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White chalk de PJ Harvey


Sur la pochette de son nouvel album, PJ Harvey pose avec un visage sans expression, vêtue d'une robe blanche qu'elle a conçue. Une autre photo la montre de profil, toujours en blanc. Immédiatement, j'ai pensé à une héroîne de Brontë, dans Hurlevent, cet immense roman qui fait souffler le vent et la passion dans le brouillard et les plaines anglaises. La simplicité de la pochette, sa froideur, sont au diapason de White chalk. Un disque qui explore un territoire musical totalement inédit pour PJ Harvey et qui me paraît proche de celui de Brontë. Les guitares saturées ont disparu et c'est un piano élégiaque qui nous guide tout au long de l'album. Tout est nu, les paysages sont désolés, déserts, secs. La voix est fragile, et mise en avant. White chalk s'écoute seul(e), de préférence lorsque la nuit tombe. Si vous cherchez un disque chaleureux pour oublier l'automne et l'hiver, passez votre chemin. Ce disque est l'hiver, l'automne et le vent aussi.

Le risque qu'elle a pris n'est pas tant de changer d'instrument, de passer de la guitare au piano, mais bien d'oser la solennité avec toutes les dérives que cela peut impliquer : tomber dans l'emphase, le pathétique. Elle aura su éviter tous ces pièges pour livrer un album impressionnant, et bouleversant. De The devil - effectivement hanté par le diable - en passant par Dear Darkness  ou The Mountain, PJ Harvey chante la solitude, le silence, la perte simplement, mais avec une honnêteté incroyable. "Grand-mother, i'm so lonely" : phrase on ne peut plus banale mais qui prend à la gorge quand c'est elle qui la chante. Les "i'm son lonely" dans les paroles de chanson, il y en a à la pelle,  et ils ne sont magnifiques que quand c'est du vécu. Elle doit être sacrément seule pour le chanter comme ça. Et que dire quand elle commence a capella par un "please, forgive for how empty my life has become". Partout la perte, la douleur, le vide : "Dear darkness, want you cover me again". Alors, elle chérit la nuit, elle l'implore, elle fuit la lumière. Pas de tics électros, ici. Que de l'organique : harmonica, guitare, piano, harpe, accordéon, chaque instrument égrène ses notes minimalistes qui, sans faire grand bruit, s'insinuent et nous vous lâchent plus.

On peut passer à côté d'un tel album : il est court (environ trente minutes), peut paraître malingre et répétitif, déprimant et ennuyeux. Mais on peut aussi être dévasté par tant d'honnêteté, et être fasciné par sa noirceur. Les nuits d'hiver seront longues et froides : tant mieux, j'ai la bande-son idéale.

...

Ajouté sur la playlist : Silence, extrait de White chalk. Bonne écoute.
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