Donnie Brasco a tout du classique des films sur la mafia, et pourtant il n'aura jamais l'aura des Affranchis, de la trilogie du Parrain, et bien-sûr d'Il était une fois en Amérique - films qui ne se servent de la mafia que comme prétexte (Scorsese pour dresser le portrait d'un jeune ambitieux, Coppola pour évoquer la famille, et Leone la fuite du temps). Il est vrai qu'il est moins bon que ces films, en même temps comment faire mieux que ces nababs, dans ce genre qu'ils ont contribué à rendre populaire et dont ils ont dicté les codes incontournables ? Néanmoins, il me paraît dommage qu'il soit ainsi sous-estimé, ce qui risque de faire passer pas mal de gens à côté (cela dit un film comme L'impassesouffre de ça aussi alors que c'est un pur chef-d'oeuvre).
Mike Newel, le réalisateur, s'est vu reprocher de faire du sous-Scorsese, lors de la sortie du film. Cible facile. Pourtant lui-aussi ne filme la mafia que pour parler d'autres choses : ici, Pacino n'est pas le Parrain omniscient, maniaque du contrôle, sorte de machiavel contemporain comme chez Coppola, mais un "presse-bouton" minable, pathétique, qui attend vainement son heure au sein d'une mafia qui lui refuse toute ascension et qui l'effraie. Bien-sûr, retrouver au casting deux acteurs de la trempe de Depp et de Pacino contribue à la haute tenue du film et, alors qu'on aurait pu redouter une surenchère, un certain cabotinage, ils nous offrent deux performances tout en retenue.
Donnie Brasco (Depp) est un flic qui doit s'infiltrer dans la mafia. Sa mission qui ne devait durer que quelques mois, finira par durer plusieurs années, bousillant sa vie de couple, et affectant son équilibre mental (à force d'être contraint d'agir comme un mafieux, il finit par réagir, agir et penser comme eux). Brasco se met rapidement Lefty (Pacino) dans la poche, le vieux loser voit en lui le fils qu'il aurait aimé avoir (le sien est un camé, qui n'a que mépris pour son père et qui n'est pas dans le circuit). Le film suit donc trois axes : la vie privée erratique de Brasco, celle, d'un ennui mortel, de Lefty, et le rapport qui va se nouer entre le vieux mafieux et le jeune flic. Alors, évidemment, il y a tous les passages obligés de ce genre de film : les conversations argotiques des mafieux, leurs codes, la virilité masculine, etc. Mais Newel dépasse tout cela en réussissant de merveilleuses scènes (magnifiées par Pacino) comme celle dans laquelle Lefty retrouve son fils à l'hôpital entre la vie et la mort. Encore un sommet de la carrière de Pacino.
Rapidement, les rapports entre Lefty et Brasco vont devenir l'enjeu principal : le flic qui commence à se rendre compte que Lefty n'est pas un mauvais gars, juste un type qui croit avoir fait les bons choix, Lefty qui s'attache et cherche dans les yeux de Brasco l'amour qu'il n'aura pas su obtenir de son fils...
Finalement Newel réussit à faire que l'on s'attache à ces deux personnages : voir Lefty, regarder des documentaires animaliers, en survêt, vautré sur un vieux fauteuil, voir Brasco essayer de parler à ses filles qu'il n'a pas vues depuis Dieu sait quand... ces scènes d'intimité font respirer le film, et donnent du relief aux personnages. Et font que je reviens régulièrement à Donnie Brasco.