


Qui n'a jamais vu un épisode de Seinfeld ne peut pas vraiment savoir comment s'ouvre une porte.
Seinfeld est une sitcom américaine qui compte neuf saisons et qui a pour personnages principaux Jerry Seinfeld, comique de stand-up dans son propre rôle, Georges, chauve rondouillard et binoclard, loser hypocondriaque, Hélène, ex de Jerry plutôt frustrée et enfin Kramer, voisin de Jerry, pique-assiette, sans travail, toujours en train d'inventer des trucs voués à l'échec (au hasard, une entreprise de pousse-pousse à New York, une pizzeria où c'est au client de faire sa pizza, ou encore un parfum qui sent la mer). Pour donner un ordre d'idée du phénomène que cette série représentait outre Atlantique, il suffit de préciser que Seinfeld s'est vu proposer 5 millions de dollars par épisode pour rempiler pour une dixième saison, ce qu'il refusa. Aux Etats-Unis cette série est plus adulée que Friends.
Première série qui ne parle de rien, Seinfeld tourne autour du quotidien de ces quatre anti-héros. Tout repose donc sur des dialogues ciselés et rythmés à se tordre de rire et sur le jeu des acteurs. Un exemple : essayez de faire rire avec un épisode de 20 minutes avec 3 acteurs dans une salle d'attente d'un restaurant chinois... pas facile, non ? Eh bien voilà ce que Jerry Seinfeld et sa bande ont su faire à merveille pendant 9 saisons. L'idée de départ était d'offrir à Seinfeld, comique dont la notoriété allait grandissante, un show télé. La belle affaire. Mais que proposer à la chaîne de télé ? Larry David, ami de Seinfeld eut alors la brillante idée de dire à Jerry : et si on se contentait de pondre des dialogues calqués sur nos conversations, des trucs insignifiants qu'on pourait développer, des choses quotidiennes presque banales ? La série était lancée, le ton trouvé et voilà comment est née ce qui est, à mon avis, une des séries les plus drôles qui soit.
Quelques lieux servent de décor : le café du coin, un restaurant, l'appart de Jerry. Tout ça à New York. Les personnages sont tous plus ou moins lâches, manipulateurs, calculateurs, radins, menteurs (excepté Kramer et Seinfeld, quoique), bref, adorables ! Ils sont juste moyens et ça fait du bien. Les situations sont on ne peut plus banales : problèmes d'appartement, de voisinage, comment sortir avec une collègue de bureau, etc.
Il va de soit que tous les acteurs sont brillants, à commencer par Seinfeld : ironique, mordant il passe son temps à écouter les mésaventures de Georges et à le conseiller plus ou moins judicieusement. Julia Louis-Dreyfus, qui joue Hélène, est excellente : avec un phrasé pas possible (ah oui ne regardez surtout pas la VF qui est désastreuse) elle campe une femme à la fois frustrée et déterminée, qui se plante toujours lors de ses rendez-vous et qui, bien-sûr, est typiquement new yorkaise à savoir qu'elle vendrait père et mère pour avoir un appart plus grand. Jason Alexander interprète parfaitement Georges, le loser par excellence. Doté d'un physique, comment dire... pas facile, il est incapable d'avoir une vie sociale ou sexuelle, et a visiblement eu des soucis avec sa mère. Autant dire que chacune de ses répliques est hilarante.
Mais, il faut bien l'avouer, les personnages de séries c'est comme quand on a des gosses, on devrait pas le dire mais on en préfère toujours un, celui ou celle dont on pense qu'il/elle ira le plus loin, ou plus simplement celui ou celle qui est le/la moins moche du lot. (oh ! comment ose-t-il dire ça ? Hey ! soyez pas hypocrites !) Eh bien pour Seinfeld, c'est pareil. La série ne serait pas ce qu'elle est sans Kramer. Personnage ovni joué par le génial Michael Richards, Kramer est le voisin que je rêve d'avoir, et mon personnage préféré, ça va de soi.
Comment décrire ce type ? Par où commencer ? Peut-être en précisant qu'il existe vraiment,
dans la vraie vie, et qu'il porte le même nom (en fait Kramer - le vrai - était le voisin de Larry David), ce qui me remplit de joie. Disons que je suis heureux que ce genre de personnage existe vraiment (j'espère d'ailleurs sincèrement qu'il y a aussi des types comme Lebowski dans ce bas monde). Jerry Seinfeld, dans un des épisodes de la saison 2 lui dit carrément qu'il n'est pas humain, qu'il est une sorte de plante. Maladroit, portant des pantalons bien trop courts, des chaussettes le plus souvent blanches avec des chaussures de ville (et je jure devant Dieu - hum - que ça lui va, ce qui en fait le seul homme au monde à pouvoir faire ça sans avoir l'air idiot), Kramer passe son temps à piller le frigo de Seinfeld, sans sourciller. Michael Richards est certainement le type au monde qui me fait le plus rire. Il a inventé ce personnage hors du commun, profondément attachant, toujours dans son monde. Le genre de type capable de sortir des répliques comme ça : " Mon ami Bob Sacamano a fait fortune avec le jokari. C'est lui qui a eu l'idée de l'élastique. Avant on tapait dans la balle et elle s'envolait ! "
Mais surtout, cet acteur est capable de me faire hurler de rire rien qu'en ouvrant une porte. Chaque ouverture de porte de Kramer est un micro-événement dans les 20 minutes d'épisode ! J'ai lu quelque part qu'il ouvre 252 fois la porte de l'appart de Seinfeld sur la totalité des saisons. 252 fois ! Et je suis sûr qu'il trouve un truc à chaque fois. Ce sont les meilleures entrées possibles. A la fois souples et violentes, jamais maîtrisées, théâtralisées à l'extrême et pourtant
cool. Depuis j'essaye en vain d'ouvrir des portes comme lui, mais n'est pas Kramer qui veut. J'essaye pourtant, mais je n'y arrive pas ! Comment faire pour glisser comme il le fait ? Pour avoir l'air toujours survolté et surpris, enfin pour avoir l'air aussi
cool ?
Voilà la quintessence même de cette série : arriver à faire rire avec un mec qui ouvre une porte ! Du génie, je vous dis.