
Le festival malouin
La route du rock se tenait comme chaque année sur plusieurs sites et notamment au Fort-de-Saint-Père. Rendez-vous était donc pris avec les écossais de belle and Sebastian et avec la belle Chan Marshall (Cat Power) et son groupe de vieux de la vieille.
Belle and sebastian nous a sorti un très bon concert, le groupe était détendu, visiblement heureux d'être là (remarquez il y a pire : le site est vraiment beau) et Stuart Murdoch nous a gratifié de danses comment dire... fort sympathiques ! Un clin d'oeil à Truffaut, quelques morceaux piochés aussi bien dans le dernier album que dans leur chef-d'oeuvre
If you are feeling sinister et une heure plus tard, le groupe quitta la scène sous les ovations bien mérités du public malouin.
J'ai toujours adoré Cat Power, celle des débuts, torturée à souhait, sombre et triste à pleurer. Celle de
What would the community think ? Mais aussi celle de maintenant. 2006. Celle qui se paye le luxe de prendre le Memphis rythm band comme groupe et qui se met à enregistrer des morceaux de soul et de blues typiquement sud américain. J'ai toujours tenu cette artiste pour une des plus importantes qui soit. Une des plus précieuses. Une fille qui sort un dvd d'elle en plan fixe, où on la voit à peine, en train de chanter au milieu des arbres. A l'heure du zapping et de MTV c'est culotté, non ?
Bref, c'était avec impatience que j'attendais son concert. Je connaissais la réputation désastreuse de la demoiselle. Ingérable, concerts bâclés, alcoolisme. L'arrivée des musiciens sans Chan marshall n'a rien fait pour me rassurer. Ils entament un premier morceau instrumental, excellent. Le groupe joue très détendu, il y a une section de cuivres (sax et trompette), deux choristes et un ensemble de cordes (violon, violoncelle) ce qui laisse augurer le meilleur - si jamais la belle monte sur scène... Un deuxième morceau, toujours sans Cat Power et là franchement je n'y crois plus. D'autant qu'à la fin du morceau un type se pointe pour faire une annonce au micro. Mais, miracle, on entend résonner "ladies and gentlemen please welcome Cat Power !"
Chan Marshall arrive, rayonnante, nous gratifie de quelques pas de danse, et attaque "the greatest" titre éponyme de son dernier album. A partir de ce moment, je ne touche plus terre. Sa voix est magnifique, le son est parfait. Le concert est magique. Défilent les titres de
The greatest, dont le phénoménal
Lived in bars et le splendide
Where is my love ? Mais comme tous les moments d'exception, tout va trop vite et voilà déjà le groupe qui quitte la scène. Heureusement ils cèdent juste la place à Cat Power pour quelques titres dont une reprise méconnaissable de Ray Charles (
Hit the road Jack) dans la veine de son génial album de reprises
The covers record. Elle nous offre aussi
I don't blame you seule au piano, de là où je suis je vois tous les musiciens en coulisse qui n'en perdent pas une miette.
Puis le Memphis rythm band revient, et le concert s'achève avec
Love and communication, dans une version violente, dantesque. C'est l'heure des au-revoirs, et le groupe vient enlacer la belle et chanter un vieux traditionnel en choeur autour du micro. Dire que tout ça m'a bouleversé ne serait qu'un doux euphémisme. J'ai vu, ce soir-là, la plus grande artiste américaine en activité. Pas moins. Depuis, je réécoute inlassablement ces disques, dont le dernier, qui a pris une autre dimension après ce fameux soir.