La Route du Rock se tenait, comme d'habitude, au Fort Saint-Père. L'année dernière j'y avais vu probablement un des meilleurs concerts de ma vie avec la magnifique Chan Marshall. Comme c'est géographiquement le festival le plus proche de mon palindrome, on a remis le couvert cette année, d'autant plus que la programmation était alléchante (The National, The Smashing Pumpkins, et Sonic Youth, entre autres).
Comme son nom l'indique, la Route du Rock est un festival. Ce qui veut dire : festivaliers, camping, viande saoûle, gros lourds... Mais comme en plus, c'est un festoch, il faut bien le dire, à tendance bobos - genre on lit les Inrocks et Magic, on a le droit à des tonnes de types qui se croient au dessus de la masse des humbles mortels, qui s'habillent en Strokes (panoplie complète - l'année dernière ils ont eu Davy Crockett, mais ils l'ont jamais mise) et qui s'estiment être des sommets de culture (alors qu'ils connaissent cinq disques et adooooooorent Justice), de bon goût, et d'anti-conformisme, alors qu'ils sont juste cons, et beaufs. Les organisateurs sont probablement à ranger aussi dans cette catégorie, l'hypocrisie en plus (des types qui mettent les Pumpkins en tête d'affiche, histoire d'être sûrs de vendre 10 000 billets, et qui leur crachent dessus une fois le concert terminé, pas mal, non ?) - mais je reviendrai en détail sur cette triste histoire - qui témoigne du lamentable esprit qui irrigue la presse, et le cirque rock n'roll en général et qui fait que jamais des groupes comme 31 Knots ou Twilight Singers ne seront conviés dans des festochs de ce genre en France.
Le festivalier, donc, est aussi beauf que ses bobos de parents - qui eux écoutent du Souchon, probablement - et a toujours la brillante idée de bousculer tout le monde pendant les concerts, en tenant deux bières dans chacune de ses mains, bières qu'il a payées avec les sous-sous à Maman, et qu'il se renversera dessus en moins de dix secondes, quand c'est pas sur toi qu'il la renverse. La festivalière, elle, va jacqueter pendant tout un concert, juste à côté de toi - qui naïvement, penses que quand tu payes ton entrée, c'est pour écouter de la musique et pas une connasse en jean taille basse, bottes à fleurs et lunettes ray-ban. Eh oui, ça leur viendrait pas à l'idée d'aller ailleurs, genre là où elles pourraient s'entendre raconter leurs niaiseries et surtout pas faire chier leur monde. Bref, vous voyez l'ambiance dans les festivals en France (en Belgique, et dans les pays scandinaves, ce n'est pas du tout ça)... Un train, nom de Dieu, un train que je les passe tous dessous !
Bon, le tableau vous paraît bien sombre, les amis. Mais heureusement, qui dit festival dit aussi et surtout musique. Et, là, quand on fait abstraction de tous les abrutis que je viens de décrire, on a de quoi se régaler et s'en mettre plein les oreilles ! La soirée du 15 août était, quantitativement et qualitativement la plus riche. C'est Elvis Perkins qui a eu la difficile tâche d'ouvrir le festival : fin d'après-midi, public encore clairsemé, pas simple comme équation. D'autant que les chansons folk de Perkins, humbles, sans grosses ficelles pour faire bouger son monde, ne sont pas calibrées pour les festivals. Son premier album Ash wednesday, même s'il n'est pas un chef-d'oeuvre, reste très bon, émouvant et fragile. Son groupe, visiblement ravi d'être là, épaule le jeune chanteur, au look d'intello de campus universitaire - petites lunettes, pantalon, chemise, et veste usés juste ce qu'il faut - et le tout dégage une réelle intensité, un souffle. Perkins expliquera, entre deux morceaux, qu'ils quittent la France pour regagner les Etats-Unis le lendemain et que ça les rend tristes (faudra un jour que j'essaye de comprendre ce qu'ils nous trouvent, alors que moi je n'ai qu'une envie : y aller aux Etats-Unis !). Belle entrée en matière donc, merci Elvis ! Et si vous voulez voir ce que ça donne, voici un clip live (mais oui) d'un très bon morceau de Perkins, ici.
Le premier gros bémol de la soirée : Herman Dune. C'est de la merde, ni plus ni moins et ça confirme ce que je pense depuis un moment : les types qui portent des casquettes style bûcherons caincains - vous voyez le genre - histoire d'être branchés, sont définitivement des connards - pratique, on les repère de loin, comme ça.
Passons aux choses sérieuses : The National ! Enorme prestation de ce groupe qui, décidément, gagne à être connu. Adulte, lyrique, avec un chanteur possédé qui donne de sa personne (bain de foule sous les regards hilares de ses comparses). Une set-list imparable, et une fin dantesque (ils ont terminé par About today, écoutez donc ce sommet, et dites m'en des nouvelles). Premiers grands frissons, premières grosses émotions, premières transes ! Le public malouin ne s'y est d'ailleurs pas trompé, une ovation digne de ce nom a accompagné le départ de la scène de ces cinq excellents musiciens, tous attachants qui plus est.
Arrive la bonne surprise de cette première soirée : Art Brut ! Avec un chanteur hallucinant, des paroles à mourir de rire, et du bon gros rock, ces gars-là sont un peu les Spinal Tap de la pop anglaise ! Un show énorme, sans prises de tête, avec un Eddie Argos qui se plaît à parler avec le public et à donner ses conseils : "oubliez vos ex !". Les paroles de ce groupe : voilà leur point fort. Il faut entendre Argos chanter à la première personne l'histoire d'une débandade, autrement dit le bonhomme n'arrive pas à bander : "i know i can / i'm fine when i'm with my right hand / just one more try with me above you / don't tell your friends !". Le groupe s'éclate sur scène, et fait bien comprendre que c'est juste du rock, rien de plus. Ils s'en payent une bonne tranche, se la jouent dieux des stades, et moi ça m'a bien fait marrer !
Sachant qu'il était hors de question qu'on se tape Justice, programmé en fin de soirée (il paraît que c'est les nouveaux Daft Punk, ouah, les nouvelles merdes, en Français), The Go Team, aura donc été le dernier groupe de la soirée pour nous. On les avais déjà vu à Nantes, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils ont toujours la pêche. Ce groupe se compose de personnalités très diverses, ce qui donne lieu à un joyeux foutoir, où s'entremêlent énormément de références - le spectre est large : de Sonic Youth au Jackson Five ! Emmenée par une chanteuse survoltée, les Go Team auront réussit ce qu'ils savent faire de mieux : faire bouger ! D'accord, c'est régressif, mais ils sont bons dans ce domaine ! Et puis la chanteuse a annoncé la sortie imminente de leur second album, dans lequel on devrait retrouver Chuck D. de Public Enemy, ce qui est en soi une bonne nouvelle.
Il est plus d'une heure du matin et on laisse les sourds se taper les deux djs pathétiques de Justice, sans nous. Le plus drôle dans l'affaire, c'est que le lendemain, l'affaire était entendue : c'était naze ! Ils en mettent du temps avant de se rendre compte de l'évidence. Bref...
Première soirée impeccable, donc, avec une confirmation : The National, un espoir : Elvis Perkins, du bon rock crétin : Art Brut, et une imparable machine à danser : The GoTeam, que demande le peuple ? Eh bien il demande les Smashing Pumpkins, bien-sûr ! L'affaire Pumpkins, ça sera au prochain numéro les amis, et ça va saigner !
En fait, à part la ressemblance physique, pas grand chose en commun. Chez Sean Lennon on a le droit à de la pure pop, chez Perkins, c'est plutôt folk...