La soirée de vendredi n'aura appartenu qu'à un seul groupe, et quel groupe : The Smashing Pumpkins ! Yeah ! J'étais très surpris de les voir à l'affiche de ce festival, pas le genre de la maison : un groupe qui vient du heavy métal... Et puis, j'ai compris. J'ai compris que les mettre à l'affiche assurait aux organisateurs de vendre 10 000 billets pour le jeudi, et que les allumer dès le lendemain les auréolerai d'une pseudo impartialité, d'un pseudo courage. L'équation vieilles légendes du rock qui se reforment, album + tournée est une des préférées des journaleux et des programmateurs qui s'imaginent être des sommités, eh oui, ça leur permet à peu de frais de descendre un groupe avec des arguments éculés du style : "ils font ça pour le fric, ils sont hautains, leur album est merdique, et regardez les musicos transparents qui les accompagnent". Evidemment, ça n'a pas loupé avec les Pumpkins. Dans ce genre de festoch, festivaliers et organisateurs sont au moins aussi prévisibles qu'une critique ciné de Télérama, c'est dire... L'affaire était donc entendue avant même le premier son de gratte de Billy Corgan : il fallait tirer sur l'ambulance ! Les allumer, les dégommer, avec moults jeux de mots pathétiques ("le jus de citrouilles tourne au vinaigre", sic). Dans les bonus de L'impasse, Brian De Palma a expliqué à son équipe juste avant la sortie ce qui allait se passer pour le film : " Alors, voilà ce qu'ils vont dire : Al Pacino est nul - il vient d'avoir un Oscar, il est temps de le descendre, le scénariste est nul - il a fait Jurassic Park, Sean Penn est bon, ça fait longtemps qu'il avait pas tourné, il est temps de dire qu'il est génial, quant à moi, je m'en sortirai, mais limite." Et c'est exactement ce qu'il s'est passé ! Je suis prêt à parier que Jimmy Chamberlin et Billy Corgan ont dû aussi avoir ce genre de pensées. Heureusement, ils sont au-dessus de ça. Attention, je ne fais pas le procès de la critique, simplement celui de la facilité qui consiste, en ce moment, à écrire la même chose partout.
Le concert aura donc été, n'en déplaise, excellent. Dès le début, ça entame très fort : le jeu de batterie de Chamberlin résonne, et... nom de D.. mais c'est United States ! LE morceau de bravoure du dernier album Zeigeist. Tel un guitar hero, Corgan se lance dans un solo dantesque, avançant au bord de la scène. Sur ce premier morceau, on sent bien ce qu'il se passe entre lui et son batteur : une osmose artistique rare. S'amusant à intégrer l'hymne américain au milieu du morceau, Billy Corgan fait monter la pression jusqu'à la fin, noyée sous les guitares saturées. La set-list balancera entre les morceaux du dernier (That's the way (my love is), United States, Tarantula, et grands moments de la carrière des Pumpkins (Bullet with butterfly wings, Today, Tonight tonight, Thirty three, Glass and the ghost children - fantastique, apocalyptique, hallucinant, n'en jetez plus !). Une set-list imparable ! Ajoutez à cela une pause acoustique magnifique à mi-parcours et un final de métal froid, rageur et violent... et vous obtenez une soirée parfaite. Le charisme de Billy Corgan est impressionnant, il est difficile de quitter ce grand chauve des yeux. Et puis, les Pumpkins c'est tellement de souvenirs pour moi... Les entendre jouer To Sheila, par exemple, quels frissons ! Et puis les nouveaux titres sont taillés pour les concerts, Tarantula en tête. Et puis, et puis... c'est les Smashing Pumpkins, merde.
Le lendemain, l'affaire Pumpkins était sur toutes les lèvres : "ils ont pas voulu être pris en photo ! Ils ont fait venir de l'eau de Paris !" Ouah ! sans déconner ? Mais c'est le cirque Rock n' roll, ça, ni plus ni moins ! " Ils ont joué du métal !" Mais ils viennent de là, ils sont déments pour ça, vous le saviez pas ? A quoi bon s'énerver, après tout, c'était tellement prévisible. En attendant, je ne boude pas mon plaisir : un nouvel album dément, alors qu'on les croyait finis, une tournée et votre serviteur qui a enfin pu les voir. Que demande le peuple ? Eh bien, la cerise sur le gâteau : Sonic Youth ! Et ça, ce sera pour le dernier numéro "Route du Rock" les amis.