie créole... qu'y puis-je ?

Arrive ensuite un des sommets du disque : On the water : une basse entêtante, un crescendo maîtrisé, un lyrisme incroyable, le genre de truc qui vous empoigne et ne vous lâche plus, la tension qui  monte, qui éclate avec un orgue (limite orgue de foire) et tout s'emballe, bref, une merveille (ajoutée à la playlist). L'album gardera cette ligne de conduite tout du long : exalté, tendu... De temps en temps, les Walkmen baissent la lumière, et nous offrent une ballade sous une lune mexicaine, et c'est Red moon, avec ses cuivres magnifiques, ou Long time ahead of us où chaque instrument joue la retenue, va à l'essentiel. Pas un hasard si c'est déjà leur quatrième disque tant on sent une maturité incroyable dans les compositions du groupe. On pense souvent à The National, d'ailleurs, plus pour l'esprit que pour la forme. Les gars de The Walkmen n'ont pas peur de la simplicité, comme sur New country, où le chanteur n'est accompagné que d'une guitare électrique.

Long en bouche (14 titres), You and me se hisse sans problème parmi les grands disques de cette année (qui compte un paquet de grands disques), ce qui n'est pas peu dire. Et je sais déjà qu'il m'accompagnera pendant encore un bon moment, ce disque romantique, lyrique et fiévreux en diable.
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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 19:32


Une chose en amenant une autre, c'est au concert des 31 Knots que j'ai vu que le label Fargo organisait une soirée spéciale avec trois des groupes de leur catalogue : The Redwalls (que je ne connaissais pas), Jesse Sykes et Joseph Arthur et ses Lonely astronauts. A Rennes, en plus. Un saut de puce de mon palindrome.

Première bonne surprise : The Redwalls, des ricains qui s'évertuent avec bonheur à sonner comme les Beatles, les Stones et Dylan. Rien de neuf, donc. Mais franchement, un vendredi soir, une bière à la main... c'est juste excellent, sans prétentions, bref... cool. D'ailleurs les gars sont sympas, j'ai pu acheter le disque au batteur et à un des guitaristes, deux mecs ravis d'être pour la première fois en France. Avec dans le regard cette insouciance des jeunes qui vivent leur rêve éveillé, les yeux grands ouverts, la tête dans les étoiles. Un petit côté Beatles période "cave à Hamburg", quoi. Le disque est bon, même si ils pompent allègrement tous les grands sans vergogne. Du plagiat total, mais du bon boulot, idéal pour les virées en bagnole, l'été.

Après la surprise, la déception. J'attendais pas grand chose de Jesse Sykes dont j'avais aimé le premier disque puis que j'avais perdu de vue, mais là... c'était au mieux chiantissime au pire catastrophique. D'autant que la demoiselle a son caractère (disons qu'elle a l'air aussi aimable qu'une mormone tombée nez à nez avec une ampoule électrique) : "s'il vous plaît mettez des lumières rouges, je vous en prie" bah oui c'est sûr, avec des lumières rouges, tu vas tout de suite mieux jouer ! Non, le pire c'est que je guettais les morceaux de son premier album, et que les rares qui ont pris l'air ce soir-là ont été massacrés : boostés par un groupe de lourdingues qui montrent à quel point ils maîtrisent leurs instruments... Bravo, les gars, content pour vous.

Et puis, ce fut le tour de Joseph Arthur, pas dans un grand soir, mais le concert fut tout de même très bon, illuminé par le lyrisme du garçon et l'énergie de ses Lonely Astronauts. Première fois que je le voyais en concert, alors que j'écoute ses disques depuis plus de dix ans. Sa musique a beaucoup changé, comment pourrait-il en être autrement ? Il s'est trouvé un bon groupe, visiblement ravi de jouer avec lui, ces morceaux sont plus rock n'roll, plus stoniens, il semble moins recroquevillé et à la dérive. Pourtant, au détour d'une ballade, c'est bien le Joseph Arthur de Big city secrets et Come to where I come from que je retrouve, à nouveau hanté par ses démons.

Cette soirée aura eu le mérite de faire le point sur Fargo, et l'état d'une partie (infime, certes, et pas forcément ultra représentative) de l'américana 2008. Les trois groupes présents n'étant pas ce qui s'est fait de mieux cette année (m'enfin quelle année !), le concert n'aura pas été désagréable, loin de là. Rarement transcendant, quoique... Joseph Arthur a eu de grands moments... Et après tout, c'est déjà pas si mal.

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