Deuxième film londonien pour Woody Allen, et deuxième collaboration avec la divine Scarlett Johansson, Scoop est un Woody pur jus, léger, drôle, impeccable en fait. Rien de nouveau, il a toujours son personnage de binoclard loser, névrosé, bégayant et maladroit, il sort toujours deux-trois vannes sur les Juifs et le tout dans un timing parfait. Une heure trente de film, pas le temps de s'ennuyer, un peu de joie de vivre.
Avec ce film on a le côté pile de Woody : la comédie légère, intelligente, alors qu'avec Match Point, on avait le côté face : cynique et immoral (amoral ?) : pas un hasard si la belle Scarlett meurt dans Match Point et s'en sort, souriante, dans Scoop. Pas un hasard non plus si Woody ne joue pas dans Match Point. Côté face, il n'y a pas de place pour l'innocence de son personnage.
Je n'arrive pas à savoir quel Woody je préfère, celui côté pile, ou celui côté face. Je pense que ça n'a pas d'importance, comme quand on vous demande de choisir entre Lennon et Mac Cartney : l'un ne va pas sans l'autre, c'est pourtant pas si difficile à comprendre.
Quoi qu'il en soit, ses deux derniers films sont des vraies réussites et l'arrivée de Scarlett Johansson n'y est pas étrangère. Cette fille a décidément du talent - et du goût. Elle a tourné dans la merveille de Sofia Coppola Lost in translation, elle est dans le dernier clip de Bob Dylan et elle va même sortir un disque de reprises de Tom Waits ! La classe.
Un autre trait d'union relie ses deux films : la bourgeoisie. Attention pas la bourgeoisie des parvenus qui semblent oublier d'où ils sont partis, non. La bourgeoisie séculaire (Peter Lyman s'empresse de dire à Scarlett que le domaine de sa famille a 400 ans). La bourgeoisie de sang. Woody Allen clame à longueur d'interviews qu'il est un type normal, qui ne vit pas que pour son cinéma, un type qui s'arrête de tourner à 18h et qui se passionne pour le championnat de base-ball. Loin des préoccupations de la bourgeoisie, donc. Pourtant de toute évidence elle le fascine, ce qui n'est guère étonnant. Je suis prêt à admettre que la bourgeoisie est indifférente à pas mal de monde, mais elle est un cadre idéal à certaines histoires, qu'elles soient légères ici, ou sombres là (Match Point) puisque détachée des contingences matérielles. Woody Allen ne plante pas sa caméra dans ce milieu pour le juger mais bien parce qu'il permet à une histoire de se déployer sans avoir à se dépêtrer au préalable des tracas quotidiens. Quand vous n'avez pas à vous soucier de remplir votre frigo, vous avez le temps pour l'essentiel : l'amour, ou courir après un scoop.
Dans La rose pourpre du Caire un de ses plus beaux films, Mia Farrow est pauvre et s'échappe de la réalité grâce au cinéma. Avec Scoop, Woody Allen a réalisé un film pour les Mia Farrow de ce bas-monde.