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Je crois en Fox Mulder


Fox Mulder est un de mes héros. Voilà c'est dit. J'ai donc pour héros un personnage fictif, qui n'a aucune vie sociale, est la risée de ses pairs - alors qu'il est, bien-sûr, le plus brillant -, dort sur un canapé dans son salon, a un humour pince-sans-rire fabuleux, un goût prononcé pour les graines de tournesol, une fâcheuse tendance à matter des pornos, un instinct dément et qui, pour couronner le tout, est obnubilé par une conspiration gouvernementale ayant pour but de cacher la vérité au monde entier sur l'existence des extra-terrestres. Et, non, je ne me soigne pas.

Au contraire, même. J'ai eu la bonne idée de me faire offrir par mon frère la première saison d'X-Files en dvd, mettant ainsi le doigt dans l'engrenage : regarder dans l'ordre l'intégralité des neuf saisons de la série. Je suis actuellement à la moitié de la première saison et les coffrets des saisons 2, 3 et 4 sont déjà achetés - j'ai donc plus d'une soixantaine d'épisodes à visionner, ce qui devrait me prendre pas mal de temps et me garantir des effets "madeleine de Proust" irrésistibles. Revoir les premiers épisodes m'a instantanément replongé dans mon adolescence, au moment où il fallait la jouer fine pour pouvoir regarder les épisodes qui passaient alors sur M6 le jeudi soir en deuxième partie de soirée, contre vents et marées, en passant outre les vives protestations indignées de mes parents - qui, il faut bien le dire, se retrouvaient un peu décontenancés par cette "nouvelle connerie américaine" dont visiblement l'intérêt leur échappait.

La série a connu un succès phénoménal et très rapide (dès la deuxième saison) et n'a cessé de gagner en finesse d'écriture, en performances de seconds rôle inoubliables (la schyzophrène du cinquième épisode de la saison 4, Le pré où je suis mort, entre autres) et a finalement construit une mythologie complexe, à tiroirs, dans laquelle il est toujours bon de se perdre. Mais plus encore, elle a imposé,
dans l'inconscient collectif, deux personnages fascinants : Mulder et Scully. Deux agents du F.B.I. qui s'appellent à longueur d'épisodes par leur nom propre, au point que lorsque Scully se risque à un "Fox...", Mulder répond immédiatement : "Tu sais, même mes parents m'appelaient Mulder". Cette apparente distance rend d'autant plus précieux et révélateurs les rares moments dans lesquels les deux agents s'appellent par leur prénom, comme lorsque Mulder apprend la mort du père de Scully et murmure un "Dana" affectueux, quasi paternel, à la grande surprise de l'intéressée, qui ne l'avait encore jamais entendu prononcer son prénom. Leur relation est au centre de la série, et est une des explications de sa notoriété. Jamais auparavant une relation n'avait été traitée comme Chris Carter (créateur de la série) a décidé de le faire. Pas d'amourettes chiantissimes, de rabibochages geignards, non. Mulder et Scully tissent au fil des épisodes quelque chose qui dépasse tout ça, et de loin. Et tous ceux qui guettaient l'épisode dans lequel Mulder et Scully se mettraient ensemble n'avaient vraiment rien compris à l'esprit de la série. Ils sont ensemble à leur manière, et dès le début. Mais je m'égare là.

Scully, d'abord. Médecin, cartésienne, et pourtant croyante. Ce conflit intérieur est amplifié par sa volonté de donner une raison scientifique et logique à tous les phénomènes paranormaux auxquels elle assiste avec Mulder. Difficile de se retrouver dans la posture de la scientifique qui met en doute toutes les théories de Mulder alors qu'on a une croix qui pend autour du cou. Ce personnage est bien plus complexe qu'il n'y paraît et contrairement à la majeure partie des séries de l'époque, Scully ne sert pas de faire-valoir féminin. A la fois fragile, ébranlée jusque dans sa foi la plus profonde par les diverses enquêtes qu'elle mène, et forte, déterminée à ce que la vérité, quelle qu'elle soit, éclate, Scully est emportée par la quête de Mulder, et devient comme lui, sans vie sociale, totalement obsédée par son travail.


Mulder, maintenant. Peut-être bien LE héros de mon adolescence. Il est appliqué et brillant dans tout ce qu'il entreprend et pourtant il reste totalement en marge du système dans lequel il travaille. Relégué au sous-sol du F.B.I., dans un bureau exigu couvert de posters et de photos d'O.V.N.I., il a perdu toute crédibilité auprès de ses collègues. Quoi qu'il fasse, Mulder le fait avec classe. Parler d'O.V.N.I. avec des ados grunge visiblement barrés ne lui fait pas peur, pas plus qu'outre-passer le règlement et risquer sa place aux affaires non-classées. Il a un timing parfait pour sortir des vannes qui ont toujours quelque chose de désabusé, une sorte d'humour à froid, noir. Et, bien-sûr, il a connu un événement traumatisant - l'enlèvement de sa soeur Samantha alors qu'il n'avait que douze ans - qui est la clé de sa conduite et permet de mieux comprendre sa manière d'agir. Persuadé qu'elle a été enlevée par des extra-terrestres et que le gouvernement américain cache la vérité, Mulder est hanté par le souvenir de sa soeur et par son impuissance d'enfant et d'adulte à pouvoir la ramener. Le personnage, créé par Carter et désormais indissociable de son interprète David Duchovny, me fascine. Il fallait oser un tel personnage dans une série : pas de vie sociale, insomniaque, amateur de pornos (Scully lui balance dans la première saison un railleur : "la dernière fois que je t'ai vu si absorbé dans une lecture, c'était un magazine pour adulte"), on ne lui connaît pas vraiment d'amis et il ne parle que de son boulot, qui consiste tout de même à courir après une vérité qui se dérobe sans cesse et qui bouscule la rationnalité et à de quoi rendre marteau même le type le plus équilibré du monde - ce qui est loin d'être la cas de Mulder. Bref, pas de quoi, à priori, attirer les foules, et pourtant je ne pense pas, vu le succès de la série, être le seul type au monde que le cas Mulder passionne.

Ah oui, un dernier conseil de la part de Mulder : ne faites confiance à personne. (à part si c'est Scully) ndlr.

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B
Faut que tu saches : ya quelqu\\\'un dans Fox Mulder. un peu comme dans Casimir, quoi.
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