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Cat Power et Judah Bauer aux Transmusicales


Depuis quelques temps, Chan Marshall ne se fait plus accompagner par le Memphis Rythm Band, mais par un groupe réduit à quatre, un clavier, une basse, une batterie et le grand Judah Bauer. Les Transmuscicales n'ont pas laissé passer l'occasion de réunir à nouveau ce groupe.C'était donc avec une grande impatience que j'attendais ce rendez-vous marquant la rencontre musicale entre un guitarise génial - Judah Bauer - et l'exceptionnelle Chan Marshall - alias Cat Power. L'attente ne fut pas vaine.

Les couleurs soul que donnait le Memphis Rythm Band à la musique de l'américaine ont laissé place à un blues du diable, mené de main de maître par un Judah Bauer au sommet de son art. Il était tout simplement incroyable hier soir. Le groupe dégotté par la belle n'était pas en reste. Le claviériste - un type immense, qu'on croirait sorti tout droit des Cure, et qui m'a bien fait marrer quand les roadies installaient le matos (il a passé son temps à se foutre de la gueule d'un Dj pathétique en ayant l'air de se dire : "mais sur quelle planète je vis là ?") - a installé, dès son entrée sur scène, une photo de Dylan sur son piano. Le concert commençait donc sous de bons auspices.

La set-list a fait la part belle aux relectures des morceaux de The Greatest, puis il y a eu une reprise fantastique du Satisfaction  des Stones. Seul bémol, la salle ne se prêtait pas du tout à la musique délivré par le groupe - un hangar. Bordel : un hangar ! Pourquoi reléguer la musique en périphérie, dans des hangars ? J'aurais rêvé voir ce concert dans un petit bar enfumé (tant qu'il y en a encore) et pas dans cet entrepôt.

Mais revenons à l'essentiel, la musique. J'ai eu l'impression de voir Dylan, de voir les Doors, de voir J.B. Lenoir, en tout cas j'ai vu des fantômes hier soir. Malgré les problèmes liés à la salle - Chan Marshall était quelque peu surprise de se retrouver dans un hangar et souhaitait que tout sonne plus brut - c'était divin. Impossible de résister : Judah Bauer a livré une prestation que je suis pas prêt d'oublier. Sans sourciller il dirigeait l'ensemble à la perfection, se faisant discret pour laisser la place à Chan Marshall, puis reprenant la main avec des riffs hallucinants, se mettant toute la salle dans sa poche. Comme à un concert du Blues Explosion, la sueur coule : "YEAH that's the sweat of the Blues Explosion" et je commence à taper du pied comme un dingue et à gueuler des Yeah ! Yeah ! Les musiciens prennent leur pied, ça se sent à des kilomètres.

A ce titre, le courant passe vraiment entre Judah et elle. Le truc c'est qu'elle a compris qu'elle était limitée comme musicienne (pas comme chanteuse) - ce qui a donné ce style intimiste bouleversant sur ses premiers enregistrements - et  qu'elle sait s'entourer en conséquence. Quand elle revisite la soul, elle prend le Memphis Rythm Band, et quand elle revisite le blues elle se dit : "autant demander au meilleur". C'est là que Judah Bauer rapplique. Les voir tous les deux sur scène est une chance. Elle n'aura pris qu'une seule fois sa guitare hier soir, oubliant même de passer sa lanière de guitare. Elle en jouera à genoux, le grand Judah la regardant - à genoux lui aussi - droit dans les yeux.

La musique populaire américaine, l'americana, la musique du sud profond, voilà ce qu'elle fait vivre, que ce soit avec le Memphis Rythm band ou avec Judah Bauer.
« Ce sont des ambiances du Sud où j'ai été élevée. Les histoires de mes ancêtres sur quatre générations, des petits Blancs pauvres et incultes, incapables de gravir l'échelle sociale, comme de souffler un peu : des vies difficiles.» Et quoi de mieux que le blues pour oublier tout ça ?
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