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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 21:42

Et si on commençait 2011 par une des plus belles chansons du monde ?

 

 


 
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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 11:37

Il y a sept ans, Elliott Smith choisissait de se suicider. Il laissait cinq albums, d'une beauté et d'une pureté incroyables et parfois insoutenables. Sa musique me touche au-delà des mots. Elle m'accompagne tous les jours. Ne sachant pas si le fameaux mur de Figue 8 existe encore et ne pouvant de toute façon pas me rendre à Los Angeles histoire d'écrire quelques mots dérisoires dessus, qu'il lui soit rendu hommage ici : ce type était merveilleux, humble et sans doute trop fragile et honnête pour ce bas-monde.

 

 

 


 
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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 12:30

 

On pourrait se lover dans ce disque, comme on le ferait par un après-midi - pluvieux ou non - au creux d'un oreiller familier. Tout y semble tellement parfait, la trompette de Chet, les standards choisis... Les musiciens jouent avec délicatesse, mais sans tomber non plus dans une joliesse niaise ; un soin quasi maladif pourtant peut s'entendre dans chaque note jouée, chaque fin de morceaux avec les dernières grappes de notes célestes, comme pour bien faire comprendre que - tout de même - ici tout se joue à un niveau stratosphérique. On pourrait... sauf que derrière ce perfectionnisme discret, derrière ces chansons d'amour, et dans la voix de Chet Baker s'insinuent un malaise, un poison, d'autant plus puissants qu'ils se parent des plus beaux atours. La trompette est légère, elle pourrait presque paraître espiègle ou sautillante parfois, quant au chant de Chet Baker, il est la douceur même. Mais tout, dans cet album, ne parle que d'amours déçues, de solitudes amères, ou de désastres à venir.

 

Le morceau-phare du disque, My funny valentine, apparaît comme l'ultime tentative de garder éternellement l'insouciance, la jeunesse. "But don't change your hair for me, not if you care for me, stay little valentine, stay". Capturer ce qui par essence n'est beau que dans l'éphémère, faire durer ce qui ne peut durer. Bien évidemment, c'est un coup à se cramer les ailes. Ce morceau a pris trop de place, Chet Baker en a livré une version absolue, définitive, et My funny Valentine a occulté le reste. Pourtant, The thrill is gone, qui vient vers la fin du disque et un peu après My funny Valentine synthétise le mieux l'album.  Baker n'avance plus masquée derrière une légereté de façade : cette chanson glace immédiatement comme lorsque, dans un éclair de lucidité, on s'aperçoit qu'on disparaîtra un jour. Cette fois, le doute n'est plus permis : à aucun moment dans le disque nous n'avons été face à une mélancolie langoureuse, paresseuse, qu'on recherche parce qu'on trouve terriblement romantique de se sentir le plus triste du monde. Ce sentiment tellement adolescent. Non, là, le frisson est vraiment parti, l'amour n'est plus que cendre, la jeunesse aussi. Chet ravale des sanglots, sa voix se fait plus grave et le morceau sonne comme une marche funèbre, "les nuits sont froides car l'amour est vieux". Que veut-il nous faire comprendre ? Qu'il n'y aurait qu'une forme d'amour pur, celui des débuts, des premiers étés, des premières expériences et que le temps ne peut que le ruiner ? Est-ce d'avoir couru après cette pureté de l'expérience sans jamais la retrouver qui l'a rendu aussi malheureux ? Ou sa Valentine a-t-elle changé de couleur de cheveux ? Avec ce morceau, Chet Baker nous livre peut-être les clés de son destin, celui d'un type en quête d'absolu qui n'aura pu que constater, amer et bouffi d'alcool que le frisson premier n'est que feu de paille. La plupart des gens s'en accomodent, Chet Baker n'aura pas su s'y résoudre.C'est ce qui fait toute la noirceur de The thrill is gone, c'est ce qui empoisonne Valentine, condamnée à ne demeurer qu'une image à jamais figée dans le temps, c'est ce qui fait de la voix de Baker une morsure plus qu'une caresse.

 

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 17:37
texas-jerusalem.jpg

The Texas-Jerusalem crossroads est une anomalie et une énigme. Anomalie car sorti à une époque qui a oublié le sacré, le mystique, l'ascèse et l'extase, et à un moment de l'histoire de la musique où le rock simple et efficace bouclé en trois minutes reprenait ses droits et sa place en tête d'affiche. Enigme, car unique oeuvre des Lift to Experience, comme une étoile filante jaillissant au plus noir de la nuit et qui continue à éclairer longtemps après son passage. Je n'ai jamais percé les mystères de ce double-album, je n'en ai pas envie, pas besoin, car c'est précisément ses zones d'ombre, ses images hallucinatoires, son mysticisme revendiqué qui en font une oeuvre aussi puissante. Je ne peux que me borner à décrire ce que je ressens à chaque écoute, en essayant d'être le plus précis possible.

 

Lorsque j'étais gosse, j'étais fasciné par le bruit des trains qui passaient à quelques kilomètres de chez moi. Le soir tombé, le silence envahissait le lotissement et s'étendait à la ville plus bas, et ce bruit merveilleux me parvenait dans toute sa pureté, sa profondeur, charriant un flot d'émotions sur lesquelles je n'arrivais pas à mettre de noms. Kerouac, Morrissey (and when a train goes by it's such a sad sound) y arrivaient sans mal, eux. Lift to Experience est le seul groupe capable de sonner comme un train, juste avec un traditionnel guitare-basse-batterie. Ils en ont capturé l'essence-même, tous ses non-dits, et tout ce qu'un train peut véhiculer comme images, comme symboles contradictoires, comme destins opposés. Et bien-sûr toute la mythologie qui accompagne les trains : le déracinement, les départs, les longues plaines désertes et poussiéreuses, l'horizon immense. Peut-être que j'hallucine (c'est le but du disque) mais j'ai l'impression, lorsqu'ils nous font traverser leurs tempêtes électriques, que la voix de Josh Pearson s'est tue, et que la batterie cogne à intervalles réguliers, qu'ils ont dû écouter des trains à longueur de nuits blanches et que ces trains passaient à la même distance que ceux que j'ai moi-même entendus, enfant.

 

Josh Pearson, chanteur du groupe, nous embarque avec ses deux acolytes dans une longue histoire ("this is the story of three texas boys" commence-t-il dès l'ouverture du disque) influencée par les textes bibliques. Histoire d'apocalypse, de terre promise, d'anges et de démons, de péché et de rédemption. Les trois musiciens font danser la poussière, rugir les trains, descendre les anges, parfois Pearson murmure dans les aigus et sa voix est la plus pure que j'ai jamais entendue, d'une précision et d'une délicatesse infinies, et on sent que le type est un illuminé, un vrai, au sens propre du terme : il a vu la lumière, il a été touché. Peut-être a-t-il été lavé de tous péchés par un évangéliste à la longue robe immaculée dans une rivière du Texas. Peut-être pas. En tout cas il ne fait aucun doute, à l'écouter chanter, que Pearson est tout entier tourné vers sa mission, et qu'il est d'une sincérité et d'une foi absolues et inaltérables. La musique de Lift to Experience est magnifique, il ne faut pas s'y tromper. Derrière la puissance sonique, derrière la batterie qui cogne, tout, absolument tout, est tourné vers la beauté. De la saturation naissent des scintillements, des poussières d'étoiles, et les trois compères de chercher inlassablement le divin, le sacré, la pureté. 

 

Disque conceptuel, ambitieux, The Texas Jerusalem... évite pourtant tous les écueils de ce genre d'albums, car le message délivré par Pearson est d'une honnêteté totale. Il n'essaye pas d'épater son monde en étalant sa virtuosité (vocale et instrumentale). Tout ce qu'il joue et chante obéit à un dessein supérieur. "We're singing this song because we have to not because we want to". Cette phrase répétée par Pearson plusieurs fois dans Down with the prophets est une profession de foi. Leur musique est belle, fascinante, enivrante, et elle échappe à la raison parce qu'elle dépasse leurs auteurs, parce qu'elle doit exister, quel que soit le médium. Les trois texans ne sont que des réceptacles et des messagers d'une parole sacrée. Je vois et j'entends d'ici les cyniques. Je ne suis pas spécialement une grenouille de bénitier. Et je me contrefous de la volonté divine. Mais Pearson aujourd'hui, à l'image de Bach en son temps, et de Cash dans le sien, me dévaste, me bouleverse et m'impressionne. Ces gars qui ont mis leur talent au service d'un truc qui les dépasse et qu'ils mettent au-dessus de tout. Leur art n'en devient que plus touchant et gagne en humilité. Et, pour peu qu'on s'y plonge, qu'on fasse cet effort - car cela demande un effort -, ils nous font entrevoir un peu de cette illumination.

 

Alors, depuis presque dix ans, j'écoute régulièrement cette grande oeuvre, imposante, qui force à l'ascèse, comme lors de ces longs passages instrumentaux, où tout se fait plus sec, désert, poussière et la guitare de Pearson qui égrène des notes qui semblent venir du fond de la nuit. Je l'écoute aussi pour l'extase que provoquent certains passages, comme cet incroyable choeur a capella dans lequel se démultiplie la voix de Pearson, à la fin du premier disque, et que la lumière perce à travers les nuages comme il le chante si bien : "when that light breaks trough the clouds, we're all gonna sing and we're all gonna shout", ou lorsque, de sa voix aiguë, il survole l'apocalypse instrumentale pour livrer une mélodie sublime et intouchable. Je l'écoute pour ses moments furieux, où les instruments se déchaînent, me vrillent les tympans, font tomber la foudre et rugir le vent. Je l'écoute car peu de disques sortis dans les années 2000 n'ont cette force, cette absolue honnêteté. Parce qu'on nous prive de ça à longueur de journées, parce que ce n'est pas raisonnable. Parce que le sacré a disparu, et qu'on erre comme des cons avec des ipod et des mp3. Parce qu'à chaque fois je ressens physiquement cette musique autant que spirituellement. Je l'écoute pour être illuminé.

 

Le disque se termine par ces mots, murmurés par Josh T. Pearson sur une mélodie à pleurer de grâce : "follow me over the Jordan, across the desert sand, follow over Israel into the promised land, follow me over the Jordan, across the desert sand, follow me into Texas, into the Promised Land". Le suivre, partir, tout laisser le temps d'un disque, l'illumination est à ce prix. Mais ce qu'il y a au bout n'en a pas.

 

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 15:06
Gil Scott Heron vient de sortir un nouvel album. Et il a écrit ces quelques mots pour la pochette :

"There is a proper procedure for taking advantage of any investment.
Music, for example. Buying a CD is a investment.
To get the maximum, you must :

Listen to it for the first time under optimum conditions.
 Not in your car or on a portable player through a headset.
Take it at home.
Get rid of all distractions. (even her or him).
Turn off your cell phone.
Turn off everything that rings or beeps or rattles or whistles.
Meke yourself comfortable.
Play your CD.
Listen all the way through.
Think about what you got.
Think about who would appreciate this investment.
Decide if there is someone to share this with.
Turn it on again.
Enjoy yourself."

 

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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 10:07
eternal-sunshine.jpg
Une décennie s'achève. Je n'ai pas le sentiment que ça fasse grand chose à qui que ce soit, alors que paradoxalement la propension à faire des tops, des bilans, des analyses, à mystifier et démystifier le passé est devenue endémique par chez nous. Peut-être est-ce parce que je m'intéresse de moins en moins au bruit ambiant, en tout cas c'est l'impression que j'ai.

En réalité, une décennie ne dure jamais vraiment dix ans, elle ne commence et ne s'arrête jamais aux bornes fixées par le calendrier. Pour moi elle commence à la sortie de Pre millenium tension de Tricky, soit un an avant 2000. Disque qui n'a cessé de me hanter et que j'écoute régulièrement, dix ans après. Une musique qui est aussi un absolu, un point de non retour, qui n'allait embarquer personne dans son sillage, qui ne traçait aucune route. Après un album pareil, le grand revival, le grand recyclage pouvait commencer : les singes savants allaient débarquer avec la panoplie complète, ça aurait pu durer deux ans, ça fait dix ans que c'est installé. Plutôt que sauter dans le vide, demi-tour toute.  Les 2000 n'auront pas eu leur trip hop. Finalement, je ne pense pas qu'elle soit achevée cette décennie. et Il faudra bien que quelqu'un débarque et fasse exploser ça, comme Tricky et sa borne Pre millenium. Bon, j'ai probablement loupé le nouveau langage, sans doute, ce qui prouve juste que s'il est apparu, il n'aura pas eu l'écho du trip hop en son temps.

Quoi qu'il en soit, je n'ai jamais réussi à faire la moindre liste, le moindre top (exception faite des "disques qui changent la vie" qui, de toute façon, ne constitue ni un classement, ni une liste). Je n'ai que des souvenirs épars, plus ou moins forts d'oeuvres qui m'ont accompagnées. D'immenses émotions au cinéma, des vrais chocs, des images qui restent en tête longtemps, qui laissent vaguement hébété à la sortie de la salle, dans le soir qui est tombé : Lost in translation la fin, bien sûr, et l'effleurement de mains dans l'ascenseur, Eternal sunshine pour les scènes de bonheur du couple, Match point pour ce crescendo hallucinant, les kill Bill, rien que l'enterrement d'Uma Thurman vivante, le début du Nouveau monde de Malick qui est peut-être ce que j'ai vu de plus beau, une perfection, Two lovers et le sein de Gwyneth Paltrow, les Star wars II et III, indissociable d'une période de ma vie (Max si tu lis ça...), l'excitation incroyable que j'ai ressentie dans la file d'attente pour l'épisode II... Un truc de gosse. Le même que pour Le seigneur des anneaux. Le trip de Gerry, ces deux mecs qui se perdent dans le désert, Brown bunny  de Vincent Gallo, et Duris dans De battre mon coeur s'est arrêté... J'aime chaque seconde de ces films. J'ai écumé les salles obscures, j'ai pesté contre les vf désastreuses, je me suis enquillé les films de super-héros, certains franchement mauvais, j'ai pas poussé le vice à me taper les films français avec Vincent Lindon ou je ne sais qui sur un avocat du XVIe qui trompe sa bourgeoise. J'ai vécu de très grands moments dans les salles obscures.

J'ai écouté des tonnes de disques aussi. J'insiste : des disques bordel, pas des mp3 merdiques. Là, plus encore que le cinéma, certains me possèdent. Le dernier en date : Spiritualized, évidemment. Impossible de me l'enlever du crâne. Mais contrairement au cinéma, la décennie musicale est plus vague pour moi. J'ai du mal d'ailleurs à me rappeler des années de sortie. Songs for the deaf ? Si je ne jette pas un oeil sur le boitier, je ne saurais pas dire en quelle année il est sorti. Plutôt au début de la décennie, non ? J'ai beau essayer, je suis dans le brouillard. Je ne vois pas de nouveaux courants imposant de nouvelles donnes, ce qui ne veut pas dire qu'aucun grand disque n'est sorti. Pendant ces dix dernières années, je me suis ouvert à tout un pan de musique que je ne connaissais pas : une musique américaine, plus violente, plus sombre alors que j'écoutais des trucs plus anglais auparavant. Et puis j'ai remonté le fil du temps, je me suis pris en pleine tronche Dylan, Mozart, Puccini, Bach, Miles Davis - les cyniques diront que ce sont des goûts très polissés, très convenus, ce qui n'est pas faux. C'est convenu, mais il y a une raison à cela : ce sont des grands, qu'on peut écouter indéfiniment. Ils durent. Pas certains que la majeure partie des autres puisse en dire autant. Tout de même, j'ai toujours essayé de garder une oreille collée aux rails, histoire de. J'ai sué dans le désert stoner en balançant la tête, j'ai halluciné en écoutant et en allant voir 31 knots, un groupe qui propose quelque chose, qui cherche et trouve souvent un langage n'appartenant qu'à lui. Les relectures des musiques marquantes (les Strokes étant le point de départ de toute cette tendance) ont laissé apparaître de grands groupes, souvent en Black (Angels, Mountain, Keys) et des groupes ridicules ou anecdotiques. Des gens incapables de s'exprimer honnêtement, obsédés par leur image, des poseurs ineptes.

Et puis durant ces dix ans j'ai vu pas mal de concerts, arpenté la meute des indés qui n'ont jamais manqué de me faire rire. Je me souviens que, dans les premiers concerts à Paris, alors que j'étais excité comme une puce d'enfin toucher du doigt ce que je désirais tant, la plupart des gens dans le public avait l'air blasé, ennuyé, agacé même et ce avant que le concert ait débuté. Ca m'avait paru étrange. La pose intellectuelle qui consiste à ne s'enthousiasmer pour rien m'a toujours affligé. C'est juste un comportement par défaut. Le cynisme a envahit tout. Si on s'enflamme pour un groupe (à tort ou à raison), on vous regarde comme si vous débarquiez de Mars. Désôlé si je ressens encore des choses. C'est possible de simplement ressentir encore ? De l'autre côté du spectre indé, mes dix ans de concert m'ont fait découvrir les décérébrés, pauvres cons et connes amoureux d'une image (qu'ils n'ont pas inventée, qu'ils croient leur, et qui change au gré du temps qu'il fait, un coup Strokes, un coup new wave et blabla). Des jeunes gens persuadé qu'ils écoutent la meilleure musique du monde, alors qu'ils ont dix disques, un disque dur de 250 go de musique qu'ils n'écouteront jamais mais c'est beau tous ses fichiers dans l'ordinateur - et bien sûr ils écoutent les deux ou trois titres qu'ils adoooorent en boucle et en mp3 sur des enceintes d'ordinateur de merde. Allez, vous les connaissez, ils ont adoré la musique de la pub pour Apple, et ils trouvent que MGMT c'est géniaaaal, sans parler de XX, quels génies ! Bref. Heureusement, j'ai aussi croisé des gens passionnés, ils se tiennent souvent un peu à l'écart, ferment les yeux, et écoutent un concert plus qu'ils ne le regardent.

...

La dématérialisation de la musique est symptomatique de notre époque qui nous a fait croire qu'il n'y avait plus d'usines, plus d'ouvriers, plus de mains et de bras, en fait. La musique a subit ça aussi de plein fouet. Les instruments ont disparu des écrans de télé, ça ne date pas d'hier. Et maintenant c'est le support disque qui va disparaître. Merde. Crumb, un vieux con réactionnaire que j'adore, expliquait que le rituel de changer de face un disque le comblait. Dix ans ont passé pendant lesquels tout le monde s'est préparé à ça. Fin des disquaires, fin du support, gratuité. Le support cadrait les oeuvres : fallait sortir un album (9 à 12 morceaux, pourquoi pas un double...) pondre un truc homogène, pensé, ou au contraire un patchwork délirant, mais tout était ramené aux 70 minutes et quelques du contenant. Et il fallait payer, ce qui est la moindre des choses. Et les mecs qui tenaient en main l'exemplaire de leur premier disque connaissait un truc intense indescriptible. Est-ce que la dématérialisation signera aussi la fin du format album ? Et au profit de quelles formes ? Marrant que plutôt que de réfléchir à ces questions les Lips préfèrent balancer Embryonic un double album achetable chez des disquaires, une oeuvre homogène et longue, alors qu'ils auraient pu la saucissonner en 4 titres téléchargeables. Les derniers des Mohicans avec panache.

...

Le plus marquant dans cette décennie me paraît être l'incroyable qualité atteinte par certaines séries. Les Soprano et Six feet under en tête. Profondeur psychologique, intelligence du propos, acteurs incroyables... l'intime décortiqué, mais pas le trivial ou le graveleux, juste l'intime. Un peu comme au cinéma, d'ailleurs, ou même les super-héros ont dû se dépêtrer avec la vie, comme tout un chacun. Le plus génial dans tout ça, c'est que jamais ce n'est tombé dans le psychologisant. Et que, souvent, ces séries étaient drôles.

...

Bon, j'ai bien conscience que tout ça est très épars, mais comme je l'ai déjà écrit, je suis incapable de faire des listes ou des bilans. Et essayer de citer tout ce qui m'a marqué pendant ces dix dernières années ressemblerait plus à une interminable liste sans queue ni tête. Quoi qu'il en soit, une nouvelle décade se pointe, et je ne sais foutrement pas ce qu'elle nous réserve. Je sais seulement que je continuerai à acheter des disques tant que des gens en feront et que d'autres en vendront. J'éviterai le plus possible les festivals, je me tiendrai éloigné aussi des hypes diverses et des polémiques stériles, ce qui maintiendra ce blog à 10 visiteurs. Et ça sera pas plus mal...

Ce blog, tiens. Il n'est pas mort, même s'il n'est plus tout à fait vivant non plus. Quelques "disques qui changent la vie" devraient arriver (Lift to experience, Chet Baker, Vincent Gallo, entre autres...) et puis... qui sait, on verra bien. D'ici là, bon vent à tous.
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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 10:28


Depuis quelques temps, je me demandais si j'étais encore capable de faire preuve d'objectivité quant à Dylan. Son nouvel album Together through life m'a rassuré sur ce point. Car si ce disque est encore un bon cru, contenant de splendides morceaux, certains comptent parmi les pires qu'il ait enregistré depuis une quinzaine d'années, soit juste avant la sortie de Time out of mind. Bon, je suis sévère là, ce sont juste des morceaux assez ennuyeux, pas bien écrits, et anecdotiques, qui demeureront noyés dans sa discographie monumentale et qui n'arrivent même pas à écorner la grâce et la classe de son dernier effort studio. Finalement, sur les très moyens Jolene et If you ever go to Houston, Dylan se fait piéger à son propre jeu, lui qui depuis 20 ans n'a d'autre ambition que de se fondre dans la masse, et être un chanteur américain lambda (comme si c'était possible, ou ne serait-ce qu'envisageable). Le ton est donné dès la pochette, avec le nom de Dylan qui paraît avoir été apposé en série. Si on n'avait pas encore compris, Dylan nous en remet une couche : c'est juste un disque de plus, ni plus, ni moins. Du Dylan à la chaîne... C'est vrai que depuis un moment, le Zim enchaîne : Modern times n'est pas si loin, quant à la série des Bootlegs, la dernière parution est encore en rotation lourde dans mon lecteur.

Dans Together through life, Dylan sonne apaisé, la musique coule de source et est plus légère, beaucoup plus légère que sur Time out of mind ou Modern times. Ici, il revisite l'héritage de la culture mexicaine et fait la part belle à l'accordéon. L'instrument donne une couleur unique au disque et dans la discographie du Zim, une chaleur qui fait naître une foule d'images dans la tête. Le beau cliché de la pochette m'a tout de suite fait penser à Kerouac, et la musique aussi, comme dans le magnifique This dream of you dans lequel on se croirait à la fin d'un mariage mexicain, tout le monde est un peu parti, les gosses courent sous les tables ou terminent le fond des verres pendant qu'un groupe joue une vieille rengaine, et pis merde, on se retrouve marié, des étoiles dans les yeux et de l'alcool fort de contrebande dans les veines, pour le meilleur et le pire. C'est là que Dylan est fort : ça pourrait sonner comme un énième groupe de bal, des gars qui jouent bien mais sans génie, mais avec lui, ça prend tout de suite une autre dimension. Alors, oui l'ombre de Kerouac plane, et donne envie de relire ses pages consacrées au Mexique.

Et puis, même si l'album a visiblement été enregistré à la cool, avec des musiciens détendus qui maîtrisent parfaitement leur sujet, Dylan instille sa poésie unique, sa vision qui n'appartient qu'à lui faite de rencontres entre la grande histoire et l'observation fine du quotidien, comme lorsqu'il chante sur le dernier morceau "
Big politician telling lies / Restaurant kitchen, all full of flies". Bref, il est relax mais ne sacrifie pas ses talents de parolier pour autant.  Au début, à la sortie du disque, je me suis dit que les louanges qui tombaient sur Dylan révélaient les mêmes tics insupportables des journalistes de la presse rock : un d'eux lâche un "c'est un Dylan génial" et tout le monde suit. Ils font pareil avec Woody Allen et tant d'autres... Qu'ils ne s'étonnent pas que leurs ventes se cassent la figure. Donc l'affaire était entendue : c'est un Dylan génial... Je parie que pour le prochain, il récoltera une volée de bois vert le Zim. En fait Together through life, quelques mois après, se révèle être l'équivalent tex mex du country Nashville Skyline en son temps, soit un excellent album qui s'installe rapidement mais dure, et qu'on a toujours envie de réécouter. Un disque qui fait moins peur que Time out of mind, par exemple, avec ses fantômes et sa noirceur. Un disque qui se termine par un It's all good, un blues du tonnerre que ne renierait pas RL Burnside et dont le titre, à deux exceptions près, décrit parfaitement cet album.

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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 16:19

De toute l'oeuvre de Neil Young, de toute cette immense discographie traversée d'orages électriques et de légères brises, qui navigue entre pastorales et cheval fou, qui console souvent, tout autant qu'elle ravive la flamme rock n'roll en chacun de nous, et qui redonne aux mots liberté, intégrité, honnêteté leurs lettres de noblesse, pourquoi celui-là, pourquoi Greendale ? Je me souviens d'étés à la rivière où After the goldrush me semblait aussi évident et vital que l'eau qui coule, je me souviens des décharges électriques qui s'insinuaient dans mon cerveau à l'idée d'une Cinnamon girl, et des envies de se ranger tranquille à la campagne quand vient le temps des moissons... Pourtant, Greendale m'est apparu comme le disque de Neil Young qui a changé ma vie. Je ne saurai dire pourquoi. C'était de l'ordre de l'évidence, et ça ne souffre aucune discussion, aucune analyse.

Greendale est objectivement trop long, répétitif, chaque morceau aurait pu être raccourci de moitié. Et pourtant ce disque me fascine. Certainement parce qu'il raconte une histoire, et que j'adore les histoires. Neil Young invente une petite ville, Greendale, et raconte l'histoire d'une famille (le grand-père, la grand-mère, enfants et petits enfants...). Concept album ? Oui, mais, dans le cas de Young, pas de quoi s'affoler. Rien de grandiloquent ici. On n'est pas chez les Who, ou Pink Floyd... Humilité semble avoir été le maître mot. Pas de grands messages (tout juste des trucs un peu bateau, usés jusqu'à la corde - il faut sauver la terre et faire ce qu'on peut avec amour et affection, mmm, rien de bien transcendant), le Loner nous parle d'une famille lambda, humble, donc, mais il n'en dégage aucun pathos. Il raconte, tout simplement, sans juger mais avec un vrai amour de ses personnages.

La musique renoue avec l'urgence du Crazy Horse, le son est brut, la batterie claque comme si elle était enregistrée dans un local minable avec un micro qui l'est tout autant... Et ça fait du bien. La structure de certains morceaux de bravoure du disque
(comme le fabuleux Grandpa's interview) emprunte au Jazz : un thème au début, de longs passages improvisés, puis retour du thème, ce qui agit comme une madeleine de Proust... Il nous a embarqué si loin le père Young, que lorsque le thème revient, on s'aperçoit qu'on était vraiment à Greendale... Eh oui, ça rappelle Cowgirl in the sand, tout ça... Bon, il est vrai que sans parler anglais, l'album perd un peu de son aura étant donné que chaque morceau est à considérer comme un chapitre d'une histoire.

J'ai achété le disque à sa sortie en 2003 et il était accompagné d'un dvd, mais pour une fois (chez Neil Young comme chez les autres) ce n'était pas un attrape-nigaud. Le Loner a eu la bonne idée d'y inclure un concert solo acoustique à Vicar St en Irelande, tout Greendale seul, entrecoupé d'explications sur la création de cet univers et sur les personnages eux-mêmes. Ainsi, j'avais dans le même objet les deux facettes de Neil Young : acoustique et électrique. Et surtout Greendale abordé de deux manières : comme une histoire bouillonnante et violente de paumés magnifiques menée tambour battant par le Crazy Horse en grande forme, même si la puissance du groupe est ici canalisée, et fait plutôt penser à un road trip, l'impression d'entrer dans l'album comme on se lance pour un long voyage en voiture, fenêtres ouvertes et soleil pour tout horizon. Les rythmiques répétitives sont comme les marques blanches au sol. J'ai beaucoup écouté ce disque en voiture, seul, avec la vie de Greendale dansant devant mes yeux ; ou alors comme une histoire chantée au coin du feu, une histoire intemporelle, mais définitivement terminée alors que les chevauchées de la version électrique donnent le sentiment que l'histoire se joue sous nos yeux, avec une urgence et une intensité qui débordent et se glissent dans la moindre inflexion de la voix de Neil Young/Grand Pa ou du moindre solo du loner.

A l'urgence répond le pastoral, le posé, soit l'histoire s'écrit soit elle est déjà de l'ordre du mythe, du conte, et rejoint ce qui doit se transmettre en dépit de tout. Alors la question n'est même plus de savoir pourquoi ce Greendale mais plutôt comment diable Neil Young arrive-t-il à être aussi brillant dans ces deux registres, avec la même histoire ?
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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 10:03

Twin Peaks,
la série de David Lynch, a presque vingt ans, mais je ne l'ai découverte que ces derniers temps. Quand elle a déboulé à la télé, j'avais 9 ans, je n'aurais rien compris et puis je suppose que seule Canal + la diffusait... Vingt ans après, la série n'a pas pris une ride, et pour cause : il est difficile en la regardant de saisir à quelle époque on se situe, tant Lynch brouille les repères temporels : il pioche ça et là dans diverses décennies - les années 50 pour les jeunes (les jupes des lycéennes, le côté James Dean de... James), les années 80 pour les soap opéras qui passent en boucle chez certains habitants de Twin Peaks... L'identité visuelle de la série passera donc sans encombre les années, la petite ville de Twin Peaks se situant dans une capsule temporelle vaporeuse, qui la place hors du temps, et donc des modes qui passent et trépassent et rendent ringard n'importe quel costume des séries dépassant dix ans d'âge.

Bienvenue à Twin Peaks, donc. 51 200 habitants, indique le panneau à l'entrée. Et c'est vrai que cette bourgade a tout pour plaire, chez nous 50 000 habitants c'est déjà une bonne ville, mais chez Lynch, on a l'impression d'être dans un village indolent, où tout le monde connaît tout le monde, et où le poste de police est à taille humaine. Twin Peaks est entouré de forêts touffues et hautes, visiblement profondes et séculaires. Une bruine semble tomber continuellement, le brouillard est un familier des lieux... Bonne ambiance, qui sera reprise avec brio et succès par Chris Carter pour ses X Files... Mais quand le corps de Laura Palmer - emmailloté dans du plastique - est découvert, l'assistant du shérif se met à pleurer et les choses déraillent sévèrement.

Dire que la série est barrée, que les personnages sont au mieux des doux rêveurs, au pire des frappés, disjonctés, cinglés, est un peu court et un peu caricatural. Twin peaks, une galerie de freaks ? A y regarder de plus près, pas vraiment. L'aspect parodique de la série, très présent dans les premiers épisodes ne doit pas masquer le réel attachement de Lynch à ses personnages et à leurs étrangetés. A Twin Peaks, on fait comme tout le monde, on regarde des soap à la télé, on boit des cafés et on mange des tartes au dinner, on aime les donuts... bref, le quotidien américain banal. Alors quand la "femme à la bûche" vient prendre son café, avec, comme son nom l'indique, sa bûche portée comme un bébé, et à qui elle parle, ça ne choque pas grand monde. A Twin Peaks, chacun ses excentricités. Chaque personnage a donc un côté déglingué, branque, appelez ça comme vous voulez, le mieux c'est que non seulement ces excentricités paraissent acceptées, mais elles sont aussi prises en considération par beaucoup. Bref, si d'aventures vous croisiez la femme à la bûche, écoutez ce qu'elle a à vous dire... (la bûche, ça va de soi), sinon ça risquerait d'être mal pris. Lynch a donc un réel amour pour ses personnages, ça se sent, pas un hasard d'ailleurs s'il apparaît dans la série, pour y jouer un agent du FBI proche de Dale Cooper, sourd comme un pot, absolument hilarant et d'une gentillesse confondante. Le décalage des personnages, très rapidement, devient tout ce qu'il y a de plus naturel, ce qui n'est pas le moindre des tours de force de la série. S'arrêter à Twin Peaks, ce n'est pas simplement se retrouver hors du temps, c'est aussi abandonner la raison, mais d'une manière si imperceptible qu'on ne s'en rend pas vraiment compte.

En fait, on ne se rend compte de pas grand chose. La série vous embarque, c'est tout. Les niveaux de lecture s'enchassent brillam
ment, l'atmosphère oscille entre parodie de soap, série d'ados, série policière, le tout enveloppé d'une musique omniprésente. La musique, justement, développe deux ou trois thèmes, qui vous rentrent dans la caboche pour ne plus en sortir (l'orgue flippant annonce toujours un moment clé, une apparition d'un personnage trouble, la fin d'un épisode...), le thème sirupeux du générique (qui parodie les horreurs pianistiques style Feu de l'amour), est utilisé lors des bluettes, et enfin le thème un peu jazzy avec la basse qui se balade sur le manche, utilisé dans les moments les plus drôles, absurdes ou sexy de la série. Simple comme bonjour. Et jamais agaçant, alors que ça revient tout le temps, pourtant. La musique finit même par être un des clés de la réussite de la série, tant elle en est indissociable. Souvent, très souvent même, c'est à mourir de rire. Oui, vous avez bien lu : à mourir de rire ! Les frangins Horne, l'adjoint du shériff, Dale Cooper... Autant de personnages hallucinants servis par des acteurs déments et des dialogues terriblement bien écrits. C'est simple, à chaque fois que l'agent Cooper parle, on a envie d'apprendre par coeur ses répliques, mélange de remarques béates (sur, au hasard, la qualité des tartes du dinner), de jovialité, de courtoisie et d'élégance surannée, le tout ancré dans un hédonisme à toute épreuve. Depuis que j'ai regardé cette série, j'ai d'ailleurs suivi quelques uns des conseils de Cooper, notamment celui qui préconise de se faire un plaisir par jour, quelque chose qu'on s'offre, tranquillement, ça peut être un moment dans un café, un livre acheté dans une librairie, peu importe, c'est juste un cadeau que l'on se fait.

Bon, à ce moment là, vous vous dites quid de Laura Palmer dans tout ça ? Lynch nous embarque dans son monde, peuplé de personnages pour le moins étranges, et on se retrouve à plus avoir envie d'une scène au dinner entre le shériff et Cooper que de savoir réellement ce qui a pu arriver à la donzelle... Mea culpa, j'avoue : pendant la quasi totalité des épisodes je me foutais comme de ma première chemise de savoir qui avait bien pu assassiner Laura Palmer. Ce n'est pas que l'intrigue soit mauvaise, au contraire même, on a droit à une histoire à tiroirs, avec rebondissements mystérieux à chaque fin d'épisode... Juste que l'atmosphère, les dialogues et les personnages sont fascinants au-delà de tout. Et donc de l'intrigue. Bon, quand même, au milieu de la saison 2, on sait qui a tué Laura Palmer, qui aura fasciné un bon paquet de gens. Laura Palmer, sexe and drugs and rock n'roll la demoiselle. Paumée, archi paumée, nihiliste et sado masochiste... voilà ce qui ressort des dires de celles et ceux qui l'ont connue. Son pouvoir de fascination était tel que beaucoup, à commencer par ses camarades de classe, cherchèrent à savoir ce qui lui est arrivé et explorer les zones d'ombre attirantes du personnage. Laura Palmer, qui n'apparaît jamais dans la série (à l'exception d'un petit film de vacances) révèle les peurs et les fantasmes de chacun, une fois morte. Ainsi, une de ses amies, plutôt sage, se transforme en brune fatale, chaude comme la braise, au grand effarement de son copain... le psy du coin, tranquille baba cool chiale comme un môme... et ainsi de suite. Laura Palmer semblait incarner la partie obscure de chacun dans le bled. Sa mort entraîne des révélations, des découvertes (une boîte à partouze, le one eyed jack, connue comme le loup blanc par tous les gars légèrement esseulés du coin ; un trafic de drogue), elle
entraîne aussi des manifestations pour le moins étranges (le père de Laura devient barge, et se met à danser en pleurant, l'agent Dale Cooper a des visions d'un géant, d'un nain qui danse, de Laura elle-même), bref, l'assassinat de Laura Palmer est l'élément déclencheur par excellence, l'acte de naissance de la série (c'est d'ailleurs par la découverte du corps que le pilote débute), celui qui fait tout basculer et permet à Lynch d'explorer - comme un gosse qui découvre un jouet depuis longtemps convoité - énormément de genres, de narrations, et de les mêler avec une science rare.

Alors, évidemment, les épisodes (jusqu'à la révélation de l'assassin de Palmer) sont fabuleux. Et puis, parce qu'il fallait bien continuer, alors que ça aurait pu s'arrêter là, les aventures à Twin Peaks ont continué, l'agent Cooper est resté et se retrouve confronté à un autre problème en la personne de son ancien collègue devenu psychopathe... ce qui donnera lieu à la deuxième partie de la saison 2. Tout étant en place depuis le début (les références, le ton, et les personnages, qu'on retrouve pour la plupart dans cette partie) il n'y plus guère de surprises, on se dit simplement que Lynch aurait pu en faire 10 saisons haut la main sans que ça lasse... certes, mais sans l'immense sentiment de surprise mêlé d'excitation lié à la découverte de cet univers à la fois complexe et terriblement accessible.

Avec cette série, Lynch réussissait le tour de force de faire entrer l'absurde, le conceptuel, l'art contemporain dans une série à l'ambition populaire très nette. Je ne sais pas si elle a eu du succès. Peu importe, d'ailleurs, mais ça serait marrant de se dire que des gens habitués à regarder des soaps se soient immergés dans Twin Peaks. J'ai souvent entendu dire que la série avait été la matrice de toutes les autres grandes séries qui ont suivi, d'X files (Duchovny a joué dans Twin Peaks) aux Sopranos et à tout l'âge d'or des années 2000. Mouais, pas vraiment, en fait. Là où les nouvelles séries comme Six feet under ont fait exploser les cadres strictes de la narration classique des séries, ainsi que les thèmes abordés, Twin Peaks a juste accentué légèrement des gimmicks archiconnus, faisant de la parodie un art subtil, et pervertissant les séries à l'ancienne. Et s'il y a bien une époque qui a besoin de perversion et de subtilité, c'est bien la nôtre, non ?
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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 23:00
Quelques ajouts sur la playlist. Des extraits d'albums déjà chroniqués, d'autres qui le seront et d'autres pas.













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