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La voix de Billie Holiday


Je suis dans le train qui me ramène à Laval, un peu assommé par la fatigue et abruti d'avance par les quelques six heures de voyage qu'il me reste. Je prends mon discman (une sorte de vieux baladeur pour cd vous vous souvenez ?) et j'y glisse un de mes derniers achats, Lady in satin de Billie Holiday, sorti en 1958, peu avant sa mort. C'est une réédition de chez Columbia, ce qui est toujours la garantie d'un travail soigné, tant sur le son que sur les notes de pochette. Avant de l'écouter, je feuillete le livret, heureux de retrouver ces belles photos en noir et blanc de studio, typiques des année 50 et 60, qu'on retrouve dans toutes les pochettes du catalogue Columbia, de Bob Dylan à Miles Davis. Puis je me rappelle le choc que j'ai ressenti la première fois que j'ai écouté Strange Fruit en espérant la même émotion à l'écoute de cet album.

Je me prépare donc à me soustraire du bruit incessant des voyageurs (portables collés aux oreilles à brailler des "ouais je suis dans le train") et à écouter la voix de Bille Holiday au casque, en tête à tête. Rien de tel qu'une première écoute au casque. Beaucoup moins d'éléments m'échappent. Et là, je dois dire que l'attente suscitée par ce disque n'aura pas été vaine. Le premier morceau I'm a fool to want you est saisissant. La voix de Billie Holiday est d'une tristesse sans fond, magnifique. J'entends sa respiration entre les phrases, et je suis pas loin d'en chialer (mais je ne pleure pas : question de principe). Après un tel morceau je sais, sans même avoir écouté le disque en entier, que c'est un chef-d'oeuvre. Ray Ellis a composé un véritable écrin sur lequel vient se poser la voix de Lady Day, tout en cordes et en cuivres caressants. Evidemment, je remets tout de suite ce morceau, guettant chaque inflexion de voix, chaque respiration, couverts par l'orchestre. Apparemment pas mal de gens habitués aux premiers enregistrements de Billie Holiday ont trouvé cet album ennuyeux - trop orchestré, pas assez jazz. Le producteur Irving Townsend, dans les notes de pochette, tranche : oui c'est du jazz, peu importe qu'il soit enrobé de cordes, c'est Lady day qui chante, alors il ne peut en être autrement.

Au fait, la chanteuse considérait ce disque comme son meilleur.
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