J'ai revu il y a quelques jours De battre mon coeur s'est arrêté, dernier film de Jacques Audiard, avec Romain Duris. Je l'avais vu au cinéma lors de sa sortie, et cette nouvelle vision m'a plus que conforté dans ce que je pensais : ce film est magnifique, intense, ce qui est rare dans le cinéma français.
Romain Duris y joue un salaud ordinaire, Tom, qui suit les traces de son père dans l'immobilier véreux. Sa vie, il la passe à 200 à l'heure, toujours surexcité, entre les descentes dans ses immeubles pour y foutre des rats histoire de dégager les squatteurs, les bars et les bastons. Ses seuls potes sont deux "collègues", avec qui il négocie des biens immobiliers. Son père, il le voit à l'occasion dans un café, à la va-vite, et le vieux en profite toujours pour lui demander un service, genre tabasser un type qui ne lui paye plus son loyer... difficile de s'attacher au personnage au début et pourtant, comme tout grand acteur qui se respecte, Duris arrive à donner une forme d'humanité à Tom.
Puis, par hasard, il tombe sur l'ancien impresario de sa mère, morte quelques années avant, et qui était une pianiste talentueuse, et prometteuse. Le type lui demande s'il joue encore, et lui propose d'auditionner. Bien sûr, Tom ne joue plus depuis longtemps, mais l'idée s'impose pourtant à lui, avec violence. Il se rue sur son piano, réécoute les enregistrements de sa mère, trouve une étudiante du conservatoire pour lui donner des cours, fixe une date pour l'audition. Dès lors, et grâce à la mise en scène d'Audiard, on tremble pour Tom : on tremble pour ses mains, on guette chaque signe d'énervement, chaque impatience de ce type qui s'accroche à la musique sans trop savoir pourquoi, jusquà l'obsession, comme ses notes qu'il répète en boucle, qu'il martèle sur son piano, crescendo, toujours accélérant.La rédemption, Tom la trouvera finalement, mais je vais pas vous dire comment, juste qu'évidemment, c'est la musique qui le sauvera, comme elle sauve beaucoup de gens, ceux qui ont deux oreilles en état de marche, en fait.
Car tout n'est que musique dans ce film : Duris en écoute sans arrêt, lors de la première rencontre avec son père, il a son casque vissé aux oreilles, électro à fond et le père lui demande ce que c'est, avant de s'esclaffer : "t'écoutes ça toi, non ? sans déconner ?". La musique, il l'écoute toujours à fond, au casque, du rock, de l'électro, peu importe pourvu que ce soit rentre-dedans, que ça colle à son rythme de vie. La B.O., elle, est discrète, triste, elle sourd dans les moments les plus sombres du film, contrebalançant celle qu'écoute Tom. Puis il y a la musique de sa prof, et c'est par elle que l'apaisement viendra. Elle l'entraîne à respirer, à se calmer, à faire le vide, alors que, comme un chien fou, Tom s'énerve, s'excite, y va comme une brute, frappe violemment les touches. La performance de Duris m'a rappelé celle de De Niro (toutes proportions gardées) dans Taxi Driver, ou Raging Bull, toute en tension, très physique. Ajoutez à ça une B.O. magnifique, une mise en scène sobre qui laisse la part belle aux jeux des acteurs , et voilà, vous avez enfin un film français à la hauteur. Comme quoi, tout est possible.