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Apocalypse now - Josh Pearson, dans un bar à Rennes



Dans la série des doubles-album mythiques des années 90, après Mellon Collie and the Infinite sadness, il y a eu The Texas Jerusalem Crossroad, premier album de Lift to experience, groupe de Josh pearson qui a splitté et n'aura donc sorti qu'un seul disque. Mais quel disque ! Un double-album conceptuel d'une beauté et d'une intensité rares qui n'a pas laissé indifférents les gens qui l'ont écouté. Après ce coup de maître hallucinant (quel groupe pourrait se permettre dès son premier album de sortir un double-album conceptuel dont la majorité du propos tourne autour de la Bible et de l'apocalypse ?), Josh Pearson, dont l'aura n'a guère diminué malgré les six années qui le séparent maintenant du premier disque de Lift to experience, continue son bonhomme de chemin seul, de petites salles en bars, jouant un peu partout en Europe et aux Etats-Unis, de manière assez confidentielle.

Mais, grâce à l'ami Max - toujours à l'affût -, j'ai su qu'il passait par Rennes, dans un bar appelé le 1929. Le concert était fixé au 22 février, et bien évidemment je n'aurais loupé ça pour rien au monde.

Le décor était idéal. Le 1929 est un bar sombre et enfumé, situé dans une impasse style coupe-gorge, la bière n'y est pas chère et vu le nombre d'affiches sur les murs, un bon paquet de musiciens ont du y passer. La scène, minuscule au fond du bar, est simplement éclairée d'un néon rouge style enseigne de bar-tabac, on a l'impression d'être dans Blade runner.

Ce soir-là, trois musiciens se partageaient l'affiche. Et pour une fois, les premières parties n'étaient pas trop pénibles. Au contraire même. Le premier à venir sur scène était aussi un barbu, mais pas de quoi affoler Josh Pearson ! Il jouait des chansons folk, des traditionnels, il sonnait un peu country, une voix agréable, un bon jeu de guitare, bref pas mal du tout. Petite pause, et là divine surprise : Nick Drake résonne dans le bar. Nom de Dieu, c'est la première fois de ma vie que j'entends du Nick Drake dans un bar. Puis vient le deuxième musicien de la soirée (j'ai oublié son nom, comme celui du premier d'ailleurs) qui reprend du Midlake, ce qui est plutôt intéressant, et qui est le sosie parfait de... George Clooney (eh oui mesdemoiselles - en espérant que des demoiselles lisent ce blog). Même tête, même mimique.

Puis il arrive, il débarque à 23h et des poussières et lance un "bonsoir, je suis Josh Pearson". Il s'asseoit, son éternel stetson vissé sur la tête, plus hirsute que jamais, vieux t-shirt blanc usé, jean noir et santiags fatiguées, empoigne sa guitare et commence à en tirer des sons venus d'on ne sait où, qui font souffler la poussière et danser des démons dans la salle. Le chant est possédé, tantôt il éclate, tantôt il est murmurant. Les morceaux s'étirent, prennent leur temps, entre passages violents et calmes. Parfois, le jeu de guitare me rappelle Neil Young et je me retrouve dans la peau d'un Johnny Depp, ni tout à fait vivant, ni tout à fait mort, comme dans Dead man. Parfois c'est le déluge sous ses doigts et les mots qui sortent de sa bouche deviennent des mantras hypnotiques.
Mais comment fait-il pour sortir de pareils sons de sa gratte ? Impossible de répondre, même après l'avoir vu deux fois.

Quant à sa voix... Je me souviens qu'il était comparé à Jeff Buckley (quand Lift to experience a sorti son Texas Jerusalem croosroad) par des journaleux fainéants (dès qu'un type a une voix on le compare à Jeff Buckley, oubliant au passage que le père - Tim Buckley - chantait mieux). A cette comparaison il répondait simplement qu'il estimait qu'il se devait d'apporter un soin particulier à son chant. Pour vous donner une idée de ce qu'est cette voix, allez voir le seul clip de Lift to experience ici
, vous m'en direz des nouvelles les amis. Le plus impressionnant c'est d'assister à ça en direct, d'entendre cette voix, venu du plus profond de son être, emplir le bar. Difficile, à le voir comme ça, caché derrière son imposante barbe, de s'imaginer que ce type a une voix d'ange. Et pourtant, à bien le regarder, on aperçoit des traits fins, de jeune homme, sous le stetson.

Sans artifice, assis seul avec sa guitare, Josh Pearson aura livré un concert d'une intensité étourdissante, pour finalement terminer par ces mots
répétés à l'infini, comme pour en faire sortir un sens inédit ou caché : "the devil's on the run, the devil's on the run, let's have some fun". Quant à moi, je sors du bar quelque peu sonné et hanté par ses morceaux fabuleux, heureux d'avoir pu écouter une nouvelle fois ce type hors du commun. Beau Diable, ce Josh Pearson.
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T
C'est nul.
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