Hier soir, j'ai à nouveau regardé Full metal jacket de Stanley Kubrick. Le propos du film s'inscrit dans la droite ligne des obsessions du cinéaste : la déshumanisation, la violence, le sexe. Et, bien sûr, toujours avec ce génie de la mise en scène (symétrie très forte dans la première partie - là où il est question de l'entraînement des Marines - et chaos lorsque les personnages sont plongés dans l'enfer du Viêt Nam). Pendant le film, j'ai fini par me demander si Kubrick n'était pas, finalement, le cinéaste qui avait le mieux cerné la violence et qui l'avait le mieux filmée. Mais ça n'a pas d'importance au fond. Coppola, Cimino, Malick, nombreux sont les réalisateurs américains à avoir éprouvé le besoin de s'immerger dans l'enfer de la guerre, et plus particulièrement celle du Viet Nâm (à l'exception de Malick, dont La ligne rouge raconte une bataille de la seconde guerre mondiale dans le Pacifique), et à avoir sorti de grands films.
Ce film m'a surtout rappelé le soulagement que j'ai ressenti quand, gamin, j'ai appris que je n'aurai pas à faire mon service militaire. Perspective qui me terrorisait (la connerie abyssale me fait peur, car il semble impossible ne serait-ce que de pouvoir parler avec ces gens si vous pensez différemment). Quand on voit toute la première partie de Full metal jacket, on se rend compte que le procédé utilisé par l'armée est la déshumanisation la plus totale : le premier discours hurlé par le chef (caporal, général ? crétin, pour sûr) annonce la couleur : "pour moi vous êtes tous les mêmes". Ce que traduit à la perfection la mise en scène de Kubrick : profondeur des plans, aspect répétitif de l'entraînement, tout est fait pour que l'individu s'oublie, se fonde dans le groupe, ne soit plus qu'une arme au service de son pays. On enlève d'abord leurs prénoms aux G.I. pour les affubler d'un sobriquet humiliant (baleine pour un gros par exemple), on enlève ensuite la moindre parcelle d'intimité (pas de chambres, pas de toilettes fermées) et le tour est joué : on réduit le plus possible tout ce qui caractérise l'individu, la pensée, les sentiments et on obtient des machines à tuer dociles - Kubrick avait déjà filmé ça avec Orange mécanique.
Donc, j'ai échappé au service "et pourtant y'a rien de tel pour faire un homme" (sic). En fait il n'y a rien de tel pour défaire l'homme. J'ai pas pu échapper, en revanche, à la fameuse "Journée d'appel pour la défense" - JAPD (re-sic). Au menu : de belles images de tanks, d'armes diverses et variées, de clips excessivement travaillés, ciblés djeuns. Et puis frites à volonté. A vomir. Allez, Paix.