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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 10:47

I never gonna know you now,

 but i'm gonna love you anyhow

Le 21 octobre 2003, Elliott Smith se suicidait. Douloureux souvenir, et geste qui nous privait définitivement de nouveaux éclats musicaux, de nouvelles mélodies qui vous percent, vous transpercent et vous arrivent droit à l'âme et au coeur. Je sais, en commençant ce post, que je vais avoir beaucoup de mal à parler d'Elliott Smith et de sa musique, et plus encore de ce qu'elle me fait, m'évoque. La musique d'Elliott Smith, je l'ai découverte en 1997, à la sortie de son troisième album Either or, puis elle ne m'a plus jamais quitté. Je l'écoute très souvent, il se passe rarement plus de deux mois sans que j'y retourne.  Dix ans déjà, donc, sans sa musique, excepté le chef-d'oeuvre posthume From a basement on the hill, ultime poignée de chansons sublimes et essentielles, et pourtant j'ai l'impression qu'il est toujours là, désormais vieux compagnon, présence bienveillante, repère immuable : le plus grand songwriter des années 90.

Tout a commencé avec Either or, qui marquait la fin d'une période pour Elliott Smith, et qui venait clore une trilogie entamée avec Roman candle, et poursuivie avec Elliott smith. Soit trois albums à la production sèche, suintant la dépression et d'où sourdait déjà derrière le jeu de guitare les harmonies sublimes qui allaient éclabousser ses futures chansons. Je n'ai jamais pu me remettre d'Either or tant cet album s'est imposé à moi avec la violence de l'évidence. Elliott Smith a ce don rare de parler au plus profond de celui ou celle qui l'écoute, de s'insinuer dans votre psyché, et de vous renvoyer un écho aussi troublant qu'intime sur votre propre vie. La production y est sans doute pour beaucoup : simple, sèche, presqu'aride, elle laissait la part belle au jeu de guitare délicat et recherché d'Elliott et à sa voix fragile, moins assurée qu'ensuite, souvent dédoublée, par pudeur autant que par nécessité harmonique. Cette première trilogie est un graal absolu de folk urbain, qui aura capturé la grisaille de Portland, le dégoût de soi, le temps qui passe jamais à la bonne vitesse. Parfois, la léthargie, la fatigue semblent l'emporter, jusque dans l'incapacité de nommer certains morceaux (Roman candle contient 4 morceaux No name numérotés) et on entend Elliott se battre contre ça. Et Either or se conclut sur Say yes, un léger râclement de gorge, deux guitares, sa voix qui se dédouble et une promesse d'un peu de lumière. 

 


 

Après cette triplette d'albums, c'est le grand saut pour Elliott, il signe chez Dreamworks, et reçoit en pleine figure une lumière qu'il ne désirait peut-être pas tant. Mais cette signature lui permettra de développer sa musique, et de la faire passer dans une autre dimension. Alors que les trois précédents étaient une photographie précise et brute des états d'âme du chanteur, XO, plus produit, habille les morceaux d'autres couleurs, même si un sommet du disque comme Waltz #2 reprend les choses là où il les avait laissées. Désormais dans un vrai studio, les talents de compositeur d'Elliott pouvaient éclater, sa science innée des harmonies, sa manière subtile d'arranger, son obsession pour les Beatles (plutôt double blanc). XO se pare de teintes automnales, de nouveaux instruments s'invitent (piano, cordes). Sa musique reste cependant irriguée par son mal être, tiraillée cette fois entre ce qu'offre un studio et toujours ce manque de confiance, cette humilité, ce sentiment d'être vain qui touche chez lui. Alors sur Everybody cares, everybody understands c'est une guitare sèche, grattée violemment, presque par dégoût qui ouvre le morceau, avant des arrangements plus complexes. XO contient de nombreux chef-d'oeuvres et se termine par une chanson a-cappela, chantée uniquement par Elliott, le seul type capable de chanter "i always feel like shit" avec tant de douceur. XO sera son album le plus vendu, 200 000 exemplaires. 

Puis il y aura Figure 8. Dernier disque à être sorti de son vivant. Alternant ballades somptueuses, et morceaux plus électriques, l'album est encore un chef-d'oeuvre, la musique coule, la production étoffée est désormais un écrin parfait pour les mélodies d'Elliott, et l'émotion que l'on pouvait ressentir à l'écoute des premiers albums est intacte. Elliott se débat encore avec ses démons, ses cauchemars (had the dream of an army man with the order just to march in my place, while dead enemies scream in my face), mais le fait dans une luxuriance pop sublime. 

Après sa mort sortira From a basement on the hill, qui navigue entre sa première période, et ce qu'il a enregistré ensuite chez Dreamworks. Ultime chef-d'oeuvre. Memory lane, rien que celui-là, mérite qu'on achète ce disque. 

 

 


 

Je me souviens avoir, avec l'ami Max et sa Carole, parlé longuement d'Elliott, on était tombé d'accord sur l'aspect urbain de Figure 8 et on avait fredonné, alcool aidant, le début de l'album. Sourires aux lèvres. La musique d'Elliott Smith permet ça, parce qu'elle est profondément humaine et qu'elle éclaire ceux qui l'écoutent.

 

Un des derniers concerts d'Elliott Smith. Bouleversant.

 

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Published by Ben - dans freretoc
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commentaires

Ben 26/10/2013 14:37


très drôle. si laure se mettait à écouter un album d'elliott smith, pour sûr qu'elle aurait du mal à tourner la page... ps : l'utilisation de "pour sûr" est volontaire. 

Thomas 26/10/2013 11:56


Avais-tu remarqué que tu avais posté ton article juste 10 ans après sa mort ? Le hasard fait bien les choses.


Sinon Laure a dit qu'il fallait tourner la page et passer à autre chose.