Ce disque m'a suivi tout le long du lycée, de mes 15 ans à mes 17 ans. Inusable, il était le pote vers qui me tourner quand le besoin se faisait sentir. Il avait assez de rage pour contenir la mienne, assez de mélancolie pour faire écho à la mienne, assez de beautés pour faire oublier la laideur autour, assez de mélodies pour faire taire la médiocrité autour. Il est l'oeuvre d'un génie, Billy Corgan, qui a su trouver en lui le talent nécessaire pour venir à bout de ce disque fleuve.
Mais je vais essayer de procéder dans l'ordre. Pour commencer, donc, il y a la pochette. Les Pumpkins ont toujours eu le plus profond respect pour les personnes qui achètent leurs disques ou des tickets pour leurs concerts, leurs pochettes sont des modèles, celle de Mellon Collie est magnifique. Peuplée de lapins jouant au base-ball ou fumant le narguilé, de chats en train de se marier, elle présente aussi un petit dessin (un genre de gravure) pour chaque morceau, ainsi que toutes les paroles, ce qui permet de se rendre compte de l'imagination sans limite qui a irrigué le cerveau de Corgan tout au long de l'enregistrement du disque. Elle permet surtout de rentrer directement dans l'univers particulier des Pumpkins, à la fois enfantin et sombre.
Surtout, il y a la musique. Et là, quand on a 15 ans, il faut déjà un certain temps pour digérer ce double-album, ces près de 2h de musique, ces 28 morceaux... pourtant j'étais pas non plus un de ces gosses qui carburaient aux cds 2 titres (j'en ai acheté comme tout le monde, cela dit). Mais la somme que représente ce disque m'impressionnait - et m'impressionne toujours d'ailleurs. Se décider à l'écouter, c'est prévoir deux bonnes heures, deux heures pendant lesquelles on se soustrait du monde réel, deux heures intenses pendant lesquelles Billy le sorcier va me faire passer par tous les états : en colère, amoureux, rêveur, euphorique...
Dès l'ouverture de l'album (le premier cd s'appelle Dawn to dusk, le second Twilight to starlight), et alors que je m'attendais à des décharges furieuses, les Smashing Pumpkins jouent la carte de la sobriété avec une mélodie délicate jouée au piano - première surprise. Puis arrive Tonight tonight et là, impossible de ne pas parler de Jimmy Chamberlin, le batteur, qui est tout simplement fabuleux, et qui joue de son instrument avec une force et une intelligence impressionnantes. Il est la clé de voûte du son Pumpkins, celui qui fait décoller les morceaux de Corgan, il est celui qui fait parler la poudre, qui tape à 300 à l'heure, mais aussi celui qui sait faire simple au bon moment, comme la rythmique de Lily (my one and only), il est celui qui marque les esprits, tout simplement. Tonight Tonight est le premier chef-d'oeuvre de cet album. Les cordes sont impériales, la mélodie limpide, le final à couper le souffle. Le clip du morceau est un hommage émouvant à Méliès, au cinéma du début, avec des décors en carton-pâte et une imagination débordante, naïve. Puis Jellybelly remet les pendules à l'heure : les grosses guitares sont de retour. Zero confirme la tendance. Ce morceau, qui sortira en single, montre un Corgan au sommet du dégoût de soi ("I'm your zero") et pourtant malgré la violence du morceau, on peut dire que c'est une chanson d'amour "she's all i really need, she's my one and only". Les moceaux s'enchaînent et on arrive au sixième, sorti lui aussi en single, Bullet with butterfly wings : trois singles en six morceaux, pas mal, non ?
La violence éclate avec An ode to no one et le menaçant Love, avant l'apaisement par le rêve : Cupid de locke, morceau hallucinant de beauté. Une harpe magique l'enveloppe, et ce bon vieux Billy termine en murmurant le mot "love". Je me souviendrais toujours du choc esthétique que j'ai ressenti à l'écoute de ce morceau, l'impression de flotter, la chair de poule, la certitude de tenir là un des plus beaux moments de musique.
Le premier cd, comme le second d'ailleurs, s'achève par une douceur signée James Iha, le guitariste effacé du groupe. Juste le temps de reprendre ses esprits, avant de s'en remettre plein les oreilles avec la deuxième galette. Sortir un double-album réussi de bout en bout n'est pas chose aisée, ce n'est pas donné à tout le monde. Mais l'entreprise n'a pas découragé Corgan, au sommet de son art. Twilight to starlight commence donc aussi violemment que Dawn to dusk avait terminé calmement. Where boys fear to tread et Bodies sont sans concessions, et le constat est sans appel : "love is suicide" hurle Corgan sur Bodies. Puis, comme dans Dawn to dusk, le calme arrive après la tempête, avec des morceaux comme Thirty-three, sorti en single, In the arms of sleep et surtout 1979, peut-être un des plus gros succès du groupe, morceau que Beside avait repris en son temps (eh oui les amis !) et qui a donné lieu à un projet du Bill que je suis absolument vert d'avoir loupé.
Twilight to starlight est tout aussi schyzophrène que Dawn to dusk : violent, sombre il est aussi apaisé, malicieux (We only come out at night) mélancolique. Stumbleine est une ballade folk, nue, désespérée, alors que le morceau qui suit, x.y.u, est certainement le plus abrasif du disque, sept minutes de métal surchauffé, de rage trop longtemps contenue et qui déborde. Un truc à vous lessiver le crâne. A souffler le chaud et froid, Corgan déboussole, rend dingue, maintient la vigilance au plus haut. Puis vient We only come out at night et le temps est définitivement à l'apaisement, à la poésie, et aux adieux : Farewell and goodnight, on espère que ça vous a plu. Corgan a encore quelques perles en réserve, dont le somptueux Lily (my one and only) un peu bancal et tellement touchant : '"i can't hardly wait till i see her". Puis les Pumpkins nous font un dernier signe de la main, même D'arcy vient chanter, avec Iha et Corgan et on n'a pas envie que ça s'arrête. Pourtant le même piano que celui du premier morceau résonne de nouveau, la boucle est bouclée et il est vraiment l'heure de se quitter.
Pour un gosse de 15 ans, ce disque prenait l'allure d'un chef-d'oeuvre monstrueux, orgiaque, qui vrillait les tympans, un labyrinthe où l'on croisait pêle-mêle le lapin d'Alice, des vampires, Méliès, des vastes océans. Il devenait le symbole de tout ce que doit être la musique : riche, variée, belle et profonde, crue et violente, habitée. Pour un gosse de 15 ans, écouter We only come out at night c'était les mercredis après-midi pluvieux, écouter x.y.u c'était se plaire à se foutre les jetons, écouter Bodies c'était hurler "love is suicide" à en perdre haleine, écouter Farewell and goodnight c'était entendre le piano de la fin et avoir envie de remettre l'album une fois de plus, pour deux nouvelles heures loin de tout.
J'aurais toujours 15 ans quand j'écouterais Mellon Collie and the Infinite sadness. Ce disque fait partie de moi.
Hey !!<br />
Les Smashing Pumpkins nouvelle formule donneront leur tout premier concert depuis la reformation à...<br />
<br />
<br />
PARIIIIIIIS !!!!<br />
Au Grand Rex le 22 mai !!! Places en ventes le 11 avril... Evidemment j'y serai ;-)
<br />
Hey freretoc !!<br />
Je dois avouer que je partage ton analyse de ce fabuleux double-album !! Il m’a également suivi une partie du lycée, même si je pense ne pas l’avoir écouté autant, ni avec la même intensité que toi !<br />
Fait du hasard (ou véritable rencontre des grands esprits allez savoir ??), je me suis fait prêter récemment un DVD des Smash que tu connais certainement : The Smashing Pumpkins 1991-2000 – Greatest Hits Video Collection.<br />
Un premier constat s’impose : ce qui est valable pour les pochettes de disques ou les tickets de leurs concerts, l’est aussi pour ce DVD, et pour chacune des vidéos ! On ne se moque pas des fans ! 16 clips issus de leurs 5 albums, figurent sur le DVD, clips dans leur version officielle, mais également dans la version non retenue, avec possibilité d’en savoir un peu plus sur ces clips à travers les commentaires qu’il est possible d’écouter. Mais ce n’est pas tout…A cela s’ajoutent 2 lives, avec une partie filmée lors de la préparation du live pour l’un d’eux.. Enfin, on trouve encore 2 extras (un live de l’époque Gish, I am one) et un petit film d’une quinzaine de minutes intitulé Try, où l’on suit Linda et Max, les 2 personnages principaux du clip de Try, try, try !<br />
Un autre constat se dégage : il faut du temps pour digérer Mellon Collie and the Infinite Sadness, dis-tu. Il en va de même pour ce DVD !!<br />
<br />
Regardés dans l’ordre, ces clips nous permettent de suivre l’évolution musicale des Smash, et…l’évolution capillaire de son leader !! <br />
On commence avec 2 clips de l’album Gish, époque où Billy Corgan avait les cheveux longs. La vague grunge déferle et cela se perçoit à travers ces clips. <br />
Puis suivent 4 vidéos tirées de Siamese Dream, période où Corgan a décidé de se raccourcir le cuir chevelu. Notons que le clip de Disarm est très aérien…mais j’avoue avoir un petit faible pour celui de Today !<br />
Mellon Collie and the Infinite Sadness est l’album le plus représenté avec 5 clips (en même temps c’est un double). Ca démarre avec Bullet with Butterfly Wings, clip en noir et blanc, assez noir (tout comme la chanson d’ailleurs) ; puis 4 clips s’enchaînent, tous plus beaux les uns que les autres. Citons notamment Tonight-Tonight (si le titre est un chef d’oeuvre, le clip une belle réussite aussi !) et Thirty-three, dont l’image du début me reste encore gravée dans la tête !<br />
Deux clips d’Adore ont été retenus : Ava Adore et Perfect, où le chant de ce dernier titre, un tantinet désabusé, tranche avec l’enthousiasme des personnages au début du clip.<br />
Ensuite arrive Machina, album pour lequel 3 clips très contrastés sont présents. Sur The Everlasting Gaze, l’artillerie lourde est de sortie dans une vidéo très urbaine. Retour au calme avec Stand Inside Your Love, magnifique clip en noir et blanc. Try-try-try nous rappelle à la réalité avec un clip très contemporain montrant une partie de la face cachée de l’ »American Way of Life ».<br />
<br />
Enfin, je n’ai pas encore parlé des 2 lives. Le premier, Geek USA, est un bon délire avec du monde (déguisé) partout sur scène. Les musiciens du groupe ne sont pas en reste au niveau des costumes, puisqu’ils portent de jolis tenues ! An ode to no one est un morceau bien violent, je confirme – avec un batteur impérial (je suis loin d’être sûr que ce soit Jimmy Chamberlin, mais là la culture des smash me fait défaut) – et de bien jolis costumes de scène à nouveau !<br />
<br />
Voilà, je voulais faire part de ma (re)découverte des smash dans ces quelques lignes. J’espère ne pas avoir été trop pompeux et que mon vieux Toc ne considèrera pas ce commentaire comme une volonté de ma part d’empiéter sur son terrain (mon style et ma culture musicale sont encore loin d’être à la hauteur !), puisque c’est presque un article dans le commentaire ! Qu’il me pardonne si c’est le cas !<br />
Je fais désormais partie de celles et ceux qui attendent avec une certaine impatience le 7/07/2007 !