
Alors que Thom Yorke s'échappe en solo pour la première fois avec
The Eraser, et qu'on est sans nouvelles de Radiohead depuis 2003 et le somptueux
Hail to the thief, la grande question semble être : où en est le quintette d'Oxford ? Mais moi je me demande plutôt où j'en suis avec Radiohead.
Ils m'accompagnent depuis 97, année de la sortie d'
Ok computer, disque que j'ai écouté en boucle pendant environ un an. Et que j'ai du mal à réécouter en entier aujourd'hui. J'ai ensuite remonté le fil de leur discographie. D'abord
The Bends, avec ses chansons crève-coeur comme
Fake plastic trees ou
Bullet proof, puis
Pablo Honey, album dénigré, alors que je trouve les morceaux fabuleux, avec des riffs tranchants, un lyrisme fiévreux, et un Thom yorke déjà sûr de sa voix. Et puis il y a Creep, non ?
Durant cette même période (disons 97-98) je suis devenu obsédé par leur musique. J'ai pu me procurer une VHS (humm qui se souvient ?) d'un de leur concert pour le lancement d'
Ok computer. La set-list balançait donc entre des titres de
The Bends et d'
Ok computer. A l'époque je n'étais allé à aucun concert de rock, alors voir ces cinq types jouer comme si leur vie en dépendait, voir Johnny Greenwood, avec sa mèche cachant son visage, torturer sa guitare, l'attaquer, passer aux claviers, la reprendre pour mieux lui faire sortir des sons incroyables, voir Colin Greenwood, l'aîné, soutenir l'ensemble avec ses parties de basse métronomiques collé à Phil Selway, le batteur, presque les yeux dans les yeux, la charpente de Radiohead, voir Ed O'Brien, trop grand et trop beau, violenter lui aussi sa guitare, assurer quelques choeurs, toiser le public avec un regard de possédé, et enfin voir Thom Yorke, halluciné, chanter comme un illuminé des trucs comme "je préférerai être mort" ou "pas d'alarmes, pas de surprises s'il vous plaît" m'a franchement foutu la tête à l'envers.
Depuis, on a oublié ce qu'était une VHS, et Radiohead a poursuivi un chemin connu des seuls membres du groupe, déstructurant des morceaux toujours aussi fascinants, prenant de court à peu près tout le monde en sortant avec le dyptique
Kid A /
Amnsesiac, des albums teintés d'électro glaçante, froids et pas très accessibles. Avant de les magnifier sur scène en inventant pour le coup un vrai son, à la fois humain, organique, mais avec une musique de fin du monde, une musique de paranoiaque. Idéal pour un passage dans le 21e siècle. Mais pendant cette nouvelle période, je n'étais pas vraiment là (je n'ai d'ailleurs acheté leurs trois derniers albums que récemment). Pourtant je suivais leurs efforts, et je connaissais par coeur
Kid A et
Amnesiac. J'ai eu du mal comme tout le monde avec ce nouveau virage, mais les concerts donnés par le groupe à l'époque m'ont permis de mieux comprendre où ils voulaient en venir. Et puis avec des morceaux sublimes comme
Pyramid song,
Everything in its right place ou
You and whose army ? comment résister ?
2003. L'année de Radiohead.
Hail to the thief est encensé partout. Numéro 1 en France, aux Etats-Unis, et Dieu sait où. Plus accessible que les précédents, il offre une synthèse parfaite de ce que le groupe sait faire de mieux. Un best-of génial puisque inédit. C'est aussi cette même année que je les verrais enfin sur scène, aux Eurocks. Concert magique, ils jouent
Kid A et une reprise de Neil Young,
After the gold rush et me mettent à genoux une nouvelle fois.
Alors, quel est le problème ? Pas de disque à l'horizon, si ce n'est l'effort solo de Yorke, et depuis 2003 ça commence à faire long. Pas de contrat avec une maison de disque et des gros doutes chez nos amis d'Oxford. Doutes palpables lors de la tournée 2006, et notamment lors du concert à Pukkelpop (mon deuxième concert de Radiohead). Le groupe y a joué un show millimétré, sans âme, avec une set-list tellement calibrée festival que ça en devenait une caricature. Et puis ce sentiment diffus depuis la sortie d'
Hail to the thief : je n'attends plus rien d'eux. Quinze ans de carrière, une intégrité constante, une musique démente, et ce dernier disque, magnifique. Que pourrait-il me donner de plus ? Malgré tout, les inédites qui ont pu prendre l'air en Belgique (2 ou 3 seulement) m'ont paru fantastiques. Je n'attends donc plus avec impatience le prochain Radiohead (ou en tout cas plus avec la même impatience), tout en sachant que je l'écouterai, en prenant le temps nécessaire. Et puis qui sait, avec des types talentueux comme eux ?
Finalement, où j'en suis avec Radiohead ? Je suis dans l'expectative.