C'est revenu comme ça, d'un coup. En pleine tronche. Joseph Arthur, le bonhomme, sa musique, ses peintures, sa bohème. Le fantastique album Powder burns des non moins fantastiques Twilight singers m'a remis son nom en tête - il y chante des choeurs à se damner dessus (la preuve en images, ici). Et depuis quelques jours, tout est revenu, intact. Big city secrets, son premier album, acheté il y a 11 ans maintenant - nom d'un chien je devais avoir 15 ans - et que je connais par coeur, et puis les suivants (soit cinq albums et autant de eps, mine de rien).
Le cas Joseph Arthur s'apparente à un vaste malentendu. Pourtant, tout commençait plutôt très bien. Signé sur Realworld, le label créé par Peter Gabriel, il devient, avec son premier effort solo, l'artiste à suivre, le type à découvrir absolument - en France, essentiellement, le reste du monde restant sourd à cette musique terrifiante, aux arrangements étranges. Les paroles révèlent une enfance pas simple, elles sont dures, et directes comme dans Daddy's on prozac : "Put my daddy on prozac, I don't think I want him back, make me feel dangerous, make me feel dangerous". La texture sonore est réellement troublante, je ne saurais pas dire pourquoi - peut-être à cause des cuivres poisseux ou des rythmiques. Le disque aligne merveilles sur merveilles, diamants noirs sur diamants noirs : de Big city secrets, la chanson éponyme, en passant par le folk poignant de Mercedes, la confession violente de Daddy's on prozac ou la bouleversante Good about me. Good about me, justement: quel morceau ! "It's sunday morning, you miss yesterday, tomorrow is coming again, so fast it's already today". Un classique du répertoire de Joseph Arthur : arpèges très travaillés et entêtants, piano mélancolique. En fait ce premier album était plus que prometteur, c'était un coup de maître.
Puis Come to where I'm from, l'album suivant, avec le magnifique In the sun aurait du être celui du triomphe pour Joseph Arthur. Le morceau a fait son effet, à l'époque, et marque un tournant dans la musique de l'Américain : plus accessible, trop pour certains. Joseph Arthur, chanteur pour minettes ? Tout juste bon à faire la bande-son de fin d'une série débile ? C'est là que se trouve le malentendu. Car même si elles paraissent plus faciles, voire lisses, ses chansons ont toujours des épines.
Depuis, le terme de "troubadour" colle parfaitement au personnage. Il tourne sans arrêts, le plus souvent seul avec sa guitare et des toiles qu'il peint pendant ses concerts. Il superpose les couches de guitare avec sa machine d'oversampling et ça donne des résultats souvent magnifiques (un exemple ici). Depuis peu il a l'air d'avoir trouvé un groupe - The lonely Astronauts - et sa musique est plus directe, moins sombre, mais toujours aussi mélodique. Nuclear daydream, et Let's just be, deux albums enregistrés coup sur coup, témoignent de sa créativité et de sa forme.
Il est grand temps d'écouter Joseph Arthur, de l'entendre tel qu'il est : un artiste à part, donc précieux.