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James Ellroy - ou visite guidée dans les poubelles du rêve américain


James Ellroy est un auteur reconnu. James Ellroy écrit comme il respire. James Ellroy est un fouille merde. James Ellroy aime les phrases uppercut. James Ellroy ne s'embarrasse pas. James Ellroy bande dur pour le L.A. des années 50-60. James Ellroy est un putain de républicain bon teint. James Ellroy hait les beatnicks. James Ellroy a accepté du fric pour défendre le film de De Palma adapté de son fameux Dahlia noir - alors que c'est une bouse innommable. James Ellroy écrit des sacrés polars. Et pour ça, je n'arrive pas à le détester. En fait, je l'adore.


Je dévore ses romans, comme un affamé. Je suis plongé actuellement dans American tabloïd. Violent, sombre, il remue la merde comme pas permis, et je m'y perds (alors qu'il est parfaitement chronologique : cinq années de 58 à 63, retraçant l'ascension des Kennedy sur fond de Mafia, de Cuba, de Hoover). Mais, après tout, il y a une bonne cinquantaine de personnages, sans compter leurs surnoms ! James Ellroy est le roi du substitut anaphorique. "Jack Kennedy, Jack la belle coupe, Grand Frère, Jack dos cassé, Jack la magie" et ainsi de suite.

Le style d'Ellroy est reconnaissable entre mille : des phrases courtes qui font la part belle à un argot de la rue, celui des flics et des truands des années 40 à 60. Son pré carré reste quasiment inchangé : la cité des anges, les bars interlopes au pied d'Hollywood. Ses personnages : des flics brutaux, des politiciens véreux, des musicos camés, des putes (
de luxe ou non), des femmes fatales, des serial-killers. Tout ce que l'Amérique s'empresse de balayer d'un revers de la main (comme un Hoover qui aura toujours clamé haut et fort que "la mafia n'existe pas" !). Fermez les yeux, jeunes gens, tout ça n'existe pas. Ouvrez les yeux jeunes gens, James Ellroy va vous coller la tête en plein dedans. Sans complaisance, heureusement. Et c'est tout ce qui fait la force de ses romans : même si on sent une fascination chez lui pour les personnages limites (les flics pourris, les truands, les serial-killers), Ellroy est surtout fasciné par une époque, une ambiance. Une verve.

Ouvrez n'importe quel livre d'Ellroy et vous serez soit agacé(e) au plus haut point au bout d'un paragraphe, soit vous deviendrez accro à son style nerveux, répétitif, et qui fait tourner la tête - comme avec les grands, Ellroy déclenche des réactions tranchées, jamais l'indifférence. Avec un sens du rythme dément, il fait renaître le L.A. des starlettes, dans American tabloïd, il entremêle personnages qui ont marqué l'histoire (Howard Hughes, Hoover, Kennedy, Castro) avec personnages fictifs, multiplie les rebondissements... Mais surtout, il dresse des portraits extrêmement précis de ses personnages, souvent balancés au coeur du grand tourbillon de l'histoire, luttant chacun à leur manière pour se faire une place au soleil.

Dans cet univers, pas de place pour l'innocence. Chacun se retrouve à miser gros, par appât du gain, souvent, ou pour défendre des valeurs, parfois. Les règlements de compte sont violents, sans appel, glaçants. D'un paragraphe à l'autre, c'est une balle dans la tête, un passage à tabac, une trahison qui surgissent. American tabloïd dresse le tableau d'une Amérique qui s'offre
tout entière à la belle gueule de John Kennedy, comme une pucelle sur le parking cradingue d'une boîte de seconde zone, alors qu'Hoover reste à l'écoute, et que la C.I.A. et la mafia, main dans la main, tentent de récupérer les casinos cubains fraîchement nationalisés par le barbu Castro, qui laisse ses chêvres cubaines chier sur les tapis épais qu'auraient dû fouler un paquet d'Américains en shorts et en chemises hawaiennes, prêts à claquer leurs retraites dans les machines à sous.

Mieux qu'un essai historique, ce livre - qui ne prétend pas à une quelconque vérité historique - permet de plonger dans une partie de l'histoire américaine - de l'élection de Jack la belle coupe, au foirage total de la baie des cochons et à Dallas, 1963, en adoptant le point de vue de personnages secondaires, seconds couteaux qui ont tous eu un rôle à jouer dans ce capharnaüm. Bien-sûr, tout sonne vrai, Ellroy s'est documenté, les dates clés sont celles que les manuels d'histoire ont retenues. Il place en encart des documents qui auraient pu avoir réellement existé - des dialogues téléphoniques entre Hoover et Robert Kennedy (petit frère), hilarants tellement ces deux types cachent mal, derrière des formules de politesse, la haine qu'ils se vouent mutuellement, des documents confidentiels, des manchettes de journaux à scandales de l'époque, des feuilles de choux anti-coco. Et Ellroy réussit son coup : peu importe si tout cela est de la fiction : impossible de ne pas lui apporter du crédit et, finalement, impossible de ne pas penser que c'est probablement comme ça qu'un Hoover se comportait, qu'un Kennedy prenait ses décisions. Au bout du compte, au bout de ces 770 pages, la vérité historique prend toute sa mesure grâce à la littérature.
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B
Salut Jérôme <br /> <br /> merci pour le commentaire ! ton site est LA référence en matière d'Ellroy et j'ignorais que tu en étais l'auteur.<br /> <br /> à +
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J
belle critique cher Benoitje me permets de signaler mon site perso sur le père Ellroy www.edark.org en ligne depuis 1996et qui maintenant donne automatiquement les actualités du chien fou (qui a d'ailleurs changé d'avis sur la peine de mort)
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