Le temps m'a manqué toute l'année. Avoir une journée à préparer chaque semaine m'a conduit à ne vivre qu'un micro-cycle dont la révolution était toujours trop courte, trop rapide : un perpétuel retour au même, mêmes interrogations, mêmes rituels, mêmes lectures (les programmes), même rythme, un peu comme une ellipse dans un film (les images qui s'accélèrent, et les jours qui défilent un à un en quelques secondes), avec cette sensation de n'avoir aucune prise sur les événements. Le climax de la semaine se situait toujours le lundi soir et le mardi, jour du stage, puis la pression retombait quelques jours pour repartir de plus belle jusqu'au prochain lundi, et ainsi de suite, comme un énorme foutu battement de coeur passé à l'électrocardiogramme et grossit mille fois. Le moment est donc venu, pour moi, de prendre mon temps.
Et le cinéma, en ce moment, semble vouloir faire de même. Zodiac de Fincher, et Death Proof de Tarantino en sont des exemples. Au grand dam de bon nombre de spectateurs américains qui ont boudé ces deux films. Dans Zodiac, Fincher filme l'obsession d'un jeune dessinateur pour percer le mystère d'un tueur en série. L'action se déroule sur vingt ans, et le cinéaste prend tout son temps, justement (2h30 de film), pour rendre palpable cette obsession qui finit par ronger ce type et lui bousiller sa vie. Il évite tous les pièges de ce genre de film : pas de pseudo analyses psychologisantes sur le tueur et ses motivations, pas de scènes de meurtres toutes les cinq minutes. Au contraire, et c'est sans doute pour ça que les gens ressortent déçus du film, Fincher filme l'enquête, méticuleusement et détourne les codes du genre. Là où les films et maintenant les séries (sur un format encore plus court) adoptent ce sacro-saint déroulement classique (meurtre, enquête, indices, recoupements, premier suspect, rebondissement, puis découverte du vrai coupable), Fincher ne fait qu'additionner des moments insignifiants de collations de témoignages qui ne mènent qu'à des impasses, à des frustrations. Au bout d'une heure de film on sait déjà que ces types ne retrouveront jamais ce Zodiac. Voilà le hic : avec des spectateurs gavés d'épisodes des Experts, ça ne passe pas. Il a commis un crime de lèse-majesté : faire un long film sur la frustration. Un film frustrant. Et alors ? La frustration est un sentiment passionnant, qu'on partage tous, mais les gens n'en veulent pas au cinéma. Evidemment, le fait de l'avoir traité en 2h30 est très intelligent. Comment faire ressentir ce sentiment en seulement 1h30 ?
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J'ai toujours adoré les films qui prennent leur temps, qui font du temps une donnée essentielle, qui travaille même sur cette notion, de Dead man, à Il était une fois en Amérique, en passant par Les sept samouraïs ou Apocalypse now. Il faut que je sorte de la réalité, et pour ça il me faut une bonne histoire, et un type qui sait exactement en combien de temps il va me la raconter. Dans les bonus de L'impasse, De Palma explique que la scène dans le bar au début du film - scène dans laquelle Pacino, qui accompagne son neveu livrer de l'argent à un dealer, comprend que ça va mal tourner et qu'il doit rapidement trouver un moyen de s'en sortir - était considérée comme trop longue par les producteurs. Avant d'ajouter : "c'est quand ils m'ont dit ça que j'ai compris qu'elle ne l'était pas assez !". Finalement, le résultat est parfait : la tension s'installe insidueusement et il est impossible de détacher les yeux ne serait-ce qu'une seconde des mouvements de Pacino autour du billard.
Prenez Apocalypse now, par exemple, les amis. Au bout d'un moment on finit par vraiment être sur ce bateau le long du fleuve, complètement pris par l'atmosphère, l'histoire, prêts à trouver ce fameux Kurtz. De même, dans le dernier Tarantino, j'étais dans ce bar, à boire un coup entre les filles et le Kurt Russel, dans un coin - tellement cette scène du bar s'étire, investit le lieu, le rend crédible, réel, tellement le cinéaste vous fait croire que "oui, vous connaissez ce bar, vous pourriez y boire, et discuter avec les serveuses". Bizarrement le schéma du film - deux parties symétriques, en miroir, chacune d'elles étant constituée de scènes dialoguées puis de l'irruption violente de l'action, brève et sèche - m'a rappelé mon année : soit une succession de jours de préparation pour arriver à l'action (le stage), puis retour au même. Mais je m'égare, là.
Ces films (Zodiac et Death proof)sont-ils annonciateurs de quelque chose de différent ? D'un cinéma qui n'aurait plus peur de prendre son temps comme Sergio Leone savait si bien le faire ? Ou alors ce ne sont que des cas isolés, qui souffrent déjà de la désaffection du public, gavé de format 55 minutes des séries (toutes cultes avant même qu'un seul pékin ait pu les voir) ? Hey, j'ai pas la réponse, bien-sûr ! Mais vous vous doutez bien quelle option aurait ma préférence, non ?
Hey, ça n\\\'a pas l\\\'air facile tous les jours la vie de prof des écoles !!! Encore un fonctionnaire trop-payé-et-qui-ne-fait-rien-de-ses-journées (on connaît la chanson) qui se plaint ! Non, je plaisante bien sûr ! La vérité de l\\\'année pendant laquelle un prof est stagiaire, c\\\'est que l\\\'Institution de formation (je ne l\\\'écris pas, ça me donne des boutons maintenant lorsque j\\\'en parle explicitement !) met une pression inutile sur les futurs profs. Cette pression est inversement proportionnelle à la disponibilité et au niveau de compétences de la majorité des "formateurs", alors que ce sont, de mon point de vue, des éléments essentiels d\\\'une véritable formation, et non d\\\'un "lâcher" dans le nature, amplement justifié par des "formateurs" qui martèlent qu\\\'il n\\\'y a pas de recettes (et qui se cachent derrière cette formule) !Bref, je m\\\'égare, et vous pouvez voir que mon ressentiement est encore fort, même un an après cette pseudo formation aux métiers de l\\\'enseignement.Je voulais tout simplement dire que j\\\'te kiffais à donf mon vieux Toc quand tu dis que tu aimes ce cinéma qui prend son temps ! Ce cinéma qui respire, qui vit, qui ne cherche pas à remplir chaque minute, chaque seconde de bande par un fait plus intense que celui de la seconde précédente...par du vent en fait !! Mais ça fait vendre puisque c\\\'est dans l\\\'air du temps de montrer un monde tout speed !Change pas t\\\'es le meilleur mon vieux Toc !