
Le bowling, contrairement à ce qu'on peut penser, est bien plus qu'un jeu de quilles amélioré. Enfin pour un dénommé Lebowski, en tous cas, le bowling est un art, mieux : un art de vivre.
Dans mon palindrome d'adoption (Laval pour faire simple), il y a un bowling. Mais attention, pas le genre de bowling qu'on peut voir dans
The Big Lebowski, non, un bowling français. On n'imaginerait pas du Base-ball en France, et pour cause : on n'y comprendrait rien et c'est tellement américain (américain c'est un gros mot en France, allez savoir pourquoi) qu'on préfère le leur laisser. Et pourtant les Bowling poussent comme des champignons par chez nous.
Seulement voilà, il y a le bowling tel qu'on le conçoit en France - ou au moins à Laval (mais il n'y a pas de raison que ce soit si différent ailleurs) - et le bowling tel que le conçoivent les Américains.
Chez les frères Coen, on y voit des joueurs ultra concentrés, soigner leurs gestes, noter leurs points, chérissant leur boule comme si elle était la prunelle de leurs yeux. Et on y voit aussi des types comme l'inénarrable Jésus avec sa combinaison violette, sa résille dans les cheveux et sa façon très personnelle de faire corps avec la boule, ou encore Walter capable de brandir son flingue en pleine partie parce qu'un de ses adversaires a mordu la ligne. Bref, des fondus, complètement possédés.

En France, on est loin de cet engouement, mais paradoxalement les Bowling se portent plutôt bien. Essayez de vous pointer après 22h et vous avez le droit à 1h d'attente minimum pour avoir une piste. Seulement, il y a quelque chose qui cloche : je n'y ai encore jamais croisé de Jésus, de Walter ou de Lebowski, on ne calcule pas ses points, c'est un écran qui vous indique tout : quand jouer et votre score, si on mord la ligne, une cellule l'indique à l'ordinateur et le lancer est annulé et je ne compte plus le nombre de joueurs qui regagnent leur place sans même regarder la fin de la trajectoire de leur boule ! Mais il y a pire : dès 22h - parfois même avant - l'endroit se transforme en boîte de nuit, l'éclairage baisse, on n'y voit plus rien et, avant qu'on ait pu dire quoi que ce soit, une énième daube musicale vient violenter nos oreilles. Je pensais naïvement qu'un bowling restait un bowling. Eh bien non, pas en France. Comme si le bowling ne pouvait pas se suffire à lui-même. J'entends d'ici Walter s'énerver et tâter la poche de son manteau à la recherche de son flingue.
Le voilà le problème : en France le bowling doit être considéré comme une distraction, alors que pour Lebowski, Walter, Jésus et les autres c'est un art et le pratiquer c'est rentrer en profession de foi. Moi qui croyait pouvoir croiser ce genre de personnages au bowling de Laval ! Des types qui ont leur propre boule, des types qui font la sieste avec une cassette de bruits de boules frappant les quilles (un peu comme ces cassettes d'ambiance que les gens achètent parfois pour mieux dormir, genre chants de baleine, ou bruits de la ville pour ceux qui ne peuvent plus dormir s'il n' y a pas de bruits autour d'eux !), des types dont les rêves ne sont que bowling, gestes parfaits, strikes.
Allez, je ne deséspère pas de voir un jour ou l'autre un de ces gars. Et qui sait on fera peut-être une partie ensemble ? Et, promis, je me mettrai un zéro si je mords la ligne.