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Des quelques disques qui changent la vie (2) - Gabriel Fauré Requiem


Combien de fois vous êtes-vous attardé dans une salle obscure jusqu'à la toute fin du générique pour avoir une chance d'apercevoir le nom d'un artiste ou le titre d'un morceau que le réalisateur a choisi ?
Le cinéma est un vecteur de musique dément. J'ai pu ainsi découvrir énormément de musique, et notamment le magnifique Requiem de Gabriel Fauré, dans une salle obscure. Placé au début de La ligne rouge de Terrence Malick, In Paradisum, dernier mouvement du Requiem, venait illuminer les images des îles mélanésiennes. Je réentendai quelques jours plus tard ce même extrait, chanté à l'école de musique de ma ville. Le déclic se produisit rapidement, les connexions furent rapides - j'ai entendu cette merveille récemment, mais où bon Dieu ? J'y suis ! Terrence malick ! Un simple coup d'oeil au programme que je tenais dans les mains, et le nom de Fauré ainsi que le titre de l'oeuvre m'apparaissaient. Trouver un enregistrement de ce fameux Requiem ne fut qu'un jeu d'enfant puisqu'il était dans la discothèque de mes parents.

Cela faisait de longs mois que je n'avais pas réécouté cette oeuvre, et c'est en mettant la B.O. du dernier film de Jim Jarmusch que ce Requiem s'est rappelé à mon bon souvenir. Je sais ce que vous devez vous dire. Une messe des morts pour Noël, c'est pas l'idéal. Pourtant ce Requiem n'a rien de morbide, au contraire. Bien-sûr les tonalités sombres, pesantes du Introït et Kirie et de l'Offertoire peuvent refroidir au premier abord, mais le Requiem ne cesse de gagner en lumière, mouvement après mouvement. Les morceaux sont plus courts, et leur construction annonce la pop (non, je ne délire pas). Sanctus, avec ses choeurs et ses cuivres puissants et sa fin apaisée est un des sommets de ce chef-d'oeuvre. Puis vient le Pie Jesu qui me ferait chialer comme le plus pur Johnny Cash. Archi connu, utilisé à tort et à travers - genre pour vanter les mérites d'un scooter -, parfois utilisé intelligemment - par Jarmusch dans son dernier film -, ce morceau est un moment suspendu, hors du temps, qu'il est impossible de ne pas écouter religieusement.

Les notes élégiaques et la pureté des voix du In Paradisum qui clôt ce Requiem donnent un avant-goût du Paradis, et permettent d'envisager
la mort, pendant les trois minutes que dure ce morceau, sans en être effrayé.

Mais c'est encore Fauré lui-même qui parle le mieux de son Requiem : "Mon Requiem... on a dit qu'il n'exprimait pas l'effroi de la mort, quelqu'un l'a appelé une berceuse de la mort. Mais c'est ainsi que je sens la mort, comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d'au-delà, plutôt que comme un passage douloureux."
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